Les Français ont mis 80 milliards d'euros de côté à fin juillet
Eve SZEFTEL, AFP
Eve SZEFTEL, AFP
Le confinement a conduit les Français à fortement épargner, au détriment de la consommation qui peine à repartir d'un bon pied, malgré les messages d'optimisme du gouvernement. Cette frilosité à dépenser, alors que les revenus ont été préservés par les mesures de chômage partiel, se mesure au gonflement de l'épargne, dont le taux a augmenté de 12 points pour s'établir à 27,4% au deuxième trimestre, selon les chiffres de l'Institut national des statistiques et des études économiques (Insee) vendredi. D'ici la fin de l'année, les Français devraient avoir mis de côté pas loin de 100 milliards d'euros, "l'épargne Covid" s'élevant déjà à 80 milliards à fin juillet, selon la Banque de France.
Aussi, face à cette frilosité, l'enjeu pour le gouvernement sera de relancer la consommation des ménages. Attendu jeudi, le plan de relance de 100 milliards d'euros "devra remettre dans le circuit cette épargne excessive en rassurant sur l'emploi", note Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management.
D'autant que le fragile optimisme qui prévalait depuis le déconfinement risque d'être mis à mal par la recrudescence de l'épidémie, qui a conduit à imposer le port du masque à Paris ou Marseille et dans les entreprises.
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Plus grave que le masque obligatoire, la perspective d'un réconfinement. De fait, le trimestre porte les stigmates de l'obligation imposée aux Français de rester chez eux: les dépenses de consommation ont ainsi chuté de 11,5%.
Après avoir bondi à la sortie du confinement (+35,5% en mai et +10,3% en juin), les achats se sont stabilisés en juillet (+0,5%), avec une prime pour la consommation de carburants, en forte hausse, au détriment des dépenses en habillement-textile qui progressent plus faiblement.
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La consommation des ménages retrouve ainsi "quasiment" son niveau de novembre 2019, selon l'Insee, mais "on n'a pas eu de véritable rattrapage, au sens où on continue d'accumuler des pertes", selon Mathieu Plane, directeur adjoint du département Analyse et Prévision de l'OFCE. Dès lors, "on ne peut pas parler de reprise, mais d'un simple rebond" de l'activité.
Surtout, cette baisse de la consommation a fait chuter le produit intérieur brut de 13,8% au deuxième trimestre 2020, selon l'Insee. Cet effondrement est inédit depuis 1949, date à laquelle il a commencé à mesurer l'activité économique française de façon trimestrielle. Même après la chute de Lehman Brothers en 2008-2009 ou la grève générale de mai 1968, la chute n'avait pas été aussi brutale.
Après un recul du PIB de 5,9% entre janvier et mars, la France est donc officiellement entrée en récession à l'issue du premier semestre.
Parce que le confinement y a été plus strict et en raison de la spécialisation sectorielle de l'économie (tourisme et aéronautique), la France fait moins bien que l'ensemble de la zone euro (-12,1%) et a fortiori que l'Allemagne, où le recul est limité à 10,1%. Mais l'Espagne a subi un recul de 18,5% et le Royaume-Uni de 20,4%.
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Pour 2020, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a confirmé la prévision du gouvernement d'une contraction du produit intérieur brut (PIB) de 11%, alors que l'Insee table sur -9%. Cette prudence s'explique notamment par "beaucoup d'incertitudes internationales", a-t-il justifié, citant le Brexit, l'élection présidentielle américaine et le futur plan quinquennal chinois.
A plus long terme, le PIB français ne devrait retrouver son niveau d'avant-crise qu'en 2022, où une croissance de 1,4% est attendue.
Eve SZEFTEL, AFP