« On fait face à de graves pénuries de main-d'oeuvre, ça va s'empirer et ça va être un problème ». Voilà le constat alarmant de Nicolas Dufourcq, le directeur général de la Banque publique d'investissement (BPI France) lors de la publication lundi d'une étude BPI France Lab qui a interrogé 2.454 entreprises industrielles de petites et moyennes tailles (PME et ETI) de 1 à 5.000 salariés. Résultat, 62 % des patrons disent rencontrer des difficultés régulières. Et 64 % rendent compte de difficultés structurelles antérieures au Covid.
« L'industrie est l'un des premiers secteurs en tension avec le BTP et elles sont croissantes depuis 2015 », pointe du doigt Bao-Tran NGuyen, chargée d'étude au Lab. D'après la Direction Générale des Entreprises (DGE), le nombre d'emplois vacants dans l'industrie a quasiment quadruplé depuis 2015. Dans le détail, les métiers les plus en tension sont ceux de techniciens, d'agents de maîtrise et d'ouvriers qualifiés (soudeurs, chaudronniers, électriciens), « des métiers où on manque de main d'oeuvre car ils sont techniques et demandent de la polyvalence », explique Bao-Tran N'Guyen.
Or, et c'est un paradoxe que pointe Bpifrance dans cette étude intitulée « Les collaborateurs étrangers dans les PME-ETI industrielles françaises », malgré ce besoin urgent de main-d'œuvre, seules 49% des entreprises industrielles ont embauché des travailleurs étrangers et seulement 29% d'entre-elles souhaitent y recourir dans les prochaines années (54% ne savent pas). Résultat, les PME et ETI industrielles ne comptent que 6% de main-d'œuvre étrangère contre 13% dans le BTP « alors qu'il y a autant de besoins », rappelle la chargée de cette étude. Si plus de 90% des entreprises de plus de 1.000 salariés emploient des travailleurs étrangers, ce chiffre tombe bien en dessous de 10% pour les entreprises de moins de 500 salariés, note BPIfrance.