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ClimatEnergie & Environnement

Electricité : les concurrents d’EDF lancent une impitoyable guerre des prix

Photo de Marine Godelier

Marine Godelier

Publié le 09 février 2024 à 11:58 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:59

Le Quotidien Numérique

16 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Depuis plusieurs semaines, les offres d’électricité alléchantes se multiplient de la part des concurrents d'EDF. D’Ohm Energie à Mint en passant par Octopus Energy, TotalEnergies, Chez Switch ou Alpiq, ces fournisseurs alternatifs proposent en effet des prix largement inférieurs au tarif réglementé de vente...alors même que certains d'entre eux se trouvaient au bord de la faillite il y a moins de deux ans. Comment est-ce possible, et surtout, le consommateur doit-il y succomber afin de réduire ses factures ? Décryptage.

C'est un retournement de situation inédit. Alors qu'en 2022, la plupart des fournisseurs d'énergie coupaient leur robinet de clients et relevaient leurs tarifs en raison de l'explosion historique des prix de marché, poussant les consommateurs dans les bras d'EDF, le contexte a bien changé. Depuis le début de l'année, en effet, la concurrence fait rage : les offres alléchantes de ces opérateurs alternatifs pour souscrire un contrat d'électricité se succèdent, d'Ohm Energie à Mint en passant par Octopus Energy, TotalEnergies ou Alpiq. Avec un objectif clair : alpaguer un maximum de nouveaux arrivants, grâce à des conditions plus avantageuses que chez l'électricien historique.

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« -21% sur le prix du kilowattheure hors taxes » par rapport au tarif réglementé de vente (ou TRV, l'offre d'EDF réglementée par l'Etat), propose ainsi depuis peu le fournisseur Ohm Energie, pourtant toujours sous le coup d'une enquête en raison d'une hausse prohibitive de ses prix en 2021 et 2022. Et il n'est pas le seul : Chez Switch va jusqu'à promettre une remise de 23% pour toute souscription jusqu'au 29 février, alors même qu'il a été épinglé par le gendarme de l'énergie pour ne pas avoir prouvé qu'il avait répercuté 

à ses clients des ristournes octroyées par l'Etat pendant la crise.

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Mint Energie et La Bellenergie affichent, quant à eux, un prix inférieur à 20% HT à ce même TRV. De quoi faire pâlir TotalEnergies, néanmoins capable d'assurer une réduction de 17% HT, ou encore Alpiq et Octopus Energy, qui mettent en avant des contrats à -15% HT par rapport au TRV.

Plus impressionnant encore : face à la concurrence féroce, ce dernier va même prendre à sa charge 50% de la taxe sur la consommation d'électricité (TICFE) introduite par le gouvernement depuis le 1er février. Autrement dit, pour ses 200.000 clients résidentiels, Octopus Energy paiera lui-même la moitié de cette accise de 21 euros par mégawattheure (MWh) à l'Etat, au risque de vendre à perte.

Baisse importante des cours

Une question se pose alors : comment ces fournisseurs alternatifs, dont la plupart se trouvaient au bord de la faillite il y a moins de deux ans, peuvent-ils aujourd'hui proposer des offres aussi agressives ?

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Ceux-ci profitent tout simplement de la baisse impressionnante des prix sur les marchés de gros, où ils s'approvisionnent puisque la majorité d'entre eux ne génèrent pas l'énergie qu'ils vendent. En effet, alors que les cours flirtaient autour de 200 à 400 euros le MWh en 2022 et 2023 (avec des pics jusqu'à 1.000 euros le MWh au plus fort de la crise), le MWh s'échangeait à 48 euros seulement pour la journée du 9 février 2024. Pour se faire livrer de l'électricité au deuxième trimestre de 2024, il fallait payer, le jeudi 9 février, 55 euros par MWh, et 59 euros pour la même période en 2025. Soit un monde bien différent de celui connu ces deux dernières années...

Mais alors pourquoi EDF n'en bénéficie-t-il pas lui aussi à travers son TRV, auquel sont abonnés quelque 20 millions de ménages ? Après tout, l'opérateur historique, dont l'Etat a pris 100% du capital l'an dernier, produit lui-même son électricité notamment grâce à son parc nucléaire. Et pourrait donc, en théorie, proposer des conditions attractives à des clients friands d'économies (ce qu'il fait en partie à travers d'autres contrats en offre de marché)

Le TRV reflète les prix de marché des deux années précédentes

Seulement voilà : ce tarif, réglementé donc, est calculé tous les six mois par une autorité administrative indépendante appelée Commission de régulation de l'énergie (CRE) sur la base, entre autres, des cours du marché des deux années précédentes. Autrement dit, le TRV qui s'applique depuis le 1er février 2024 (jusqu'en août) reflète en partie les prix spot de l'électricité en 2022 et 2023...soit les pires années de la crise, avec des cours plus de deux fois supérieurs à ceux d'aujourd'hui. Et pour cause, dès le début des années 2000, l'Etat a fait en sorte de permettre aux concurrents d'EDF de rivaliser avec lui, en répliquant dans cette offre encadrée la quantité d'électricité que les fournisseurs alternatifs ont dû acheter sur les marchés pour approvisionner leurs propres clients.

Par conséquent, alors qu'EDF est bien obligé de la proposer, ses rivaux, eux, peuvent construire leurs offres comme bon leur semble.

« On peut désormais se sourcer sur le marché à des niveaux beaucoup plus bas. On profite de cette situation, qu'on a vécue en sens inverse lors les dernières années puisque le tarif d'EDF était alors imbattable », assume-t-on ainsi chez La Bellenergie.

Risque de hausse des cours

Dans ces conditions, les Français au TRV devraient-ils faire jouer la concurrence ? Sur le court terme en tout cas, leurs factures seront effectivement moins salées, alors que le TRV a augmenté de près de 30% hors taxes depuis 2021. Néanmoins, si les prix de marché repartent à la hausse d'ici aux prochains mois, la situation pourrait à nouveau s'inverser : rien n'empêchera les fournisseurs de modifier leurs formules et leurs grilles tarifaires, sous réserve d'en informer leurs clients au préalable - ce que ne peut pas faire EDF avec le tarif réglementé. L'offre d'Ohm Energie, par exemple, est « à durée indéterminée », si bien que l'entreprise n'a pas d'obligation de la maintenir pendant une certaine période.

C'est d'ailleurs à cause du risque d'un éventuel retournement du marché que La Bellenergie augmente les coûts fixes de son offre « -20% par rapport au TRV actuel » si l'usager choisit un prix garanti au-delà de 2024 : 2 euros par mois en plus sur deux ans, et presque 6 euros par mois supplémentaires sur trois ans. « C'est une sorte d'assurance », explique son président à La Tribune. Difficile, donc, de dire si les ménages en question seront réellement gagnants sur le long terme, alors que le tarif réglementé d'EDF devrait largement baisser à partir de l'an prochain.

Arbitrages sur l'ARENH ?

Par ailleurs, si les cours remontent, certains opérateurs proposant des offres très agressives aujourd'hui pourraient gonfler drastiquement et brutalement leurs prix. C'est d'ailleurs ce qu'avait fait Ohm Energie en 2022, en doublant les mensualités dès le mois de septembre. Le but, selon de nombreuses sources, aurait été de se défaire d'une partie de son portefeuille pour revendre à prix d'or sur les bourses d'échange le précieux courant qui leur était destiné.

Pire : cette électricité achetée à bas prix par les alternatifs est fournie, en partie, par EDF lui-même. En effet, le système de l'ARENH (accès régulé à l'électricité nucléaire historique) oblige l'opérateur historique à céder 100 millions de MWh à ses concurrents, au nom de la libéralisation. Or, ces « droits à l'ARENH », qui garantissent l'accès aux précieux électrons d'EDF pour moins de 50 euros le MWh, sont calculés notamment en été, quand la consommation est la plus faible. Par conséquent, certains fournisseurs sont tentés d'attirer un maximum de clients avant septembre, afin de maximiser les droits à l'ARENH...puis de s'en séparer à la rentrée en doublant les tarifs. C'était déjà le cas en 2021 pour Ohm Energie, comme nous l'écrivions il y a deux ans.

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Or, même si la résiliation en tant que telle n'implique pas de frais, le piège peut parfois se refermer sur les consommateurs. « Les fournisseurs ont le droit de changer d'offre en cours de route, mais cela doit se faire en toute transparence et loyauté, et chacun doit en être informé des nouvelles conditions un mois avant, en vertu de la loi », précise le médiateur de l'énergie. Cependant, plusieurs clients d'Ohm Energie contactés par La Tribune affirmaient en septembre 2022 n'avoir reçu aucun mail, SMS ou appel les informant de la hausse du 1er septembre avant le 16 août, y compris en épluchant leurs spams. « Le mail a été envoyé à la base de clients en temps et en heure », assurait de son côté le directeur d'Ohm Energie, François Joubert. Gare, donc, à ce que ce scénario ne se reproduise pas - même si ce fournisseur sera probablement plus vigilant en raison d'une enquête en cours de la CRE sur ses pratiques, comme c'est aussi le cas pour Mint Energie.

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Reste à voir quelle sera l'évolution des cours, et comment les alternatifs réagiront en cas d'augmentation. Mais également combien de ménages ont quitté le TRV d'EDF ces dernières semaines pour succomber à l'une de ces offres alléchantes, ce que ne divulgue pour l'instant pas le groupe même s'il assure n'avoir « pas constaté de fuite à ce stade ».

«Les clients, au delà du niveau de prix, ont encore un peu la mémoire de ce qu'il s'est passé pendant la crise et restent vigilants sur la qualité de service et d'accompagnement», ajoute un porte-parole.

Pour des chiffres plus précis, il faudra attendre la présentation des résultats annuels de l'entreprise, le 16 février prochain.

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