Dans un texte provisoire débattu la semaine dernière lors d'une réunion des ambassadeurs des Vingt-Sept, l’exécutif bruxellois propose d’interdire les transbordements de gaz russe sur les côtes européennes. Ce serait une première : jusqu’ici, cette source d’énergie fossile n’avait fait l’objet d’aucune sanction, malgré les revenus importants qu’elle génère pour Moscou. Mais concrètement, à quoi ces opérations de transbordement servent-elles, et, surtout, en quoi leur interdiction pénaliserait-elle la Russie ? Décryptage.C'est une première depuis l'invasion de l'Ukraine par Moscou, en février 2022 : les Vingt-Sept envisagent enfin de cibler le gaz russe dans le cadre d'un quatorzième paquet de sanctions. Et plus précisément le gaz naturel liquéfié (GNL), issu notamment de l'usine de Yamal en plein cercle arctique russe et transporté par la mer jusqu'aux côtes européennes, selon une proposition provisoire de la Commission européenne.
Les pourparlers n'en sont néanmoins qu'à leur début, et ces représailles ne concerneraient qu'une petite partie du GNL envoyé vers le Vieux continent : celui qui y transite avant de repartir vers des pays tiers à bord d'autres navires, notamment en Chine ou en Turquie. Mais concrètement, à quoi ces opérations de transbordement servent-elles, et quelles pertes de revenus leur interdiction engendrerait-elle non seulement pour Moscou mais aussi pour les entreprises européennes qui en tirent aujourd'hui profit ? Pour y voir plus clair, La Tribune fait le point.
Quelles sanctions sont proposées ?
Dans un texte provisoire, la Commission européenne propose d'interdire un volet bien précis dans le business juteux des livraisons de gaz russe : les transbordements de navire à navire effectués dans des ports de l'Union européenne, en vue de rediriger le GNL vers des pays tiers. Le principe : garantir que les installations du Vieux continent ne soient pas utilisées à cet effet.
Et pour cause, une partie des cargaisons de GNL qui sont aujourd'hui envoyées vers l'Europe n'y restent pas, mais transitent avant de repartir, après un changement de bateau, vers d'autres régions du monde. Et notamment le gaz issu de l'usine sibérienne Yamal LNG de Novatek (dont TotalEnergies détient toujours plus de 20%), qui dispose d'une flotte de 15 méthaniers brise-glace spécialement conçus et construits pour acheminer le GNL vers l'Europe (et, quand la banquise fond en été, vers l'Asie). Résultat : l'an dernier, selon le CREA (Centre for Research on Energy and Clean Air), sur les quelque 20 milliards de mètres cubes de GNL russe réceptionnés en Europe, 6 milliards (soit 30%) ont été transbordés dans les ports du bloc, dont 4,4 milliards de m3 (22%) vers des pays hors UE - notamment la Chine, le Japon ou le Bangladesh - et 1,6 milliards (8%) vers d'autres Etats de l'UE.