Les banques centrales doivent s'en tenir à une approche de taux "élevés pour longtemps"

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Des drapeaux europeens sont vus devant le batiment de la bce, a francfort[reuters.com]
(Crédits : Wolfgang Rattay)

(Reuters) - Les banques centrales mondiales doivent faire comprendre aux marchés financiers qu'il est probable que les taux d'intérêt resteront élevés pour longtemps afin de ramener durablement l'inflation sous leur cible et d'éviter un rebond des prix, a plaidé jeudi le Fonds monétaire international (FMI).

Cet avertissement intervient dans un contexte de net assouplissement des conditions financières depuis octobre, les investisseurs ayant pris le ralentissement récent de l'inflation comme le signal d'un prochain pivot sur la politique monétaire des banques centrales alors même que celles-ci poursuivent la remontée de leur taux d'intérêt.

"Les banques centrales devraient communiquer sur la nécessité probable de maintenir les taux d'intérêt à un niveau plus élevé pendant plus longtemps, jusqu'à ce qu'il soit prouvé que l'inflation - y compris les salaires et les prix des services - est durablement revenue à l'objectif", ont écrit le chef du département des marchés monétaires et financiers du FMI, Tobias Adrian, et ses deux adjoints dans un message diffusé sur un blog.

"Un relâchement prématuré pourrait faire courir le risque d'une forte résurgence de l'inflation une fois que l'activité aura rebondi, laissant les pays sensibles à de nouveaux chocs qui pourraient désancrer les anticipations d'inflation", ont-ils ajouté.

La déconnection entre les marchés financiers et le discours des banques centrales s'est illustrée mercredi et jeudi, avec les annonces de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque centrale européenne (BCE).

Le président de la Fed Jerome Powell a indiqué qu'il n'était pas prévu de faire baisser le coût du crédit en 2023 mais les investisseurs l'ont ignoré et continué à parier sur une baisse des taux dans l'année, ce qui s'est traduit par une hausse des indices actions américains mercredi soir.

Même scénario du côté de la BCE, qui a relevé de nouveau ses taux jeudi et indiqué prévoir une hausse de même ampleur en mars. Les marchés financiers ont immédiatement interprété ces décisions comme le signe que le cycle de resserrement monétaire pourrait en réalité bientôt s'arrêter.

Selon le FMI, l'histoire a montré qu'une inflation élevée mettait souvent du temps à se résorber en l'absence de mesures de politique monétaire "énergiques et décisives". Le fonds estime que si la hausse des prix des biens a ralenti, c'est peu probable que ce soit le cas dans le secteur des services sans un ralentissement significatif du marché du travail.

"Il est essentiel que les banques centrales évitent de mal interpréter les fortes baisses des prix des biens et d'assouplir leur politique avant que l'inflation des services et les salaires, qui s'ajustent plus lentement, n'aient aussi nettement diminué", écrivent les auteurs.

"Il est essentiel que les responsables politiques restent résolus et se concentrent sur le retour de l'inflation à l'objectif sans délai".

(Reportage Lindsay Dunsmuir; Blandine Hénault pour la version française, édité par Matthieu Protard)

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