Les restaurateurs de Nouvelle-Aquitaine plombés par un été décevant
Emmanuel Langlois

La fréquentation et le panier de moyen du restaurant "Le Jardin", à Arcachon (Gironde) sont en nette baisse pour cette saison estivale 2025.
« Le Jardin »
Emmanuel Langlois

La fréquentation et le panier de moyen du restaurant "Le Jardin", à Arcachon (Gironde) sont en nette baisse pour cette saison estivale 2025.
« Le Jardin »
C'est un peu un été à l'envers qu'a vécu Marion Machat, la gérante du restaurant « le Jardin » dans le quartier du Moulleau, à Arcachon, 40 couverts à l'intérieur, une centaine en terrasse. « Le mois de juin a été plutôt réussi avec du beau temps, mais à partir de la mi-juillet, au moment où démarre normalement la saison, les clients ont complètement déserté nos restaurants. Je n'ai jamais vu cela en vingt ans de métier ! » La restauratrice affirme que sa fréquentation a baissé de 30 % cet été avec un recul du panier moyen d'environ 20 %, de 38 à 32 euros.
« Les gens commandent le verre de vin le moins cher et prennent une entrée ou un dessert à partager. À l'inverse, je n'ai jamais vu autant de touristes passer avec des glacières pour aller pique-niquer sur la plage midi et soir. » Et quand on avance que si les clients ont boudé les restaurants, c'est peut-être aussi à cause de prix trop élevés à la carte, elle rétorque que ses marges comme ses volumes diminuent : « Notre prix d'achat de la bavette d'aloyau par exemple, le plat basique que tout le monde aime, a augmenté de 5 euros au kilo, ce que je n'ai pas entièrement répercuté évidemment. » Dans ce contexte, le restaurant est passé de 16 à 14 employés cet été.
Un peu plus au nord, Guillaume Jacques, la quarantaine, est restaurateur sur le port de Saint-Martin-de-Ré, sur l'île du même nom en Charente-Maritime. Gérant de la « Trattoria », une brasserie italienne, il emploie 25 salariés et sert 300 couverts par service en haute-saison. « L'été a été décousu. On a vu une vraie différence de consommation et de pouvoir d'achat de nos clients. On sent qu'ils s'offrent moins de petits plaisirs », raconte-t-il. « Ce qui nous sauve cette année, ce sont les étrangers qui, cette année, étaient là aussi en juillet-août. Anglais, Irlandais, Hollandais et même Belges, ils peuvent tout s'acheter grâce à leur fort pouvoir d'achat. Ils ne calculent pas. Ils prennent du vin même s'ils ne finiront pas la bouteille... Un peu comme les touristes français en Espagne ou en Italie il y a 20 ou 30 ans... »
Grâce à cette manne, son chiffre d'affaires ne baisse « que » de 5 % en juillet et est à l'étal en août, par rapport à 2024. Mais la tendance reste baissière pour la profession. Guillaume Jacques affirme ainsi que trois restaurants ont été placés en liquidation judiciaire en un an rien qu'autour du port pourtant cossu de Saint-Martin-de-Ré.
Même son de cloche à l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie. « Que ce soit sur le littoral ou dans l'arrière-pays, moins soumis à la saisonnalité, l'ambiance est très morose », témoigne Alain Guillout, le président du syndicat en Nouvelle-Aquitaine, fort de 4 000 adhérents. « L'an dernier, juin avait été catastrophique à cause de la météo, mais fin août, on avait rétabli les compteurs. Cette année, les trésoreries ne sont pas à niveau. Aujourd'hui, notre modèle économique ne dégage pas de marque. Cela est dû notamment au coût des salaires qui ont augmenté de 22 % depuis le Covid. De nombreux établissements préfèrent aujourd'hui fermer pour le service du midi ou deux ou trois jours par semaine pour éviter les frais, ce qu'on ne voyait jamais auparavant. »
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Alain Guillout dénonce aussi la concurrence des boulangeries qui proposent du « snacking » à 10 euros le menu complet avec boisson, ou encore des guinguettes, marchés paysans ou de nuit et bars associatifs non assujettis aux règles des établissements traditionnels.
Il appelle en conséquence à réguler la profession : « La situation est catastrophique ! Tout le monde s'improvise restaurateur, on voit des pas-de-porte qui s'ouvrent partout. L'offre est trop importante, il faut mettre en place un numerus clausus et revoir le système d'attribution des licences de restauration. Les préfectures ne savent même pas combien il y en a en circulation ! »
À lire également
Il propose enfin de mettre encore davantage en avant le « fait maison » par rapport aux produits industriels transformés proposés ailleurs afin d'éviter que les faillites de restaurants ne s'enchaînent devant les tribunaux de commerce.
Emmanuel Langlois