Ford Aquitaine Industries : la semaine spécial Game of Thrones

Jean-Philippe Déjean

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J. Philippe Déjean

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En fixant au jeudi 23 novembre son ultimatum adressé au groupe industriel belge Punch, seul candidat déclaré à la reprise de Ford Aquitaine Industries (FAI), à Blanquefort (Gironde), le groupe Ford Motor Company (FMC) a mis tous les acteurs de ce dossier industriel sous pression. Des leaders syndicaux de FAI, comme Philippe Poutou (CGT) au ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, en passant par les dirigeants de Ford Aquitaine Industries, de Punch et de nombreux élus, le branle-bas de combat est déclaré. "Nous avons eu Jean-Pierre Floris (délégué interministériel aux restructurations d'entreprises - Ndlr) et des membres de son cabinet ce matin au téléphone. Ce soir c'est avec Bruno Le Maire que nous devons nous entretenir" résume pour la journée de ce mardi 20 novembre Philippe Poutou.
Sachant que ce mardi également, des représentants de Ford et de Punch doivent se rencontrer, et qu'hier lundi 19 novembre le préfet de la Gironde, Didier Lallement, a organisé une réunion confidentielle, pour ne pas dire secrète sur ce dossier dans les locaux de la préfecture. L'ébullition est maximale et les tensions à l'avenant. Parce que FAI reste le gros dossier industriel de Bordeaux Métropole, mais aussi un sujet poids lourd à l'échelle nationale puisque l'usine compte 872 salariés et génère une activité rentable qui pèserait entre 2.000 et 3.000 emplois induits.
FMC n'a pas manqué de faire savoir qu'il défendait en priorité le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), qu'il a lancé à FAI depuis plusieurs semaines, qu'il trouve plus protecteur pour les salariés et qui doit se solder par la fermeture de l'usine d'ici septembre 2019. Ford Aquitaine Industries ne perd pas d'argent mais le groupe de Dearborn (banlieue de Détroit) juge que l'usine girondine ne correspond plus à sa stratégie de développement international. De leur côté les syndicats veulent que l'Etat, via le ministère de l'Economie et des finances, pousse FMC à jouer le jeu en obligeant le groupe à donner son accord à la reprise (Ford est propriétaire), puis à accompagner financièrement et par des commandes industrielles Punch au début de cette opération de reprise.
Une option que rejette le groupe Ford mais peut-être seulement jusqu'à un certain point. Car les représentants du constructeur américain seraient eux aussi impliqués dans des négociations confidentielles avec le gouvernement. La tension est si forte et si généralisée que CGT et CFTC, des centrales syndicales unies depuis au moins dix ans dans la défense de FAI, commencent à exprimer des positions divergentes. Au point que l'union entre syndicats ouvriers est pour le moment rompue et que la CGT se retrouve (en compagnie de FO) alliée aux cadres et à leur centrale, la CFE-CGC !
Une configuration syndicale qui semble bien être sans précédent à Ford Aquitaine Industries. La CFTC s'est dans l'immédiat retirée de l'intersyndicale et campe sur une ligne de crête vis-à-vis de l'offre faite par le groupe Punch.
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La confédération avait auparavant (ce lundi 19 novembre) annoncé la couleur, expliquant qu'elle n'a pas "vocation de négocier la baisse des droits sociaux et salariaux au niveau de Ford Aquitaine Industries, y compris dans le cadre d'une potentielle reprise. En conséquence nous ne participerons pas à des négociations ayant cet objectif. D'autant que Punch Motive International ne nous communique pas de business plan révisé concernant l'avenir de FAI et de l'ensemble des salariés... ".
Pour Philippe Poutou les enjeux sont devenus tellement énormes qu'il faut se battre et tout faire pour aboutir à une reprise de FAI aussi satisfaisante que possible.
Mais l'élu CGT ne cache pas que le combat est ardu.
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Le cégétiste ne cache pas que les adhérents de la CFE-CGC et de FO seraient éventuellement prêts à négocier un accord de ce type avec la direction. Un sujet sensible sur lequel il n'est pas forcément prêt à se fâcher. Avec un raisonnement qui a la force de la simplicité.
Un syndicaliste aguerri qui n'en reste pas moins complètement éberlué par le maelstrom dans lequel sont emportés les salariés de Ford Aquitaine Industries.
Jean-Philippe Déjean
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