Énergies vertes : pourquoi Sorégies accélère encore sur l’éolien mais freine sur le solaire

Pierre Cheminade

Sorégies planifie une très forte accélération de ses capacités éoliennes tant en interne que par de la croissance externe.
Groupe Sorégies

Pierre Cheminade

Sorégies planifie une très forte accélération de ses capacités éoliennes tant en interne que par de la croissance externe.
Groupe Sorégies
En 100 ans, le groupe Sorégies a su construire un modèle à part dans le paysage énergétique français. « Nous sommes à la fois producteurs, agrégateurs, fournisseurs d'électricité renouvelable et opérateur de flexibilité. Ce modèle complètement intégré nous permet d'être beaucoup plus résilients que des développeurs mono activité », se félicite Frédéric Bouvier, le président du directoire du groupe Sorégies. Mais cela permet aussi à cet énergéticien basé dans la Vienne de se fixer des objectifs ambitieux et, surtout, de se donner les moyens de les tenir.
En l'occurrence, le cap fixé est d'être capable en 2030 de fournir une électricité 100 % renouvelable, chaque mois de l'année, à tous ses clients dont le nombre doit doubler dans le même temps. Sorégies compte 300 00 clients à qui il a distribué 5,3 TWh d'énergie dont 85 % d'électricité et 15 % de gaz pour un résultat net de 217 millions d'euros.
Grâce aux 4 térawattheures (TWh) d'énergies renouvelables agrégées en portefeuille, le groupe couvre déjà 88 % de la consommation de ses clients. Mais l'objectif est bien d'accélérer franchement dans les cinq ans qui viennent en investissement un milliard d'euros dans la production, 250 millions d'euros dans les capacités de flexibilité et 250 millions d'euros dans le réseau. Déjà majoritaire dans le mix de Sorégies avec 60 % du total, l'éolien portera la majeure partie de cette accélération : « Nous constatons que notre production d'électricité agrégée dans toute la France réplique à 92 % le profil de consommation des ménages et que c'est valable tous les mois de l'année », explique Frédéric Bouvier. « Nous allons donc développer de nouveaux parcs et mener des acquisitions dans des plateformes en développement, des plateformes en exploitation et des portefeuilles de parcs prêts à construire. »
L'hydraulique aussi sera choyée via la filiale Hydrocop, détenue à 24 % par Sorégies. L'entreprise va être refinancée à hauteur de 180 millions d'euros pour nourrir sa croissance organique et mener des acquisitions.
En revanche, le sujet est bien plus épineux pour le photovoltaïque qui pèse 30 % de sa production mais ne figure plus parmi les priorités de Sorégies compte tenu de l'impact de ses pics de productions sur les prix comme sur le réseau. « Le solaire, c'est un vrai défi puisqu'il présente un profil de production qui est l'exact inverse du profil de consommation des Français. On n'en fera davantage que si nous sommes en mesure de l'intégrer en travaillant sur la flexibilité », relève le président du directoire.
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Et cette flexibilité passera à la fois par les capacités de stockage par batterie et par les incitations à décaler la consommation. Et si Sorégies a déployé dès 2020 avec la start-up Ze Energy un démonstrateur de batterie à Senillé-Saint-Sauveur (Vienne), le sujet reste complexe : « Une batterie ça coûte cher en investissement ça repose sur un modèle économique lié aux évolutions du prix de l'électricité qui est jugé relativement risqué par les banques », pointe Frédéric Bouvier. L'entreprise vient donc de commercialiser en parallèle des offres incitant ses clients à modifier leurs habitudes de consommation. La nouvelle offre de sa filiale Alterna, centrée sur les véhicules électriques, propose ainsi des tarifs inférieurs de 30 % aux tarifs réglementés.
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« La PPE doit fixer les objectifs mais surtout les moyens »
Il y a les discours et il y a les actes. Alors que le raccordement d'énergies renouvelables devrait atteindre un nouveau record en France en 2025, l'Assemblée nationale a discuté puis retoqué un moratoire sur le solaire et l'éolien. « C'est davantage un symptôme de la situation politique actuelle qu'un véritable enjeu énergétique », juge Frédéric Bouvier. « La vraie réponse à apporter c'est celle de l'électrification des usages en modifiant la fiscalité de l'électricité, en développant massivement le véhicule électrique et soutenant la rénovation des logements. De ce point de vue, la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) doit fixer les objectifs mais surtout les moyens pour y arriver ! »
Pierre Cheminade