C'est peu dire que le nouveau long-métrage de l'Iranien Mohammad Rasoulof, Les Graines du figuier sauvage, était attendu. Le réalisateur, ayant tout juste décidé de fuir son pays, était donc à Cannes pour le présenter en compétition. On comprend pourquoi l'auteur du film Le diable n'existe pas ne pouvait plus rester en Iran sans risquer sa vie : puissant et hautement politique, ce nouvel opus tourné sans autorisation s'attaque frontalement au régime des mollahs, utilisant les vidéos sauvages publiées sur les réseaux sociaux lors des derniers soulèvements dans le pays - notamment ceux des femmes, particulièrement ciblées par le régime. Dans son film, Rasoulof explore les conséquences de ce climat politique sur l'intimité d'une famille bourgeoise de Téhéran : le père, Iman, promu enquêteur au tribunal révolutionnaire, sa femme et leurs deux filles, révoltées par la violente répression. À mesure que le père s'enfonce dans la paranoïa et que ses filles se rebellent, le poison se distille dans la famille et l'histoire prend des airs de thriller palpitant. L'œuvre témoigne surtout de l'espoir immense que le cinéaste place dans la jeunesse de son pays, déterminée à arracher sa liberté.