REPORTAGE. Avec une culture industrielle prégnante et une collection de friches, Châtellerault est une terre promise pour la réindustrialisation. À condition de penser le rebond par le prisme de l'attractivité et de la qualité de vie. Comme d’autres bassins d’emplois éprouvés par les fermetures d’usines, le territoire craint la spéculation foncière.C'est l'histoire d'une artère encore industrielle de 30 kilomètres dans un territoire rural. Tout au Nord de la Nouvelle-Aquitaine, Châtellerault brille par son excellence. Rien qu'à bord du train régional qui descend la Vienne, le visiteur traverse des zones artisanales empreintes d'activités. Ou abandonnées en friche. L'argument s'expose jusque sur la façade de la célèbre manufacture d'armes de la ville, fleuron historique du XIXe siècle : « 1er bassin industriel de Nouvelle-Aquitaine », représenté par de grands noms comme Thales, Safran ou Valeo. Au vu des faits, la banderole devrait au moins être complétée. Avec 8.000 postes, sa zone d'emploi n'est que douzième en chiffre brut. Mais en relatif, avec 43% des emplois de l'agglomération liés au secteur industriel, elle constitue effectivement le premier bassin régional et intègre même le top 15 en France.
Une mise au clair inévitable pour Antoine Achard. « Mais personne ne le vend comme ça », regrette ce docteur en économie, attaché à la rigueur statistique. Ce natif de la Vienne n'est pas un élu. Employé par la région Nouvelle-Aquitaine, il est chargé de piloter le rebond industriel du territoire de Châtellerault, peu diversifié au-delà de ses pôles aéronautique et automobile.
«Demain, une entreprise vient s'implanter et dit "Moi je vais créer 1.000 emplois à Châtellerault". Ou même 100. Comment les recruter, sachant que les entreprises ici galèrent déjà à recruter ? Comment faire si tu n'as pas de logement, de nourriture en quantité suffisante et de l'énergie pour te fournir ?», expose-t-il.
La réindustrialisation paraît tout de suite moins aller de soi.
«Sacro-sainte industrie»
Heureusement, l'agglomération dispose d'un trésor caché : les friches artificialisées. Un recensement financé par la Région Nouvelle-Aquitaine et conduit par le Scot Seuil du Poitou (Schéma de cohérence territoriale) a permis de révéler un potentiel global de 750.000 mètres carrés de surface au sol, répartis sur les deux intercommunalités du Nord de la Vienne. Des friches précieuses à l'heure où le développement économique des territoires va être contraint par le Zéro artificialisation nette. Le Scot est même capable d'attribuer à chacun des sites un score de mutabilité selon plusieurs vocations : tourisme, habitat, renaturation ou, bien sûr, industrie.
Maxime Giraudeau, à Châtellerault