Iyad Sanduqqa ouvre son robinet mais rien ne coule. Il est confronté au même problème s'il veut prendre une douche, tirer la chasse d'eau, remplir une casserole d'eau pour cuisiner ou un seau pour laver son appartement. « Si je disais à mes enfants de se laver les mains autant de fois qu'ils le voulaient, nous serions immédiatement à court d'eau », souffle le résident de Kufr Aqab.
Ce quartier palestinien, Israël l'a relégué de l'autre côté du mur de séparation mais le considère dans les limites de la municipalité de Jérusalem depuis son annexion en 1967. L'Autorité palestinienne, sise à Ramallah, n'a pas le droit d'y opérer. Quant à la police israélienne, elle réfléchit à deux fois avant d'y mettre les pieds. La municipalité - censée gérer l'offre de services publics - n'est qu'un vague concept derrière un check-point pour les 120 000 habitants palestiniens qui vivent de ce côté de l'immense mur de béton, dans cet univers kafkaïen qui a tout d'un angle mort.
« Ici, le problème de l'eau n'est pas qu'une question de discrimination de la population, c'est aussi géopolitique, assène Aziz Tatarsky d'Ir Amim, une organisation israélienne focalisée sur Jérusalem-Est luttant depuis vingt-cinq ans pour les droits des Palestiniens, qui sont confrontés aux évictions, aux démolitions de maisons, à l'extension des colonies, à la violence et à l'oppression quotidiennes. Nous observons qu'il y a un but précis des autorités israéliennes de rendre Kufr Aqab invivable afin de forcer les Palestiniens à en partir. » Selon lui, impossible de ne pas conclure à une négligence volontaire de la municipalité, qui ne respecte pas son obligation légale de fournir des services aux habitants. « Nous parlons de la plus grande zone urbaine de Jérusalem qui n'a pas d'eau courante et personne ne semble s'en soucier », déplore-t-il.