Agriculture : cinq chiffres à retenir sur un secteur en pleine mutation

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En 2016, les prix de vente des bovins (broutards, taurillons, veaux de boucherie et vaches de réforme) ont été tirés à la baisse par l'afflux de vaches laitières de réforme qui a pesé sur les cours de toutes les catégories d'animaux souligne le ministère de l'Agriculture.
"En 2016, les prix de vente des bovins (broutards, taurillons, veaux de boucherie et vaches de réforme) ont été tirés à la baisse par l'afflux de vaches laitières de réforme qui a pesé sur les cours de toutes les catégories d'animaux" souligne le ministère de l'Agriculture. (Crédits : Reuters/Benoit Tessier)
Le secteur agricole français traverse des difficultés à répétition. À l'occasion du salon international de l'agriculture, retour en chiffres et en graphiques pour mieux comprendre les caractéristiques de l'agriculture française.

Le salon international de l'agriculture se tient au parc des expositions de la porte de Versailles du 24 février au 4 mars. Il attire comme chaque année des milliers de visiteurs, politiques de tous bords et des représentants du monde agricole. L'occasion de revenir en quelques chiffres sur ce secteur économique qui traverse régulièrement des périodes de crise.

Lire aussi > Crise agricole : la France peut-elle se passer de paysans ?

■ 70,7 milliards d'euros

C'est la valeur de la production agricole à la fois animale et végétale en 2016. La production végétale pèse pour près de deux tiers de la production agricole selon les données de l'Agreste, le service de statistiques du ministère de l'Agriculture. La valeur totale de la richesse produite s'élève à 78,8 milliards si l'on prend en compte le total des subventions et les services. En 2016, les subventions sur les produits et les subventions sur les exploitations représentaient 11,9% des ressources. Pour rappel, le ministère de l'Agriculture souligne que "ces les subventions d'exploitation permettent d'éviter à un quart d'exploitants d'avoir un résultat négatif".  Entre 1970 et 2016, le montant de la valeur ajoutée agricole au niveau national a été multiplié par 5,8.

■ 461.803

C'est le nombre de chefs d'exploitation recensés en 2016 par la mutuelle sociale agricole (MSA). Cette population active est en recul constant depuis des décennies.

Si l'on prend en compte les coexploitants, cette population s'élevait à 560.000 en 2015 selon les dernières données du service de statistiques du ministère de l'Agriculture. Et au total, 885.000 personnes travaillaient de manière régulière dans les exploitations agricoles(chefs d'exploitation ou coexploitant, conjoint et autre actif non salarié, salarié permanent). La baisse de l'emploi permanent se poursuit, mais à un rythme plus modéré (-1,7% en moyenne annuelle entre 2010 et 2015 contre -3,1% en moyenne annuelle entre 2000 et 2010). Le taux de féminisation est en légère hausse chez les exploitants agricoles. Il est passé de 24,4% en 2000 à 26,6% en 2013, mais l'agriculture reste encore une activité pratiquée en grande majorité par les hommes.

■ 175.900

C'est le nombre de grandes exploitations recensées par l'Agreste en 2013. La baisse du nombre de petites exploitations au profit des fermes privilégiant les grandes surfaces fait partie des mutations importantes du secteur agricole en France. Les économistes de l'Insee soulignent que depuis 20 ans l'agrandissement des exploitations agricoles et la concentration des productions représentent les deux grandes tendances du secteur.

"L'accroissement de la taille moyenne des exploitations résulte, d'une part, de la décroissance très rapide du nombre d'exploitations avec une division de moitié du nombre d'exploitations agricoles de tous statuts et de toutes tailles et, d'autre part, de la diminution moins rapide de la superficie agricole utilisée (SAU). Celle-ci recouvre 28 millions d'hectares en 2013 pour un territoire métropolitain de 54,9 millions d'hectares".

■ 18.300 euros par an

C'est le revenu moyen d'un agriculteur en France selon les données de la Commission des comptes de l'agriculture de la nation en 2016. Ce revenu en chute libre par rapport à 2015 (-29%) reste supérieur à 2009, où toutes productions confondues, il était inférieur à 15.000 euros en moyenne, mais est inférieur de près de 32% à la moyenne observée sur la période 1995-2005. Évidemment, cette moyenne masque des disparités. Les éleveurs de porcs apparaissent comme les grands gagnants avec 51.900 euros en moyenne. Ils relèvent la tête après plusieurs années de crise de la viande porcine. Les céréaliers ont également vu leurs revenus décroître sérieusement entre 2015 et 2016 (-51%) avec une baisse importante des rendements pour le blé notamment. Les élevages de bovins destinés à la production laitière affichent également des revenus très faibles (14.515 euros par an). Les derniers scandales relatifs à la poudre de lait chez Lactalis ne devraient pas arranger les revenus de ces agriculteurs.

 > Lire aussi : Lactalis : "L'impact économique pourrait être catastrophique"

■ 36.664

C'est le nombre d'agriculteurs convertis à l'agriculture biologique en 2017, soit une hausse de 13,6% selon les derniers chiffres communiqués par l'agence bio le 22 février dernier. Outre les producteurs, la filière comptait 17.276 transformateurs, distributeurs, importateurs ou exportateurs. Ce qui fait au total 53.940 entreprises engagées dans le bio. Et selon les surfaces converties chaque année, le succès de cette filière ne cesse de grandir.

surfaces converties

L'Agence bio a par ailleurs noté que hors exploitations agricoles, le nombre d'entreprises en bio avait augmenté à 17.726 en 2017, soit +16%, la croissance la plus forte touchant la distribution, avec plus de 250 magasins en bio ouverts l'an passé. Au total 4.752 distributeurs étaient engagés en bio fin 2017, soit 735 de plus en un an (+18% par rapport à fin 2016), une augmentation plus importante qu'en 2016 où sur la même période, 412 nouveaux distributeurs s'étaient engagés.

Ces chiffres, publiés juste avant l'inauguration du salon de l'Agriculture samedi par le président de la République traduisent "une croissance très forte", notamment du nombre de nouveaux agriculteurs biologiques, a déclaré jeudi le président de l'Agence Bio, Florent Guhl lors d'une conférence de presse.

> Lire aussi : Agriculture bio : pourquoi l'Etat se désengage des aides au maintien

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Commentaires
a écrit le 28/02/2018 à 21:36 :
Je suggère d'accorder aux agriculteurs qui sont en début de filière l'exonération du reversement de la TVA collectée. Non?
a écrit le 28/02/2018 à 13:46 :
Mr MACRON devrait réformer aussi l'attribution des subventions et des aides aux agriculteurs, arboriculteurs, céréaliers, etc.... qui manifestent avec de beaux et gros tracteurs tous neufs. Il devrait rendre obligatoire à ces personnes de dévoiler leur patrimoine avant d'un bénéficier d'une aide.
a écrit le 27/02/2018 à 21:38 :
grande parade des politiques ! tous en paroles ! combien d exploitations disparaissent chaque année ? ?
a écrit le 27/02/2018 à 16:24 :
L' agriculture ce sont les agriculteurs qui en parlent le mieux. Ici C BLANC agriculteur et responsable de la question agricole à l' UPR...

D’un coté les agriculteurs français ne peuvent pas diminuer leurs coûts de production, sauf dans le cadre d’un abaissement drastique des salaires et des normes sanitaires et environnementales.

De l’autre côté, leurs prix de vente sont orientés à la baisse, ce qui engendre une baisse de leurs revenus à court et moyen terme dans le cas général, à long terme dans le meilleur des cas.

L’avenir de l’agriculture française est donc très sérieusement mis en danger par cet effet de ciseaux, qui découle directement des contraintes européennes. Il en résulte que, si notre pays reste dans l’Union européenne, et quelles que soient les divagations sur une « harmonisation vers le haut » à la Saint-Glinglin :

le nombre d’agriculteurs et de pêcheurs en France va continuer à diminuer rapidement jusqu’à leur quasi-disparition, au profit d’une agriculture et d’une pêche industrielles de qualité médiocre, destructrice de l’environnement, de l’identité de nos terroirs et de la civilisation agricole de notre pays ;

les quelques dizaines de milliers d’agriculteurs français subsistants seront ceux qui ont la chance matérielle de se situer dans des marchés de niche (grâce aux AOP notamment), lesquels sont limités par le pouvoir d’achat des consommateurs.

Précisons que ces marchés de niche sont réservés aux plus riches et ont un impact environnemental très important, car ils contraignent les agriculteurs qui s’y livrent à devoir exporter leurs productions aux quatre coins du monde. Dans le même temps, vu que le pouvoir d’achat des Français baisse, nous devrons aussi importer de plus en plus des produits agricoles « bon marché » de moindre qualité.

Dans tous les cas, le résultat complémentaire de ces évolutions sera une augmentation en flèche de « l’empreinte carbone », du fait d’un recours massif aux exportations et aux importations de produits agricoles. Soit dit en passant, ce résultat nocif est totalement contradictoire avec les « objectifs carbone » proclamés par la Commission européenne en février 2014, qui s’est « engagée » à une réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030…

Il est fondamental que les Français aient une conscience claire de ces sombres perspectives.

Si nous laissons faire, – c’est-à-dire si nous restons dans l’UE -, le pays que nous transmettrons à nos enfants et petits-enfants aura perdu ses agriculteurs, ses pêcheurs, ses paysages, sa douceur de vivre et son âme..

https://www.upr.fr/actualite/les-francais-vont-ils-laisser-detruire-lagriculture-francaise-par-christophe-blanc
Réponse de le 28/02/2018 à 7:43 :
Vous avez entièrement raison. Mais que faire? Je propose par ailleurs de prévoir une TVA sociale sur les produits agricoles, mais qui serait d'accord? Cela ne règlerait pas tous les problèmes. Il faudrait aussi appliquer la note n°6 du CAE.
a écrit le 27/02/2018 à 16:16 :
Dans le même temps, il est bon de rappeler que nous perdons environ 9 milliards annuels depuis 10 ans de par notre position de contributeur net à l' UE..

Je n' ose vous rappeler que l' évasion fiscale autorisée par la libre circulation des mouvements de capitaux -article 63 du TFUE- s' élève au même moment pour le pays à une somme comprise entre 60 et 80 milliards annuels ..
Surréaliste.

https://www.economie.gouv.fr/facileco/evasion-fiscale-chiffres-france-europe
a écrit le 27/02/2018 à 16:01 :
ll est de bon ton de rappeler que contrairement à ce que veulent faire croire les européistes, les fonds touchés par les agriculteurs dans le cadre de la Politique agricole commune -PAC- sont en réalité le retour de l’ ..argent versé par les Français à l’Ue, français d' ailleurs très largement contributeurs nets et que le gouvernement n’a par ailleurs aucune prise sur les traités commerciaux négociés par l’Ue avec d’autres régions du monde, comme le traité Ceta ou l’accord avec le Mercosur.

Le modèle d’agriculture ultra productiviste gravé dans le marbre des traités européens est celui d’une agriculture qui condamne à terme l’existence même de l’agriculture traditionnelle et familiale française, ainsi que la notion de terroir..
Upr.fr
a écrit le 27/02/2018 à 15:56 :
Pour préserver notre agriculture, il faut mettre en place une TVA "sociale" sur les produits agricoles. A étudier SVP.
a écrit le 27/02/2018 à 15:37 :
"36.664 C'est le nombre d'agriculteurs convertis à l'agriculture biologique en 2017, soit une hausse de 13,6% selon les derniers chiffres communiqués par l'agence bio le 22 février dernier."

Je comprends bien mieux toutes ces sorties des prêtres de l'agro-industrie qui nous disent que manger naturel nous empoisonne, c'est un chiffre impressionnant je m'attendais à quelques milliers au mieux mais nous sommes quand même sur un rythme qui permet la transformation à terme de notre agriculture d'ici quelques années.

Les agriculteurs bio font bien plus que de ne pas nous empoisonner via les produits chimiques ils revalorisent la terre, ils l'enrichissent lui redonnant une valeur que l'agriculture intensive avait exterminé certaines parcelles devenant tout simplement du sable et ils n'ont pas besoin de centaine d’hectares pour nourrir leurs clients que par ailleurs les soldats de l'agro-industrie ne nourrie pas puisque principalement préoccupée par la monoculture de type maïs ou autres.

Des chiffres encourageants, merci, ça change vraiment des médias de masse qui ne font que nous exposer des curés et autres messes sur les bienfaits de l'agriculture aux produits chimiques, pardon aux produits "de protection de la plante" selon BAYER et ses 65 milliards d'euros d'endettement. Tout est dit rien que de ces deux derniers faits.
Réponse de le 27/02/2018 à 16:12 :
"ça change vraiment des médias de masse qui ne font que nous exposer des curés et autres messes sur les bienfaits de l'agriculture aux produits chimiques"

Non ce n'est pas juste je me trompe car il faut remarquer que progressivement les journalistes se sont mit à vraiment pointer le problème du doigt et ces 36000 nouveaux agriculteurs bio chaque année en sont certainement un des résultats, oui nous avons toujours nos prêtres mais de plus en plus de bons documentaires, débats et invités sur le sujet, c'est assez remarquable pour le signaler.

Où quand le quatrième pouvoir se réveille...
Réponse de le 28/02/2018 à 8:41 :
Mon pauvre ami, ce n'est vraiment pas en forçant la porte des gens que vous vendrez quoi que ce soit hein... -_-

Bien entendu votre propagande est signalée.
Réponse de le 28/02/2018 à 16:14 :
Effectivement

C'est incroyable de ne pas mettre en parallèle le nombre d'agriculteurs Bio qui sont revenus au conventionnel ou qui ont arrété leur activité.
Réponse de le 28/02/2018 à 17:11 :
"C'est incroyable de ne pas mettre en parallèle le nombre d'agriculteurs Bio qui sont revenus au conventionnel ou qui ont arrété leur activité. "

Et pourquoi vous ne nous les donnez pas ces chiffres qui seraient intéressants à connaitre en effet ???

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