Chômage et pauvreté : le FN multiplie les intox

nicolas bay
Reuters/Vincent Kessler
Invité de la matinale de France Inter jeudi 15 février, le vice-président du Front national Nicolas Bay était interrogé sur les chiffres du chômage publiés par l'Insee le même jour.
Ce qui a été dit (à partir de 0,10') :
Près de 10 mois après son échec à la présidentielle, le parti d'extrême droite continue de prononcer des inepties et d'entretenir la confusion sur les chiffres du marché du travail. En utilisant, l'expression de "chômeurs de catégorie A", le conseiller régional de Normandie entretient le doute sur la mesure du nombre de chômeurs en France. Pour rappel, deux indicateurs du chômage coexistent en France :
- une donnée "statistique": le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) établi par l'Insee dans le cadre de son enquête Emploi trimestrielle ;
- une donnée administrative: le nombre de demandeurs d'emploi en fin de mois (DEFM) établi conjointement par Pôle emploi et le service de statistiques du ministère du Travail (Dares).
Comme le souligne un rapport du Sénat très complet sur la mesure du chômage en France, "il existe dans le débat public une confusion entre ces deux indicateurs qui mesurent pourtant deux réalités différentes et peuvent donc connaître des évolutions différentes, voire divergentes". Les auteurs du document expliquent :
En revanche, les statistiques produites par l'Insee, qui répondent à des critères et des règles fixées au niveau international, "constituent une meilleure mesure du chômage malgré leurs limites (rythme de publication trimestriel, enquête réalisée à partir d'un échantillon, impact des changements de méthodologie, définition restrictive du chômage qui exclut notamment les personnes situées dans le « halo autour du chômage »)."
Par ailleurs, l'Insee note que les critères définissant les chômeurs au sens du BIT et les demandeurs d'emploi en catégorie A "semblent a priori proches. Toutefois les deux populations ne se recouvrent pas totalement".
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Selon les dernières données publiées par l'institut de statistiques, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail est passé de 9,1% de la population active au second trimestre 2017, juste après l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée, à 8,6% en France métropolitaine à la fin du quatrième trimestre. Si l'on prend en compte les données pour la France entière, le taux est passé de 9,4% à 8,9% sur la même période.
En ce qui concerne le nombre de chômeurs au sens du BIT, les chiffres de l'Insee illustrent également une baisse quelque soit le périmètre retenu. Pour la France entière, le nombre de chômeurs est passé de 2,8 millions au second trimestre 2017 contre 2,66 millions à la fin de l'année dernière. Pour la France métropolitaine, le nombre de chômeurs est passé de 2,64 à 2,5 millions sur la même période.
Contrairement à ce qu'affirme l'élu frontiste, le nombre de chômeurs n'a donc pas augmenté depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron si l'on prend en compte les différents indicateurs de l'Insee.
Sur le sujet de la pauvreté, les propos du député européen se révèlent également imprécis. Si l'augmentation du nombre de pauvres en France est un fait régulièrement soulevé par l'observatoire des inégalités ou l'Insee, il est nécessaire de rappeler que, au delà de conjoncture économique et de ces possibles effets sur la pauvreté notamment en temps de crise et d'austérité, la population augmente dans le même temps. Pour faciliter les comparaisons sur plusieurs années, il est donc plus pertinent d'utiliser le taux de pauvreté.
A ce titre, les dernières estimations publiées par l'Insee (encore provisoires) indiquent que le taux fin 2016 (13,9%) serait en baisse par rapport à 2015 (14,2%) mais reste supérieur à celui de 2007 (13,7%). Mais là encore, ces chiffres sont à interpréter avec précaution. Dans une tribune publiée en octobre 2016 sur le site de l'Observatoire des inégalités, le sociologue Louis Maurin revenait sur le changement d'approche et de périmètre dans les méthodes de calcul de la pauvreté qui ont engendré des conséquences sur les chiffres publiés :
Et dans une approche à plus long terme, les taux de pauvreté recensés dans les années 1970 se révèlent bien supérieurs à ceux rencontrés dans les années plus récentes.
Bien que les derniers chiffres de l'organisme public de statistiques soient provisoires, il est encore trop tôt pour affirmer à l'heure qu'il est que la pauvreté en France continue d'augmenter, comme l'affirme Nicolas Bay.
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