Le bonheur, pas seulement si je veux

Certes notre propension au bonheur dépend de facteurs très personnels et socio-culturels. Mais elle est aussi la conséquence d'une suite de réactions chimiques générées au sein de notre cerveau. Les neurobiologistes s'emparent désormais du bonheur pour prouver à quel point il nous est évident et essentiel. Rassurant !
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Enquête après sondage, on nous dit qu'un salarié heureux est plus performant...sorte de lapalissade qui pousse désormais les entreprises à s'intéresser au bien-être et à la satisfaction de leurs équipes. Valeur en hausse à la bourse des tendances : le bonheur...qu'il soit national brut comme au Bhoutan ou intérieur brut espéré par Joseph Stiglitz. Longtemps, cette notion de bonheur est restée le pré carré des philosophes. Ils nous ont fait valoir qu'ils ne tenaient qu'à nous d'être heureux. De Zénon qui proclamait que le bonheur est affaire de volonté ou "idéal de l'imagination" selon Kant, au "bonheur construit sur le pacte social" de Spinoza jusqu'au bonheur individuel colporté par notre société de consommation... Le célèbre slogan du Club Med "le bonheur si je veux" est devenu comme une évidence. Une évidence ? Pas pour les scientifiques spécialistes des neurosciences qui depuis quelques années s'intéressent aux mécanismes cérébraux impliqués dans la régulation des humeurs. Réunis depuis quatre ans sous la houlette de Coca Cola France au sein de l'Observatoire du Bonheur, quelques chercheurs du CNRS publient aujourd'hui leurs derniers travaux sur le thème "Cerveau et Bonheur" pour tenter d'expliquer les processus biologiques qui créent la sensation d'attachement, de joie, de bonheur dans notre cerveau.

Bien mieux que la testostérone, l'ocytocine

Il va donc falloir rebattre les cartes des notions de performances et de compétitivité à l'aune de ces recherches. Arrêter de faire l'apologie de la testostérone - l'hormone de l'agressivité- pour lui préférer celle de la tendresse et de l'attachement l'ocytocine. Hormone essentielle dans les relations humaines, découverte il y a cinquante ans chez les femmes lors de l'accouchement, elle est aujourd'hui étudiée de façon plus approfondie. Les chercheurs, grâce à l'imagerie médicale, lui découvrent des vertus insoupçonnées : confiance, empathie, générosité. Des expériences scientifiques montrent aujourd'hui de façon plus large que l'ocytocine se libère à la faveur de toutes sortes d'expériences agréables, y compris selon une étude japonaise la fréquence à laquelle le chien porte un regard énamouré sur son maître. "S'il n'existe pas d'aire du cerveau dédiée au bonheur, le bien-être et le plaisir qui inondent parfois le corps et l'esprit ont pour origine la mise en jeu de régions spécifiques de notre cerveau. Une science du lien social est en train de naître", note Jean-Pierre Ternaux, directeur de recherche honoraire au CNRS, neurobiologiste et coordonnateur de l'Observatoire du Bonheur. Ocytocine, sérotonine, endorphine ou encore noradrénaline...sont désormais les nouvelles stars de notre bonheur. "Ces hormones sécrétées par notre cerveau sont en effet à l'origine des sensations de plaisir, de joie, d'allégresse, d'attachement ou encore d'empathie. Des phénomènes que l'on croyait appartenir à la fiction littéraire ou cinématographique tels que le coup de foudre peuvent désormais se définir comme le résultat une réaction chimique qui se produit dans notre cerveau. Pour le biologiste "tomber amoureux" est une nécessité génétique, gravée dans nos gènes", précise Jean-Pierre Ternaux. Le bonheur est donc bien dans la tête...mais pas toujours là où on l'imaginait.

Prédisposition à la coopération plus qu'à la compétition


Bonne nouvelle : « Les techniques modernes d'imagerie, qui permettent d'observer presque en direct le fonctionnement cérébral, révèlent que notre cerveau est prédisposé à l'amour, à la générosité, à la coopération et à l'empathie. Inversement il a une aversion pour la compétition », souligne Jacques Lecomte dans son dernier ouvrage paru chez Odile Jacob « La Bonté humaine ». Il cite des recherches qui montrent que la coopération stimule des zones de la récompense au contraire de la compétition. Le postulat de base de toutes ces recherches est que l'être humain est fondamentalement social et que l'une des principales fonctions du cerveau est précisément de nous permettre d'entrer en communication avec les autres. « Certes il n'y pas de déterminisme quand bien même il y a un aspect biologique. Mais il faut se souvenir que Darwin avec ses observations sur l'évolution et ses travaux sur la sélection naturelle a affirmé que l'espèce humaine n'aurait jamais perdurer sans sa naturelle prédisposition au bonheur », souligne Jean-Pierre Ternaux.
La belle idée qui sous-tend tous ces travaux est que si nous arrivons à identifier les circonstances dans lesquelles les gens tendent à être heureux, nous pouvons tenter de créer des conditions semblables pour tous. Si nous saisissons les procédés mentaux qui y président, nous pourrons possiblement enseigner aux gens comment prendre plaisir à vivre. Reste que pour laisser une chance à la neurobiologie et l'économie expérimentale de se frayer un chemin, encore faut-il accepter de paramétrer autrement notre logiciel de « croyances ». Celui qui suppose depuis trop longtemps que les êtres humains sont naturellement égoïstes, violents, et qui s'abreuve à des théories jamais prouvées sur le plan empirique.

 

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