2024, nouvelle année record pour le réchauffement climatique
latribune.fr
Les deux dernières années ont dépassé en moyenne la limite symbolique de 1,5 °C de réchauffement fixée par l'accord de Paris.
Mathieu Thomasset / Hans Lucas via Reuters Connect
L'observatoire européen Copernicus confirme que les années 2023 et 2024 ont dépassé le seuil des +1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle. 2024 a été l'année la plus chaude depuis 1850.
L'annonce de l'observatoire européen Copernicus a jeté un froid : les deux dernières années ont dépassé en moyenne la limite symbolique de 1,5°C de réchauffement fixée par l'accord de Paris. 2024, année d'une intensité thermique sans précédent, a été confirmée comme la plus chaude depuis 1850, marquant une tendance alarmante.
Ce dépassement ne signifie certes pas que la limite ambitieuse de 1,5°C soit définitivement hors d'atteinte. Mais il vient rappeler l'urgence d'agir face à une montée des températures sans précédent, qui n'a pas été observée depuis au moins 120.000 ans, selon les scientifiques. Johan Rockström, directeur de l'Institut de Potsdam, qualifie cette situation de « sérieux avertissement ». « Nous avons eu un avant-goût d'un monde à 1,5 °C, a-t-il souligné, avec des souffrances et des coûts économiques sans précédent pour les gens et l'économie mondiale, en raison d'événements extrêmes renforcés par l'activité humaine comme les sécheresses, les inondations, les incendies et tempêtes. »
Derrière ces chiffres, se cache déjà une série de catastrophes exacerbées par le changement climatique : 1.300 morts en juin lors de chaleurs extrêmes pendant le pèlerinage de La Mecque, inondations historiques en Afrique de l'Ouest et centrale, ouragans violents aux États-Unis et Caraïbes... Et aujourd'hui, les incendies de Los Angeles, « les plus dévastateurs » de l'histoire de Californie, selon les mots du président Joe Biden. Sur le plan économique, les catastrophes naturelles ont causé 320 milliards de dollars de pertes dans le monde l'an dernier, selon le réassureur Munich Re.
Contenir le réchauffement à 1,5°C plutôt qu'à 2°C — la limite haute de l'accord de Paris — permettrait de limiter significativement ses conséquences les plus catastrophiques, selon le Giec, les experts du climat mandatés par l'ONU. « Chaque année de la dernière décennie est l'une des dix plus chaudes jamais enregistrée », alerte Samantha Burgess, directrice adjointe du C3S de Copernicus. Les océans, qui absorbent 90% de l'excès de chaleur provoqué par l'humanité, ont aussi poursuivi leur surchauffe. La moyenne annuelle de leurs températures de surface — hors zones polaires — a atteint le niveau inédit de 20,87°C, battant le record de 2023.
«Insuffisant pour compenser les effets du réchauffement»
Outre les impacts immédiats des canicules marines sur les coraux ou les poissons, cette surchauffe durable des océans, principal régulateur du climat terrestre, affecte les courants marins et atmosphériques. Des mers plus chaudes libèrent davantage de vapeur d'eau dans l'atmosphère, fournissant de l'énergie supplémentaire aux typhons, ouragans ou tempêtes.
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Copernicus signale ainsi que le niveau de la vapeur d'eau dans l'atmosphère a atteint un niveau record en 2024, s'établissant environ 5% au-dessus de la moyenne 1991-2020. L'année passée a pourtant vu la fin du phénomène naturel El Niño, qui induit un réchauffement planétaire et une augmentation de certains événements extrêmes, et une transition vers des conditions neutres ou le phénomène inverse, La Niña. L'Organisation météorologique mondiale a déjà prévenu en décembre que ce dernier serait « court et de faible intensité » et insuffisant pour compenser les effets du réchauffement.
« Le futur est entre nos mains — une action rapide et décisive peut toujours dévier la trajectoire de notre climat futur. »
Carlo Buontempo, directeur du service de Copernicus
La COP29 de Bakou, la dernière grande conférence de l'ONU sur le climat, a difficilement accouché en novembre d'un nouvel objectif pour la finance climatique, mais était restée quasi-muette sur les ambitions de baisse des gaz à effet de serre, et en particulier la sortie des énergies fossiles.