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ÉconomieFrance

Cédric Villani : « L’Allemagne a conscience de ce qu’elle doit à Macron »

Photo de Audrey Fisne

Cécile Barbière, Euractiv.fr

Publié le 16 mai 2017 à 13:54 - Mis à jour le 16 mai 2017 à 20:12

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La victoire d’Emmanuel Macron a éloigné le spectre du Frexit, si redouté par l’Allemagne. Une situation qui devrait mettre de l’huile dans le moteur-franco allemand, selon Cédric Villani. Une interview de notre partenaire Euractiv.

Cédric Villani est un mathématicien français, professeur de l'Université de Lyon et directeur de l'Institut Henri Poincaré. Il a reçu la médaille Fields en 2010. Soutien d'Emmanuel Macron, cet européen convaincu est aujourd'hui candidat pour le mouvement aux élections législatives françaises dans la 5e circonscription de l'Essonne (91).

EURACTIV - La campagne présidentielle a été assez présente sur l'Europe. Pensez-vous que les citoyens français portent aujourd'hui un réel intérêt à la question ?

CEDRIC VILLANI - C'est assez variable. Chez une partie de la population, il y a un réel intérêt, alors qu'une autre lui accorde peu d'attention. Il y a une grande différence entre celles et ceux qui ont l'occasion de profiter de l'Europe, en voyageant, en se formant dans différents pays, et puis les autres, qui entendent parler de l'Europe mais qui restent en France et pour qui c'est donc un sujet moins concret.

On doit donc parler plus d'Europe, mais aussi envoyer les gens à travers l'Europe : il faudrait que la majorité d'une classe d'âge, voire toute une classe d'âge puisse profiter d'Erasmus.

Le problème, c'est que la gouvernance européenne n'est pas incarnée de manière aussi forte qu'au niveau national. Au moment de l'élection présidentielle en France, tout le monde parle de projet politique, mais il n'y a pas d'équivalent au niveau européen. Il y a bien les élections au Parlement européen, mais pas de grande élection présidentielle, donc moins d'occasions de parler de la gouvernance européenne.

Un des constats de cette élection est que si les Français n'aiment pas particulièrement l'Europe, ils ne veulent pas non plus en sortir. Que faut-il faire pour redorer le blason du projet européen auprès des citoyens ?

Les Français vous disent que l'Europe est mal gérée, mal fichue, mais quand on leur parle d'en sortir, ils refusent. Quand les Britanniques ont voté pour sortir de l'Europe, il y a eu un renforcement du sentiment européen, les gens se sont rendu compte qu'ils étaient attachés au projet européen.

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Aujourd'hui, le tour de force de Macron, c'est qu' il a mené la campagne la plus pro-européenne, puisque ça a toujours été au cœur de sa bataille, alors que l'on disait que c'était un sujet chausse-trappe, qui fait perdre, et il a gagné. Finalement, les Français ne sont pas si rebutés que ça par l'Europe.

Le Brexit a-t-il ravivé la flamme de la France pour l'Union européenne ?

Un peu. On ne sait toujours pas comment le Brexit va se terminer, c'est toujours le chaos. Le Brexit je me souviens de l'avoir vécu comme une douleur, presque physique. Maintenant on voit bien que le Royaume-Uni ne sait plus quoi faire, les négociations patinent, les États européens affichent leur union par rapport à la gestion du Brexit.

On est à un tournant de la politique européenne, qui est très compliquée. De toute part, des appels au changement, qui pourraient passer par des modifications des traités, sont lancés.

Dans le programme d'Emmanuel Macron, quelles sont les mesures phares qui promettent une réforme de l'Europe ?

Tout d'abord son programme insiste sur de grands projets. L'Europe, c'est faire des choses ensemble, comme l'Europe des sciences, avec de grands projets scientifiques, qui existent, mais qu'il faut renforcer. C'est par exemple le cas du projet CER, le conseil européen de la recherche. Un très beau programme qui permet de favoriser les chercheurs, indépendamment du pays dans lequel ils se trouvent, sur des critères d'excellence. Il faut donc renforcer l'Europe des sciences, mais aussi se lancer dans des grands projets comme la lutte contre le changement climatique, l'Europe numérique, l'Europe de la défense. Sur tous ces sujets, l'échelle nationale est devenue trop petite.

Seules, ni la France, ni l'Allemagne ne peuvent faire plier la Chine, les États-Unis ou la Russie. Par contre, l'Europe entière représente une puissance économique et démographique telle que ça pèse vraiment. Même chose sur le numérique. Les conglomérations monstrueuses des États-Unis n'ont pas peur d'un pays tout seul, mais si l'Europe entière met en place un mécanisme de concurrence, elle sera prise au sérieux.

Mais comment impliquer les citoyens européens en faveur du projet européen de manière concrète ?

Une autre idée importante du programme d'Emmanuel Macron, c'est l'engagement des citoyens, notamment le principe des conventions démocratiques qu'il veut ouvrir en Europe. Pour ouvrir le débat, pour ne pas rester dans le référendum binaire du « oui ou non ».

Il faut savoir pourquoi nous voulons l'Europe, parce que quand on s'engage dans une aventure sans savoir pourquoi, ça s'épuise rapidement. Ce ne sont pas les règles qui assurent la continuité du projet, mais l'engagement des uns et des autres.

Au-delà de la mobilisation citoyenne, il faut aussi remobiliser les chefs d'État de certains pays sur le projet européens, comme la Pologne ou la Hongrie. Il y a-t-il un espoir d'avancer là-dessus ?

Il faut agir autant au niveau des citoyens qu'au niveau de leurs représentants. Parfois, on peut analyser certaines situations comme des problèmes démocratiques, et on peut estimer que dans des pays comme la Pologne et la Hongrie la démocratie a des soucis. Il ne s'agit cependant pas d'être moralisateur ou de juger nos amis, mais il faut voir qu'il y a une divergence de vue politique qui se manifeste. Je pense que ces situations ne sont certainement pas. Je caresse même l'espoir qu'un jour la Russie soit à nouveau associée au projet. Mais nous nous n'en sommes pas là. Aujourd'hui, le sujet c'est l'Europe à 28 ou à 27, ou un peu plus quand certains processus d'élargissement en cours pourront aboutir.

Concernant les relations avec les autres États membres, Emmanuel Macron s'est vu reprocher une trop grande proximité avec l'Allemagne. Qu'en pensez-vous ?

Pour avancer, il faut faire confiance. L'Allemagne a bien compris que le populisme a avancé partout en Europe. Et surtout, ils ont eu vraiment peur du Frexit, ce qui aurait été synonyme de l'effondrement du projet européen. L'Allemagne est très attachée au projet européen, et a bien conscience de ce qu'elle doit à Emmanuel Macron. Et je pense que Berlin saura agir en conséquence.

Vous êtes un scientifique. L'Europe de la recherche et de la science est-elle une réussite selon vous ?

Il y a surtout des sujets ou l'échelle joue. Pour le « Big data » par exemple, plus c'est « big, mieux c'est. L'aborder au niveau européen sera donc beaucoup plus puissant qu'à un niveau national. Si un jour on parvient à faire émerger un géant scientifico-technologique dans ces domaine, ce sera à l'échelle européenne.

L'Europe n'a-t-elle pas raté le coche dans cette course aux géants du numérique face aux Etats-Unis notamment ?

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C'est encore possible. Quand on voit les compétences existantes et la puissance économique que peut avoir l'Europe. La Chine a réussi a faire émerger des géants chinois après les géants Américains. L'Europe n'est pas la Chine, mais avec des mesures économiques fortes, elle peut arriver à faire beaucoup de choses.

___

Par Cécile Barbière, Euractiv.fr

(Article publié le lundi 15 mai 2017)

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Euractiv (Crédits : Photo DR)

Cécile Barbière, Euractiv.fr

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