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Vélos en libre-service : Bordeaux s'organise avant leur arrivée

Photo de Mikaël Lozano

Mikaël Lozano

Publié le 22 janvier 2018 à 11:13 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:25

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Trois opérateurs de vélos en libre-service, ou free floating, lorgnent sur Bordeaux. Mais après les dérives rencontrées ailleurs en France, la Métropole et la mairie comptent avoir leur mot à dire. Des discussions ont débuté avec Paris et Lille. Ce travail en commun porte sur la rédaction d'une charte et sur l'hypothèse d'une redevance dont devraient s'acquitter les opérateurs.

Pas d'abonnement, pas de bornes pour les décrocher ou les raccrocher, une simple application mobile pour géolocaliser le plus proche et l'emprunter. Sur le papier, les vélos en libre-service ont de quoi séduire. La réalité des faits est légèrement plus complexe. Venu d'Asie, le concept y a déjà fait des ravages : beaucoup d'opérateurs se sont lancé, et beaucoup ont fermé leurs portes tout aussi rapidement, laissant derrière eux des "cimetières" à ciel ouvert de vélos aux couleurs vives.

La France a, depuis la fin de l'année 2017, succombé à la même mode, avec plus ou moins de bonheur. Si le service est apprécié par les usagers pour sa facilité d'utilisation et son coût modeste, les actes d'incivilité se multiplient tout aussi vite. Vélos abimés, dépouillés de leurs pièces détachées, parfois jetés dans la Seine à Paris... quand ils ne sont pas stationnés n'importe où, au beau milieu des trottoirs, voire "privatisés" par certains utilisateurs et stockés dans leur cage d'escalier. Première à se lancer en France, Gobee.bike a déjà jeté l'éponge à Lille et Reims (ainsi que Bruxelles), tant la facture liée aux dégradations s'est envolée quelques mois après son arrivée, tout en maintenant ses activités à Paris ou Lyon.

Ces difficultés n'ont pour autant pas douché l'appétit de tous. La startup singapourienne oBike fait partie de ceux-là. Initialement, elle avait prévu de communiquer sur son arrivée à Bordeaux en décembre mais elle a finalement retardé son arrivée car entre-temps, la mairie comme la Métropole ont pris le sujet à bras le corps. Naissant, ce dernier ne tombe sous le coup d'aucune réglementation et n'est donc pas facile à appréhender pour la puissance publique, locale, échaudée par ce qu'elle a pu constater ailleurs. Selon nos informations, trois opérateurs ont été auditionnés à Bordeaux Métropole la semaine dernière : oBike donc ; Ofo, née à Pékin en Chine ; et Indigo weel, créée par le groupe français Indigo (ex-Vinci Park).

Les V3 coûtent 3 M€ par an à la Métropole

Bordeaux a déjà un système de vélos en libre-service, le V3, système à bornes géré par le titulaire de la délégation de service public, Keolis Bordeaux Métropole. Mais "avec le free floating, nous sommes devant un mouvement inéluctable. Le partage va dans le sens de l'histoire, estime Brigitte Terraza, vice-présidente de Bordeaux Métropole en charge des mobilités alternatives et maire de Bruges. L'offre V3 représente 1.750 vélos, 2,4 millions d'emprunts et 3 millions d'euros d'investissement par an pour la Métropole. Si l'offre en free floating trouve son public et finit par se substituer au V3, pourquoi pas ? Cela nous permettrait de transférer ces crédits vers d'autres besoins en matière de mobilités alternatives à la voiture. Mais nous sommes vigilants au regard de ce qui se passe en Chine et dans les autres métropoles françaises."


Brigitte Terraza confirme qu'Ofo, Indigo weel et oBike veulent se déployer à Bordeaux rapidement et que des discussions ont débuté avec ces trois acteurs privés.

"Nous sommes favorables à toute initiative en faveur des modes de déplacement différents de l'automobile à condition qu'elle nous ait été au préalable présentée, ajoute Jean-Louis David, adjointau maire de Bordeaux en charge de la vie urbaine et de la coordination de la politique de proximité. Une attitude de partenariat est nécessaire, pour que l'on organise cela au bénéfice des usagers. Nous ne ferons pas de sélection mais nous vérifierons que les offres tiennent la route."

Pas de législation

La difficulté pour les collectivités territoriales est qu'aucune législation n'a été mise en place et que l'arrivée de ces nouveaux opérateurs privés peut tout à fait se faire sans contrat de délégation de service public ou d'appel d'offres.

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"Le sujet sera peut-être inclus dans la future loi Mobilités de la ministre des Transports Elisabeth Borne au printemps mais ce n'est pas sûr, poursuit Brigitte Terraza. Les outils nous manquent. Nous envisageons donc la mise en place d'une charte d'utilisation des vélos que les opérateurs devraient signer, avec des garanties sur la maintenance, sur l'absence de conflits d'usage avec les piétons... Les risques pour les collectivités, ce sont les problèmes de ce type ainsi que les dépenses si le service n'est pas assuré correctement."

Maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, Alain Juppé a écrit à la mairie de Paris, Anne Hidalgo, et celle de Lille, Martine Aubry. Il évoque dans son courrier l'éventualité d'une charte commune et concertée, puisque les métropoles ont les mêmes préoccupations.

Vers une redevance ?

Le sujet d'une redevance ou taxe d'occupation du domaine public, à honorer par les opérateurs de free floating, est aussi à l'étude.

"Nous avons demandé aux acteurs privés lors de leur audition si leur modèle économique intégrait le paiement d'une redevance. Ils ont souri, raconte Brigitte Terraza. Le sujet est à l'arbitrage du président Alain Juppé, qui devrait se positionner assez rapidement. Juridiquement, nous pouvons le faire."

80 % des vélos V3 sont utilisés moins de 29 minutes, la barre de la gratuité étant fixée à 30 minutes d'utilisation du vélo (avec un abonnement). Ces derniers ne risquent pas de disparaître demain puisque ce service est intégré dans la délégation de service public (DSP) confiée à Keolis Bordeaux Métropole, renouvelée pour huit ans en 2014 contre une enveloppe de 1,7 milliard d'euros. Autrement dit, les V3 à bornes devraient être disponibles au moins jusqu'en 2022 et la fin de la DSP.

Du côté d'oBike, premier à se manifester publiquement, "Bordeaux est une ville que l'on considère", confirme à La Tribune son directeur général pour la France et la Belgique, Alban Sayag :

"Mais nous l'avons dit aux élus que nous avons rencontré : notre déploiement ne se fera pas sans un accord préalable de leur part, en bonne entente. Nous savons que l'aval donné par une collectivité territoriale à une société peut faciliter les choses."

Pour séduire - et rassurer sans doute - la mairie et la Métropole bordelaises, oBike a présenté une offre associant oBike, qui apporterait la flexibilité de son système sans bornes et sa plateforme de location, ainsi qu'un "opérateur français traditionnel du transport, réputé en matière de logistique", indique Alban Sayag. Sans vouloir donner l'identité de cet acteur ni son rôle exact, le directeur France et Belgique d'oBike précise : "Ce serait le meilleur de deux mondes : la flexibilité et l'absence de coûts pour la collectivité du free floating ainsi que nos compétences technologiques, et la qualité et le contrôle d'un acteur habitué aux systèmes de bornes depuis une dizaine d'années. Pour la France, nous croyons en ce système." Hasard ou pas ? JC Decaux a commencé à exploiter le Vélib' à Paris en 2007, soit il y a une dizaine d'années et semble correspondre au mystérieux profil... Dans un premier temps, oBike imagine déployer entre 200 et 300 vélos en libre-service à Bordeaux (2.000 sont officiellement disponibles à Paris, à titre de comparaison). La métropole bordelaise est une étape parmi les 5 à 6 villes que la startup singapourienne projette de couvrir en France cette année.

"Ne pas couler une nouvelle industrie"

Sur la question de la charte envisagée par les collectivités, Alban Sayag n'y est pas fondamentalement opposé :

"Les déboires de nos confrères en France, c'est une mauvaise presse pour nous tous. oBike a travaillé sur un code de bonne conduite que nous avons signé avec trois autres opérateurs et remis à la mairie de Paris, note le dirigeant. Le transformer en licence étendue au niveau national peut être une bonne chose. A notre sens, il faudrait une loi qui n'est pas si simple à faire. A oBike nous y sommes favorables."

Sur le principe d'une redevance à acquitter, Alban Sayag se fait tout de suite plus prudent :

"Quelle serait son ampleur ? Qu'intègrerait-elle exactement : le nombre de vélos déployés ? Utilisés ? Quid des bicyclettes cassées ? Je comprends la volonté plus ou moins consciente des collectivités de réguler le nombre d'opérateurs sur ce marché et la crainte de coûts cachés. Mais nous arrivons avec une solution gratuite pour la collectivité. Il ne faudrait pas que cette redevance coule une nouvelle industrie."

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oBike jettera-t-elle l'éponge si mairie et Métropole s'accordent sur un partenariat avec un autre acteur ? "On verra, rien n'est certain. Cela dépendra du projet retenu." D'ici là, les scooters électriques en libre service de Yugo auront été lancés à Bordeaux.

Mikaël Lozano

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