LE COVID, DEUX ANS APRÈS. Comment remobiliser ses équipes et leur donner des perspectives dans un monde qui, après deux ans de Covid, a fait un pas de plus dans l'anxiogène et l'imprévisible avec la guerre en Ukraine ? Marc Prikazsky, le PDG de Ceva Santé Animale, groupe girondin implanté notamment en Russie et en Ukraine, livre à La Tribune sa lecture du contexte actuel. "Attention à ne pas perdre les 3 à 5 % de nos salariés qui sont en grande détresse psychologique", prévient le président du Club des ETI de Nouvelle-Aquitaine qui, à défaut de certitudes, donne quelques clefs pour...... ette période inédite. Entretien.
LA TRIBUNE - Deux ans, jour pour jour, après le premier confinement en France du 17 mars 2020, comment décririez-vous l'état psychologique de vos salariés et de la population en général ?
Marc PRIKAZSKY - Il faut d'abord admettre que nous vivons depuis deux ans dans un monde où il y a des évènements extérieurs qui génèrent du stress : alors qu'on semble enfin sortir du Covid, au moins en Europe, on bascule dans une guerre sur le continent européen avec, en toile, de fond la problématique du réchauffement climatique. Tout cela crée énormément de stress et d'inquiétude pour tout le monde.
Je prends souvent l'image de la course cycliste pour décrire la période récente. On est tous ensemble dans le peloton, groupés, et on a passé le premier confinement plutôt bien, comme une montagne, comme un défi avec même de l'adrénaline et de la passion parfois. Puis il y a eu les beaux jours du déconfinement avant que nous ayons à affronter la 2e puis la 3e montagne et là c'était beaucoup moins drôle pour tout le monde. Aujourd'hui, on est dans une sorte de faux plat, dans le brouillard, avec le vent de face, sans trop savoir où est le sommet. Mais il faut tenir. C'est très dur et le gros risque c'est qu'il y en ait qui posent le pied à terre, qui abandonnent. Notre rôle c'est de les aider à redémarrer, de les pousser un peu pour qu'ils ne restent pas derrière.
Avez-vous quantifié l'ampleur de ces situations de stress au sein de Ceva Santé Animale qui compte 6.500 salariés dans près de 50 pays ?
Oui parce que nous interrogeons tous les six mois l'ensemble de nos salariés pour mieux connaître leur approche de la crise, leur niveau de stress et leur gestion de ce stress. Les derniers résultats, début 2022, peuvent être lus de différentes manières. On a 70 % des salariés qui estiment être bien informés sur la crise et la vie de l'entreprise et 81 % qui se déclarent "sereins" ou "plutôt sereins" par rapport à la crise sanitaire. Mais il faut aussi regarder ce qu'il se passe aux extrêmes et ce qui m'interpelle c'est qu'on a 19 % de salariés pour qui cette période est jugée "difficile" dont 3 % qui la qualifient de "très difficile". On peut dire que c'est beaucoup ou pas beaucoup mais, pour moi, c'est énorme ! Cela signifie que ces 3 % de personnes, qui sont peut-être 5 %, sont dans une situation de grande détresse qu'il ne faut surtout pas nier ni négliger.
Propos recueillis par Pierre Cheminade