Face à la prolifération des projets de champs photovoltaïques sur des terres agricoles, la Foncière rurale de la Corrèze a vu le jour en décembre 2023, portée par des agriculteurs et des propriétaires fonciers et forestiers. Cette initiative, qui vise à préserver les terres rurales, suscite des tensions : le 18 novembre, des opposants ont envahi une session de la Chambre d'agriculture à Tulle.Les projets de champs photovoltaïques, qui associent production agricole et énergie solaire, poussent aux quatre coins des régions rurales françaises. Tous sont incités par la Programmation pluriannuelle de l'énergie et la loi d'accélération de production des énergie renouvelables (Aper) de 2023.
Créée la même année, la Foncière rurale de la Corrèze a pour ambition de maîtriser l'expansion rapide du photovoltaïque au sol. Elle propose aux agriculteurs d'acquérir une part à 3 000 euros, correspondant à un hectare. Son objectif est de gérer le foncier des parcs photovoltaïques corréziens en partenariat avec les acteurs locaux et de lancer des appels d'offres auprès des investisseurs.
« C'est l'esprit coopératif : une part maximum par agriculteur et qui sera transmise seulement à un agriculteur en cas de revente, changement d'activité ou décès, explique Tony Cornelissen, le fondateur de la foncière rurale. Le but n'est pas de capitaliser les revenus futurs mais de les redistribuer et de ramener la valeur sur le territoire pour les agriculteurs de demain. On ne veut pas se faire dépouiller par les développeurs qui font des propositions aux agriculteurs. Sinon on va dans le mur et la situation sera explosive. »
« 10.000 à 20.000 hectares gelés »
La création de la Foncière a été notamment soutenue par le préfet, le Département et la direction départementale des territoires qui y voient une alternative face aux énergéticiens. « On a déjà 10.000 à 20.000 hectares gelés par des baux emphytéotiques (à très longue durée ndlr) que des développeurs ont fait signer à des agriculteurs, déplore Tony Cornelissen. Les jeunes sont vent debout contre cette technique qui fige le foncier. Et quand on leur parle de la Foncière, ils sont emballés par l'idée d'avoir un treizième mois. » Les premiers projets devraient émerger après l'acquisition de trois fermes de 14 à 45 hectares.
Corinne Mérigaud, à Limoges