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La COP16 en Arabie saoudite, un « moment décisif »

latribune.fr

Publié le 02 décembre 2024 à 07:34 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:36

Un nouveau rapport publié par des scientifiques et la CNULCD a mis en évidence le lourd fardeau que l'agriculture fait peser sur la planète. (photo d'illustration)

Un nouveau rapport publié par des scientifiques et la CNULCD a mis en évidence le lourd fardeau que l'agriculture fait peser sur la planète. (photo d'illustration)

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L'Arabie saoudite accueille ce lundi une conférence de l'ONU sur la désertification et la dégradation des terres, après que des experts ont tiré la sonnette d'alarme sur les graves répercussions de la déforestation et de l'agriculture intensive.

[Article publié le lundi 02 décembre 2024 à 08h34 et mis à jour à 14h37] La conférence de l'ONU sur la désertification s'est ouverte en Arabie saoudite ce lundi. À l'ouverture de cette 16e réunion des parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), Ibrahim Thiaw, secrétaire exécutif de l'organisation, a appelé à « adopter une approche globale tenant compte des liens étroits entre désertification, perte de biodiversité et changement climatique ».

Prévue du 2 au 13 décembre à Ryad, la CNULCD a été présentée en amont par le patron de l'ONU, Antonio Guterres, comme un « moment décisif » dans le combat contre la sécheresse et l'avancée des déserts.

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La dernière conférence, qui s'était tenue en 2022 en Côte d'Ivoire, avait débouché sur un engagement à « accélérer la restauration d'un milliard d'hectares de terres dégradées », soit des sols endommagés par des activités humaines comme la pollution ou la déforestation, d'ici à 2030. Mais la CNULCD, qui réunit 196 pays et l'Union européenne, estime désormais qu'il faudrait restaurer 1,5 milliard d'hectares avant la fin de la décennie, un défi colossal à l'échelle mondiale.

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Des milliers de délégués sont attendus

Ce lundi, l'enjeu est de parvenir à un consensus sur la nécessité d'accélérer la restauration des terres dégradées et de développer une approche « proactive » des sécheresses, a expliqué à l'AFP Ibrahim Thiaw, secrétaire exécutif de la CNULCD.

« Nous avons déjà perdu 40% de nos terres et de nos sols »et cette perte a des conséquences sur l'insécurité alimentaire et les migrations, selon Ibrahim Thiaw.

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« La sécurité mondiale est vraiment en jeu (...) pas seulement en Afrique et au Moyen-Orient », a insisté Ibrahim Thiaw. Des milliers de délégués, dont près de 100 ministres, sont attendus selon lui. De son côté, le ministre adjoint de l'Environnement saoudien, Osama Faqeeha, a prévenu : « Si nous continuons à laisser les terres se dégrader, nous subirons d'énormes pertes ».

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Matthew Archer, professeur adjoint à l'université de Maastricht, aux Pays-Bas, a quant à lui exprimé son scepticisme. Selon lui, les discussions font partie de la « mascarade des COP, totalement incapables de susciter une action politique adéquate face aux crises socio-écologiques actuelles ».

« Je ne m'attends pas à ce que la COP16 offre une solution viable à la désertification », a-t-il lâché à l'AFP.

Le lourd fardeau de l'agriculture

La veille de l'ouverture des discussions de la COP16 en Arabie saoudite, qui abrite l'un des plus grands déserts du monde, un nouveau rapport publié par des scientifiques et la CNULCD a mis en évidence le lourd fardeau que l'agriculture fait peser sur la planète.

« Nous sommes au bord d'un précipice et devons décider de reculer et prendre des mesures de transformation ou continuer sur un chemin de changements irréversibles en matière d'environnement », soulignent Ibrahim Thiaw et Johan Rockstrom, directeur de l'institut de recherche de Potsdam sur le climat, dans la préface du rapport.

Durant la COP29 en Azerbaïdjan, l'Arabie saoudite, principal exportateur de pétrole mondial, a été accusée d'avoir empêché la mention des énergies fossiles dans l'accord final. Si le royaume du Golfe est critiqué pour les émissions générées par son immense production pétrolière, sa vulnérabilité face à la désertification pourrait lui donner plus de crédibilité dans les négociations à Ryad.

« Nous sommes exposés à la forme la plus sévère de dégradation des sols, la désertification », a affirmé à l'AFP le ministre adjoint de l'Environnement saoudien, Osama Faqeeha.« Nos terres sont arides. Nos précipitations très faibles. C'est notre réalité depuis des siècles », a ajouté le responsable saoudien.

Restaurer 40 millions d'hectares

Le pays s'est fixé l'objectif de restaurer 40 millions d'hectares, a affirmé Osama Faqeeha, sans donner de calendrier. Le royaume du Golfe a restauré jusque-là 240.000 hectares, en luttant notamment contre l'abattage illégal des arbres et en multipliant les parcs nationaux, dont le nombre est passé de 19 en 2016 à plus de 500, a-t-il indiqué.

D'autres méthodes pour restaurer les terres incluent la plantation d'arbres, la rotation des cultures et la gestion des pâturages.

La conférence débute quelques jours après la clôture de la COP29 à Bakou sur une promesse des pays riches de verser 300 milliards de dollars d'ici 2035 aux pays les moins développés pour le financement climatique, une somme jugée insuffisante par les Etats pauvres, qui sont aussi les plus vulnérables au dérèglement du climat.

Par ailleurs, début novembre en Colombie, les participants de la COP16 Biodiversité ont échoué à parvenir à un accord financier sur la protection de la nature. Enfin, les négociations menées pendant une semaine à Busan, en Corée du Sud, pour parvenir à un traité mondial contre la pollution plastique, n'ont pas abouti dimanche face à l'opposition d'un groupe de pays pétroliers, menés par la Russie, l'Arabie Saoudite et l'Iran.

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Repenser la gestion des sécheresses face à leur multiplication

L'année 2024 a été marquée par plusieurs sécheresses dévastatrices. Aussi bien en Méditerranée qu'en Equateur, au Brésil, au Maroc, en Namibie ou au Malawi. Ce qui a provoqué incendies, pénuries d'eau et de nourriture. Chaque année, ces sécheresses touchent directement 55 millions de personnes et constituent « l'un des risques les plus coûteux et les plus meurtriers au niveau mondial », selon l'atlas publié ce lundi par la CNULCD, en partenariat avec le centre de recherche scientifique de la Commission européenne (JRC).

En comptant leurs effets indirects, à l'ampleur « parfois difficile à estimer et prévoir », elles ont affecté 1,84 milliard de personnes en 2022 et 2023, est-il précisé. Dont environ 85% vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Et d'ici 2050, ce sont 3 personnes sur 4 dans le monde qui seront touchées, selon les projections de l'atlas. Ce, en raison du réchauffement climatique causé essentiellement par la combustion des énergies fossiles.

Les impacts des sécheresses sont « moins visibles et attirent moins l'attention que les événements soudains comme les inondations et les tremblements de terre », mais il ne faut pas les sous-estimer, rappellent les auteurs. Car, par effet domino, les sécheresses constituent un « phénomène systémique » affectant de multiples secteurs, comme l'agriculture, l'approvisionnement en énergie, le commerce et la navigation, tout en menaçant la santé des écosystèmes et des personnes.

Et « malgré l'ampleur de la menace », leur gestion « est sous-financée », est-il souligné. « Une coopération sans précédent entre les secteurs et les pays est nécessaire pour atteindre la résilience », conclut l'atlas. Les auteurs réclament des « approches proactives et prospectives de gestion des risques », notamment en matière de gestion de l'eau, de pratiques agricoles innovantes et de systèmes d'alerte des populations.

(Avec AFP)

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