Climat social et pandémie font chuter le moral des entreprises américaines en France

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Au-delà de la conjoncture, forcément compliquée, ce sont surtout les freins ou
irritants historiques et structurels de la France qui sont pointés du doigt par les investisseurs américains pour expliquer la baisse d’optimisme
d’une partie d’entre eux expliquent les auteurs du baromètre.
"Au-delà de la conjoncture, forcément compliquée, ce sont surtout les freins ou irritants historiques et structurels de la France qui sont pointés du doigt par les investisseurs américains pour expliquer la baisse d’optimisme d’une partie d’entre eux" expliquent les auteurs du baromètre. (Crédits : Reuters)
28% des firmes américaines implantées sur le sol français estiment que leurs effectifs vont diminuer dans les 2-3 prochaines années contre seulement 7% il y a un an, selon le dernier baromètre AmCham et Bain & Company. Ils sont 24% à penser que la pandémie aura un impact négatif sur leurs investissements en France.

La France tente tant bien que mal de résister à la pandémie. Selon le dernier baromètre dévoilé par l'AmCham (American chamber of commerce in France) et le cabinet de conseil Bain & Company, 52% des entreprises américaines implantées sur le sol français estiment que leur groupe a une image "moyenne" ou "mauvaise" de la France en 2020. Il s'agit du plus médiocre résultat depuis 2017. A l'opposé, 48% affirment avoir une perception "bonne" ou "excellente" de l'Hexagone.

C'est la première fois depuis 2015 que ce chiffre est en recul. Avec 124 entreprises et plus de 58.000 employés, ce réseau de firmes interrogé est "un bon étalon" des relations commerciales entre les deux économies. "Les flux d'investissement sont très importants dans les relations transatlantiques. Les Etats-Unis sont le premier employeur étranger en France" a rappelé Marc-André Kamel, associé et directeur chez Bain & Company et vice-président de l'AmCham France.

"Au début de l'année 2020, le moral était au beau fixe. Le baromètre traduit un regain d'incertitude et de polarité des opinions. L'érosion de l'attractivité de la France est relativement contenue. La France est bien placée en Europe pour maintenir sa position. Les données recueillies montrent que les répondants sont plus dans l'incertitude notamment en raison de la sortie de la pandémie" a-t-il poursuivi lors d'un point presse ce jeudi.

Incertitudes sur les perspectives économiques et l'emploi

La photographie dressée par les résultats du baromètre montre une forte incertitude. Si 39% des répondants informent que l'évolution du contexte économique en France sera positive dans leur secteur dans les deux-trois ans à venir (contre 41% en 2020, ils sont 23% à penser qu'elle sera négative. C'est 12 points de plus que lors de la précédente édition en 2020. En revanche, 33% des répondants indiquent que la situation sera stable contre 48% l'année dernière. Les auteurs de l'enquête redoutent "une forte polarisation de l'opinion".

"L'érosion de cet optimisme se traduit par une baisse des perspectives d'embauches" a déclaré M.Kamel. Ainsi, 28% des entreprises américaines déclarent que leurs effectifs diminueront dans les prochaines années contre seulement 7% en 2019 et 17% en 2018. 45% informent que les équipes devraient rester stables. Enfin, seuls 27% pensent que les embauches augmenteront dans un avenir proche contre 51% en 2019 et 42% en 2018.

Craintes sur le climat social

Parmi les critères qui comptent le plus pour investir, le climat social arrive en premier lieu pour une forte majorité de répondants (79%). Viennent ensuite la qualification de la main d'oeuvre (72%), la sécurité juridique (70%), le contexte économique (68%), le coût économique de la main d'oeuvre (67%) et la disponibilité de la main d'oeuvre (61%). "Autrefois classé 5ème au rang des critères décisifs dans leurs choix d'investissement, le climat social devient en 2020 le premier facteur d'investissement pour les investisseurs américains, 100% d'entre eux le jugeant important. C'est le symbole de la persistance d'une question qui cristallise les attentes et que les réformes ne sont pas encore parvenues à satisfaire" indiquent les auteurs du baromètre. "Le climat social est un irritant traditionnel de la France. L'instabilité sociale n'est pas un problème uniquement français comme on a pu le voir dernièrement aux Etats-Unis" a ajouté M.Kamel.

Attractivité : des points forts et des points faibles

L'autre enseignement important de cette étude est que la France dispose de solides atouts par rapport aux autres pays étrangers. Ainsi, l'environnement culturel (78%), la qualité de vie (73%), la situation géographique apparaissent comme les points forts de la France aux yeux des directions interrogées. A l'opposé, le coût de la main d'oeuvre (69%), les procédures de licenciement (73%) et les coûts de licenciement sont toujours perçus comme des points faibles (80%) malgré les réformes engagées depuis plusieurs années. "Ces faiblesses, persistantes et particulièrement contrariantes dans un contexte de crise, participent à la baisse d'attractivité de la France cette année" note l'étude.

L'écosystème d'innovation jugé positivement

Une grande majorité des investisseurs interrogés ont une opinion positive (60%), voire très positive de l'écosystème d'innovation sur le territoire français. Parmi les critères les plus fréquemment cités arrivent tout d'abord la qualification de la main d'oeuvre (81%). Viennent ensuite le soutien de l'Etat à la nouvelle économie (57%) et les infrastructures (48%). En revanche, ils sont plus sceptiques sur la souplesse du cadre juridique. 49% indiquent que c'est une faiblesse. Enfin, seulement 28% considèrent que la pénétration du numérique au sein des particuliers et des entreprises est une force.

(*) Méthode : En décembre 2020 et janvier 2021, un questionnaire a été partagé auprès des dirigeants de la plupart des filiales françaises de sociétés américaines. 124 réponses de sociétés représentant au total plus de 58 000 employés en France et plus de 54 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France ont été collectés.

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Commentaires
a écrit le 12/02/2021 à 9:55 :
Et en UE on mise toujours et encore sur nos paradis fiscaux et le salarié ouzbek à 150 balles par mois.

Vite un frexit, quitte à terminer pauvres autant devenir libres.
a écrit le 12/02/2021 à 4:10 :
Ca fleur mauvais la relocalisation sur le territoire US. Faut pas s'en etonner, le climat social en France est une poudriere. Par ailleurs, la valse des contraintes y est pour le moins rebutante, trop de charges, de conditions a remplir.
Biden sera pire que le blond peroxyde.

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