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Où va la Grande-Bretagne de Monsieur Cameron ?

Romain Renier

Publié le 24 mai 2013 à 08:51

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Le FMI enjoint le Royaume-Uni de faire davantage d'efforts pour soutenir l'activité économique. George Osborne, le ministre des Finances, rétorque que le gouvernement de Sa Majesté a déjà suffisamment agi, notamment en mettant en place plusieurs dispositifs de soutien au crédit. Mais l'institution reste sceptique d'autant que Londres n'a pas de véritable stratégie européenne alors que la zone euro reste son principal partenaire commercial.

Le Royaume-Uni se retrouve de plus en plus sous le feu des critiques à cause de la politique d'austérité drastique mise en place par le gouvernement de David Cameron. Ce mercredi, le Fonds monétaire international (FMI) a à nouveau réclamé à Londres de faire des efforts pour soutenir sa croissance. Critiques que George Osborne, le ministre des Finances britannique, ne voit pas d'un bon oeil. Furieux face aux premières attaques contre sa politique formulées par le FMI le mois dernier, le chancelier de l'Echiquier avait rétorqué que le gouvernement britannique avait fait tout ce qui était en son pouvoir, rappelant le plan gouvernemental Help to buy, censé faciliter l'accès au crédit immobilier, et l'action de la Bank of England (BoE) qui vise à favoriser l'investissement.

La consommation en berne va peser sur l'économie britannique

Certes, les prévisions de croissance pour le Royaume-Uni sont loin d'être mauvaises, compte tenu de la conjoncture. Si l'on en croit la Commission européenne, le Royaume-Uni devrait connaître une croissance de 0,6% cette année, au dessus du petit 0,4% pressenti par Bruxelles pour l'Allemagne. Et la reprise devrait être plus franche dés 2014 avec une croissance attendue de 1,7% du PIB. Bref, circulez, il n'y a rien à voir, selon Londres.

Mais s'arrêter à ces statistiques encourageantes, saluées par le FMI, voire optimistes, reviendrait à ignorer ce qui fait la croissance britannique. En effet, selon le rapport de la Commission européenne, en 2012, c'est la consommation des ménages qui a tiré l'économie de l'île. En progression de 1,2% sur l'année, elle a bénéficié de l'effet positif des jeux olympiques. Ce qui a permis de compenser la baisse de la demande publique et l'affaissement du marché de l'immobilier. De fait, le nombre des démarrages de nouveaux chantiers s'est effondré de 11% l'an dernier, selon les données recueillies par Standard & Poor's.

L'ennui, c'est que les effets conjugués d'une inflation plus forte que prévu, attendue à 2,8% cette année, et des coupes dans les prestations sociales décidées par le gouvernement Cameron en vue de maîtriser la dépense publique vient rogner le pouvoir d'achat des consommateurs d'outre-Manche. Le risque est simple : plus leur pouvoir d'achat s'amenuise, plus les Britanniques vont couper dans leurs dépenses de consommation. Et les effets de cette perte de pouvoir d'achat liée notamment à l'inflation, que Bruxelles soulignait dans sa note comme étant le risque majeur qui pesait sur la croissance au Royaume-Uni, se font déjà ressentir. Mercredi, l'office des statistiques britanniques a fait état d'un recul des ventes au détail de 1,3% sur un mois en avril.

La stratégie de relance par l'investissement doit encore faire ses preuves

Pour faire face aux risques qui pèsent sur sa croissance, Londres compte sur sa stratégie de relance censée favoriser l'investissement pour doper le marché de la construction.

En ce qui concerne le programme Help to buy, censé relancer l'immobilier grâce à un accès des particuliers au crédit facilité, il est pour l'heure inopérant. Certes, les dispositifs du même type qui l'ont précédé ont permis de maintenir une faible demande qui est venue compenser la chute vertigineuse de l'offre, et donc maintenu les prix en légère hausse. Mais ils n'ont pas empêché au secteur de se contracter de 5,9% en rythme annuel au premier trimestre de cette année. Même si une lueur d'espoir est permise grâce à l'augmentation des demandes de renseignements sur les crédits hypothécaires, qui mesure l'intérêt des particuliers pour les crédits proposés en vue d'acheter un logement.

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Le FMI a toutefois fait part de son scepticisme face à ce programme. Selon l'institution, il aura surtout pour conséquence de favoriser la hausse des prix de l'immobilier sans pour autant relancer le marché de la construction de manière significative.

Quant au programme Funding for lending, il n'a pas encore eu l'impact espéré sur l'économie réelle. S'il a permis une baisse du coût de l'argent, le manque de confiance des investisseurs en raison du manque de perspectives a grevé leur appétit pour le crédit, malgré une hausse de l'offre. Ce sont surtout les grandes entreprises et les acheteurs de logements qui en ont profité. Mais comme le constate la Commission européenne, l'effet de levier sur l'augmentation du nombre de prêts accordés se fait toujours attendre.

Et la stratégie européenne ?

En bref, les prévisions optimistes de la Commission européennes pour le Royaume-Uni, partagées par certains observateurs, reposent surtout sur l'alliance entre programmes de soutien au crédit et retour de la confiance pour inciter les investisseurs à se lancer, principalement en vue de doper le secteur de la construction.

Mais la stratégie qui consiste à relancer les exportations est absente. Pourtant, la situation est éloquente. Car la faiblesse de la livre sterling n'a pas suffi à les relancer. Pis, les exportations nettes n'ont cessé de chuter tout au long de l'année 2012 et ont enregistré leur plus faible contribution à la croissance britannique depuis dix ans. Principalement en raison du déclin de la demande en provenance de la zone euro, qui est le principal partenaire commercial du Royaume-Uni.

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Alors que les Britanniques s'interrogent sur leur avenir au sein de l'Union européenne, et que le parti eurosceptique UKIP est en train de se tailler la part du lion dans les sondages, le Royaume-Uni aurait tout intérêt à prendre en compte ce contributeur non négligeable pour la bonne santé de son économie. Plus encore, relancer l'économie au niveau européen pour sortir le continent de la torpeur dans laquelle il est, plutôt que draguer l'électorat eurosceptique, devrait être dans les priorités de Londres. Car il y a dans la reprise en zone euro quelques précieux points de croissance à aller chercher.

Romain Renier

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