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Orano : sa filiale d'uranium au Niger en « grande difficulté financière », des emplois menacés

latribune.fr

Publié le 09 juillet 2024 à 14:51 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:48

La Somaïr est actuellement la seule mine d'uranium exploitée par Orano au Niger, après la fermeture de la Cominak en 2021.

La Somaïr est actuellement la seule mine d'uranium exploitée par Orano au Niger, après la fermeture de la Cominak en 2021.

Cominak/Orano

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La Somaïr, filiale d'Orano au Niger dont les exportations sont à l'arrêt, est en « grande difficulté financière ». Le groupe français a indiqué ce mardi qu’elle est contrainte de vendre des stocks d'uranium initialement destinés à financer la fermeture ultérieure du site. Si la situation ne s’améliore pas « rapidement », l’usine sera « prochainement contrainte de prendre des mesures sociales », a prévenu le groupe.

C'est un signal d'alarme qu'a lancé ce mardi Orano, le spécialiste français du combustible nucléaire. Sa filiale de traitement d'uranium au Niger, baptisée Somaïr et située dans la région d'Arlit, dans le nord du pays, traverse une période difficile depuis près d'un an, à la suite du coup d'État survenu le 26 juillet 2023 dans le pays. Son activité avait d'abord été interrompue pendant plusieurs mois, avant de reprendre au compte-gouttes en février dernier. Reste qu'aujourd'hui, « on en arrive à un point où Somaïr est en très grande difficulté financière, notamment du fait des difficultés pour pouvoir commercialiser l'uranium », a indiqué à l'AFP Orano, qui rappelle que sa filiale est dans l'impossibilité d'exporter depuis un an.

« On est obligé de consacrer tous nos efforts au maintien de l'outil industriel et au paiement des salaires, et ça, on le fait en vendant de manière conservatoire des stocks (...) qu'on a économisés, et qui sont destinés initialement au financement du plan de réaménagement du site à l'issue de sa période d'exploitation »,a précisé Orano.

Afin de maintenir l'activité du site, qui emploie directement environ 700 personnes, et à peu près autant de salariés chez ses sous-traitants, la Somaïr a donc commencé à ponctionner ces stocks provisionnés et stockés sur le sol français. Pour rappel, en vertu d'un accord entre le groupe et le précédent gouvernement nigérien en mai 2023, l'usine est censée poursuivre ses activités jusqu'en 2040.

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Les emplois en péril

Cette mesure palliative n'offre cependant qu'un sursis de quelques mois.

« Si la situation ne se débloquait pas rapidement pour la Somaïr, elle serait prochainement contrainte de prendre des mesures sociales », a prévenu le groupe.

Ainsi, faute de déblocage, la Somaïr serait contrainte de prendre « des mesures de réduction d'activité progressive qui pourraient aller dans les prochains mois à l'arrêt des activités », indique-t-on de même source.

Le géant français a fait « une nouvelle proposition alternative aux autorités du Niger, pour trouver une solution d'exportation soit vers la France, soit vers la Namibie », mais les autorités nigériennes n'ont pas donné suite à ce stade. Orano, qui possède environ 64% de la Somaïr (le reste étant détenu par la Sopamin, société d'État du Niger), a cependant indiqué rester « à l'écoute » des autorités du pays.

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Des conséquences financières à chiffrer

Depuis la reprise des activités en février, le site a produit un peu plus de 700 tonnes de concentré minier d'uranium, stockées sur place. Du fait de la situation politique au Niger, Somaïr a produit en 2023 quelque 1.130 tonnes d'uranium (contre environ 2.000 tonnes en année normale), sur un peu plus de 7.000 tonnes produites par Orano dans le monde.

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Cette situation n'a toutefois pas de conséquences notables pour l'approvisionnement des clients d'Orano, affirme le groupe en soulignant son « empreinte minière internationale, sur presque tous les continents ». Il précise avoir notamment renforcé ses activités au Canada.

S'agissant des conséquences financières pour le groupe, elles sont en cours d'évaluation. Orano doit communiquer ses résultats semestriels le 26 juillet prochain. Sur l'ensemble de l'année 2023 en tout cas, malgré ses déboires au Niger, le géant a enregistré un résultat net part du groupe à 217 millions d'euros, contre une perte de 377 millions d'euros en 2022. Et son chiffre d'affaires a augmenté de +13,1% à 4,8 milliards d'euros, soutenu par des prix à la hausse et une augmentation de l'activité de transformation de l'uranium (amont) et de traitement des matières radioactives (aval).

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Orano perd le permis d'exploiter une autre mine du Niger

La Somaïr est actuellement la seule mine d'uranium exploitée par Orano au Niger, après la fermeture de la Cominak en 2021. Le groupe français aurait normalement dû exploiter d'ici quelques années le gisement d'uranium d'un autre site, celui d'Imouraren, également dans le nord du pays et considéré comme l'un des plus importants au monde avec des réserves estimées à 200.000 tonnes. Mais les autorités nigériennes lui ont retiré le permis le mois dernier. « Le périmètre d'Imouraren fait désormais son retour dans le domaine public de l'État », a ainsi indiqué le gouvernement.

Le permis d'Imouraren avait été accordé à Orano « pour une grande exploitation d'uranium » en janvier 2009, rappelle le gouvernement qui précise que les travaux d'exploitation du gisement devaient « démarrer en janvier 2011 pour une première production prévue en 2012 ». Mais la chute des prix de l'uranium sur le marché mondial, après la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon en 2011, avait gelé les opérations. Le 12 juin dernier, Orano avait annoncé le lancement récent de « travaux préparatoires ». Trop tard pour les autorités nigériennes. « Nonobstant les reports accordés à sa demande », la société française « n'a jamais honoré ses engagements » malgré deux « mises en demeures » qui lui ont été « adressées par le ministère des Mines le 11 février 2022 puis le 19 mars 2024 », a détaillé le gouvernement pour justifier sa décision de retirer le permis.

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Reste que cette décision s'inscrit dans une volonté du régime militaire au pouvoir au Niger, qui a fait de la souveraineté une de ses priorités. Il a ainsi plusieurs fois répété son souhait de revoir en profondeur le système d'exploitation des matières premières sur son sol par des compagnies étrangères. Le Niger fournit 4,7% de la production mondiale d'uranium naturel, loin derrière le Kazakhstan (45,2%), selon des chiffres de 2021 de l'agence d'approvisionnement d'Euratom (ESA). C'est toutefois l'un des plus importants fournisseurs d'uranium naturel aux centrales nucléaires européennes, un quart de leur approvisionnement étant venu de ce pays en 2022, le plaçant derrière le Kazakhstan et devant le Canada.

(Avec AFP)

latribune.fr

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