Cinquième semaine de congés : l’exécutif s’attaque à un totem social
La Tribune

La ministre du Travail et de l’Emploi, Astrid Panosyan-Bouvet.
Magali Cohen / Hans Lucas via Reuters
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La ministre du Travail et de l’Emploi, Astrid Panosyan-Bouvet.
Magali Cohen / Hans Lucas via Reuters
La proposition est encore floue, mais elle fait déjà bondir les syndicats et embarrasse le gouvernement. Dans le sillage du plan d'économies dévoilé par François Bayrou ce mardi 15 juillet - qui prévoit près de 44 milliards d'euros d'économies l'an prochain - une mesure fait particulièrement débat : la monétisation de la cinquième semaine de congés payés. L'idée, portée par la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, permettrait aux salariés qui le souhaitent de convertir cette semaine de repos en salaire, afin de leur « redonner du pouvoir d'achat » et de « favoriser le travail ».
Présentée comme une piste de négociation avec les partenaires sociaux, cette mesure a immédiatement suscité des critiques virulentes. « C'est une idée du musée des horreurs », a réagi Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, jeudi matin sur France Inter. Pour la première centrale syndicale du pays, la logique est intenable : « Ce n'est pas aux salariés eux-mêmes de se payer un peu plus de marge de manœuvre pour boucler les fins de mois, en rognant sur leurs congés », a-t-elle déclaré, dénonçant une « solution injuste » face aux difficultés de pouvoir d'achat.
La cacophonie gouvernementale autour de cette piste n'a pas tardé. Interrogé le même jour, le ministre de l'Économie, Éric Lombard, s'est montré pour le moins surpris : « Je n'ai pas vu ça dans nos propositions... Ce n'est pas dans le plan », a-t-il lancé lors d'un déplacement en Moselle. Quelques heures plus tard, tout en nuançant ses propos, il a renvoyé la balle vers les partenaires sociaux : « On a un problème de production dans ce pays. Il faut travailler plus. Ces sujets doivent faire l'objet d'un dialogue. »
Un dialogue social qui s'annonce tendu. La ministre du Travail a confirmé mercredi soir sur LCI que cette option ferait bien partie du document d'orientation transmis d'ici à la fin juillet aux syndicats et au patronat. Ce document, préparatoire à de futures négociations sur le droit du travail, abordera également les CDD, l'intérim, le temps partiel subi, ou encore l'impact de l'intelligence artificielle sur l'emploi.
Sur le fond, la monétisation de congés payés existe déjà dans certaines configurations - notamment lors du départ d'un salarié -, mais sa généralisation constituerait une rupture culturelle dans un pays attaché à ses congés, où la durée du travail reste un marqueur politique fort. Si elle reste volontaire et encadrée, la mesure pourrait offrir un gain ponctuel à certains salariés en difficulté. Mais son efficacité reste incertaine et sa portée économique limitée.
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Pour les syndicats, la pilule est d'autant plus difficile à avaler que la mesure intervient dans un contexte de rigueur budgétaire. « Le monde du travail ne peut pas admettre des mesures profondément injustes et des efforts absolument pas partagés », a averti Marylise Léon, qui n'exclut pas une mobilisation à la rentrée. L'intersyndicale se réunira vendredi après-midi pour affiner sa position face aux annonces de l'exécutif.
Alors que le gouvernement insiste sur la nécessité de produire davantage sans toucher au « modèle social », cette mesure envoie un signal ambigu. Elle pourrait donner l'impression que l'on demande aux salariés de faire eux-mêmes l'effort d'ajuster leur pouvoir d'achat, sans revalorisation salariale ni réforme de la fiscalité.
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François Bayrou a promis de laisser toute leur place aux partenaires sociaux dans cette discussion, qui s'ouvrira dans les prochaines semaines. Mais sur un terrain aussi sensible que le droit aux congés, l'exécutif joue gros. Car la cinquième semaine de congés payés, instaurée en 1982 sous François Mitterrand, reste l'un des symboles les plus ancrés du modèle social français.
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