Le gouvernement a donné à EDF son « autorisation environnementale » pour engager les travaux préparatoires des deux futurs réacteurs de nouvelle génération EPR2 prévus sur la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime). Ils doivent durer environ trois ans et demi et devraient démarrer cet été.
C'est un précieux sésame que vient de décrocher EDF pour la centrale nucléaire de Penly, située dans le département de la Seine-Maritime. Le gouvernement lui a octroyé l'« autorisation environnementale » concernant la construction de deux futurs réacteurs de nouvelle génération EPR2. Les travaux préparatoires vont donc pouvoir commencer.
Ils vont consister « à aménager la zone d'implantation des unités de production EPR2 », selon le décret signé le 3 juin par le Premier ministre Gabriel Attal, le ministre de la transition écologique Christophe Béchu, et le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau, et paru ce mercredi 5 juin au Journal officiel.
Dans le détail, les « activités, installations, ouvrages, travaux » concernés par cette autorisation environnementale comprennent notamment des opérations telles que le « débroussaillage et déboisement, et relocalisation de la faune et la flore à protéger », « la création des installations de chantier », des opérations de « terrassement » et de reprofilage de la falaise, d' « amélioration des accès du site » ou encore la « création d'un parking ». Ces travaux préparatoires sont principalement situés sur le territoire de la commune de Petit-Caux, face à la Manche, précise le décret.
Des impacts « minimisés »
Pour justifier la délivrance de cette autorisation, le gouvernement fait valoir, dans le décret, que « le site d'implantation, comprend une partie artificialisée, gagnée sur la mer, et d'anciennes installations de chantiers, limitant l'expression de la biodiversité et des fonctionnalités écologiques, ce qui minimise les impacts de travaux dans une zone déjà industrialisée et nucléarisée ».
En novembre dernier, EDF avait été prié par l'Autorité environnementale, une structure indépendante, de revoir sa copie quant à l'impact environnemental de ses travaux préparatoires. Elle regrettait, par exemple, que l'étude d'impact de l'énergéticien n'ait pas pris en compte la remise en état du site, si le projet n'aboutissait pas ou quand il ne sera plus exploité. Elle lui recommandait également de présenter des mesures d'évitement, de réduction, et le cas échéant, de compensation.
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Dans un message sur le réseau professionnel LinkedIn, la délégation interministérielle au nouveau nucléaire (DINN) a évoqué « le franchissement d'une étape majeure de la séquence réglementaire du projet Penly ». Selon la DINN, les travaux préparatoires de Penly, qui « devraient durer 3-5 ans » vont être lancés « de manière progressive à partir de cet été ».
« En application de la loi d'accélération du nucléaire du 22 juin 2023, cette autorisation permet d'engager les travaux préparatoires du site, pendant que se poursuit l'instruction de la demande d'autorisation de création des futures installations nucléaires de base »,a expliqué la DINN.
Ces travaux dits préparatoires sont en effet distincts des travaux dits « nucléaires » (c'est-à-dire de construction de l'ouvrage), qui eux « sont subordonnés à l'obtention du décret d'autorisation de création ».
Un site clé dans la relance du nucléaire
Ce projet s'inscrit dans la colossale relance du nucléaire en France souhaitée par le président Emmanuel Macron. Pour rappel, le chef de l'Etat a annoncé en février 2022 un vaste programme prévoyant la construction d'au moins six réacteurs de type EPR 2 (dont les deux premiers seront ceux de Penly), voire quatorze. Officiellement, le calendrier prévoit toujours la mise en service du premier EPR2 à Penly à l'horizon 2035-2037.
Selon une information du journal Les Échos dévoilée le 4 mars, le coût prévisionnel du programme de construction de ces six premiers réacteurs - prévus, outre à Penly, à Gravelines (Nord) et au Bugey (Ain) -, est désormais évalué à 67,4 milliards d'euros au lieu des 51,7 milliards initialement annoncés en février 2022. Selon le quotidien, ce nouveau chiffrage - encore provisoire - tient notamment compte de la hausse des coûts d'ingénierie alors que le groupe a pris 9 mois de retard pour finaliser les plans de conception génériques de son EPR2, lesquels sont désormais attendus cet été. EDF avait alors fait savoir qu'il était « actuellement dans une phase d'optimisation des coûts et du planning », au sujet de ce nouveau chiffrage qui pourrait évoluer.
Un calendrier et une prévision de coût qui évolue : cela n'est pas s'en rappeler le feuilleton de l'EPR de Flamanville, dans la Manche. Plombé par des dérapages à répétition, ce chantier a accumulé douze années de retard et sa facture a explosé. Elle se chiffre désormais à 13,2 milliards d'euros selon EDF, soit quatre fois plus que les 3,3 milliards d'euros initialement envisagés.