« En dix ans, la propulsion vélique est passée du folklore à l'artisanat puis, aujourd'hui, à l'industrie », résume François Lambert, directeur général de l'Ecole nationale supérieure maritime, lors des Assises de l'économie de la mer, à Bordeaux, ce 18 novembre. Et c'est probablement le cap le plus difficile à manœuvrer pour cette filière naissante dont l'association professionnelle Wind Ship fédère désormais 50 entreprises. « 50 navires sont équipés aujourd'hui dont 11 en France. Notre volonté est de disposer de 500 navires véliques en France en 2030 », lance Lise Détrimont, sa déléguée générale. Un défi colossal tant il reste de jalons fondateurs à poser avant de prendre le large.
« Le vélique pose notamment d'épineuses questions sur les relations entre les armateurs et leurs clients puisqu'il ne s'agit plus de contractualiser une quantité de carburant brûlé mais de quantifier un volume de carbone évité et de vent utilisé, qui par définition n'a pas de valeur », souligne Daniel Barcarolo, responsable des affaires règlementaires au centre de recherches Maersk Mc-Kinney Møller.
Concrètement, il s'agit de ventiler contractuellement les coûts d'investissement de la décarbonation et les bénéfices qui en découlent entre les différents maillons de la chaîne de valeur. « Pour nous, la question de la vérification des quantités d'économies de CO2 devient cruciale alors même qu'on entend encore tout et son contraire sur leur chiffrage. Comment s'accorder là-dessus ? », questionne ainsi François Soulet de Brugière, le président des chargeurs de Nouvelle-Aquitaine. Bien consciente de l'enjeu, l'association Windship travaille avec l'Afnor sur une norme expérimentale pour harmoniser les mesures d'économies de CO2. « C'est une donnée évidemment très complexe à mesurer et encore mal maîtrisée car il y a beaucoup de paramètres qui se croisent : navires, technologies, autres équipements à bord, routes maritimes, conditions météo, etc. », prévient toutefois Jérôme Védrenne, ingénieur R&D du Centre de recherche pour l'architecture et l'industrie nautique (Crain).