Dette Covid : passe d'armes musclée à l'Assemblée

Annuler ou pas la dette publique issue de la crise sanitaire? Comment la rembourser? Gouvernement, majorité et oppositions affûtent leurs arguments à un peu plus d'un an de l'élection présidentielle, gageant que ce sujet sera au cœur de la campagne et des préoccupations des Français.
Le ministre délégué en charge des comptes publics Olivier Dussopt à l'Assemblée nationale.
Le ministre délégué en charge des comptes publics Olivier Dussopt à l'Assemblée nationale. (Crédits : Reuters)

Pour la première fois depuis le début de la crise, un débat s'est tenu à l'Assemblée nationale lundi soir, à l'initiative des députés communistes, sur le thème "la dette publique: la payer ou l'annuler?".

Face au ministre de l'Économie Bruno Le Maire et au ministre des Comptes publics Olivier Dussopt, qui martèlent depuis des mois que la dette devra être remboursée, Fabien Roussel (PCF) a défendu l'idée d'une "annulation partielle de la dette Covid, celle détenue par la Banque centrale européenne".

Le sujet est technique, mais éminemment politique: "Vous nous dites qu'il faudra la payer cette dette, et avec des réformes dures, comme la réforme des retraites que vous préparez déjà. Vous préparez les Français à un énième discours sur la réduction des dépenses publiques", a fustigé Fabien Roussel.

Suivi par le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon pour qui rembourser la dette, qui a gonflé à environ 120% du PIB l'an dernier, "c'est seulement un sujet pour imposer des politiques d'austérité".

"Irresponsabilité", "illégal", "inutile" et "ruineux", a répondu le député LREM Alexandre Holroyd. "Pas sérieux", a renchéri Marie-Christine Dalloz pour Les Républicains, qui a pointé une France en "situation de surendettement".

"Une erreur grave", a estimé Agnès Thill du groupe UDI et indépendants, reprenant les mots du rapport de la commission sur le sujet menée par l'ancien ministre Jean Arthuis et rendu cette semaine au gouvernement.

Leurs arguments sont peu ou prou les mêmes: cela n'est pas possible en l'état des traités européens et une telle décision "mettrait en cause la crédibilité" financière de la France, selon les mots du député Charles de Courson (Libertés et Territoires), qui a aussi jugé "excessif" le choix du gouvernement d'une stratégie du "quoi qu'il en coûte" durant la crise.

- "Utopistes" vs "responsables" -

Bruno Le Maire a lui qualifié les défenseurs de l'annulation d'"utopistes", jugeant qu'elle serait "dangereuse et inutile". Lui propose de la rembourser une fois la crise terminée grâce au retour de la croissance, un effort sur les dépenses publiques, des réformes, comme celle des retraites, ou encore la mobilisation d'une partie de l'impôt sur les sociétés.

Il a d'ailleurs fustigé le Parti socialiste, rangé dans le camps des "procrastinateurs", au côté du Rassemblement national, absent du débat lundi soir.

"Ils renvoient aux calendes grecques le remboursement de la dette et en attendant (...) ils proposent de dépenser plus d'argent public", a critiqué le ministre de l'Économie.

Quelques minutes plus tôt, le député PS Jean-Louis Bricout avait dénoncé l'"austérité" prônée par le rapport Arthuis, qui mettait en avant la nécessité de maîtriser les dépenses publiques à l'avenir.

Il a défendu à l'inverse un soutien plus important à la consommation dans le plan de relance, une réforme de la fiscalité pour la rendre plus "progressive", à l'image des propositions de la prix Nobel d'économie Esther Duflo ou de l'économiste Thomas Piketty, ou encore une réduction des niches fiscales.

Bruno Le Maire s'est placé lui sans surprise parmi les "responsables", pour qui le remboursement est indispensable et nécessite une maîtrise des dépenses, et s'est réjoui que ce camp soit "le plus nourri" dans l'hémicycle lundi soir, représenté notamment par les groupes Modem, LREM, UDI et LR.

Ces derniers n'ont toutefois pas manqué d'écorner le gouvernement, coupable de ne "pas avoir entrepris d'efforts suffisants pour réduire les dépenses" depuis 2017, selon Charles de Courson. Quand la députée LR Marie-Christine Dalloz a dénoncé son "manque de courage à désendetter" l'Etat en début de quinquennat.

Tous s'accordent en revanche sur un point: les règles budgétaires européennes (une dette ne devant pas dépasser 60% du PIB et un déficit maximum de 3% du PIB) sont désormais obsolètes et doivent évoluer à la faveur de la crise.

De quoi nourrir un autre débat dans les prochains mois, avec nos voisins européens cette fois.

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Commentaires 10
à écrit le 23/03/2021 à 18:13
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Annuler la Dette signifie retirer du pouvoir aux riches. Ce n'est pas dans l'air du temps. Tant que les États seront les otages des puissances financières, les peuples seront soumis au remboursement de Dettes dont les achats ont été permis par la par...

à écrit le 23/03/2021 à 16:34
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Il n'a certainement pas échappé à ceux qui suivent l'actualité que ce débat parlementaire sur l'annulation de la dette n'a lieu qu'en France. La France est le seul pays qui veut pouvoir emprunter sans rembourser.On comprend pourquoi le peuple est si ...

le 23/03/2021 à 17:37
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Dans un appel du 5 février dernier, 150 experts européens ont mis en avant une telle annulation comme une solution pour transformer ces « dettes perpétuelles sans intérêt », en les investissant la totalité de leurs montants (2.500 milliards d'euros) ...

à écrit le 23/03/2021 à 16:17
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Depuis quand est-ce le debiteur qui décide laquelle de ses dettes à rembourser? Normalement, un remboursement partiel fait l‘objet d‘une procédure de faillite, et même dans ce cas, les créanciers ont leur mot à dire. La BCE n‘est pas la France, et la...

le 23/03/2021 à 20:40
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Et pourquoi emprunter ou faire des impôts? Pourquoi ne pas utiliser d'autres méthodes plus innovatrices, un bingo des entreprises, téléton des entreprises ou tout autres méthode ou les entreprises pourraient faire parler d'elle en échange de leur cot...

à écrit le 23/03/2021 à 14:38
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y a 130 milliards de dettes bon, si on confisque les 30 milliards indus que les syndicalistes se fourrent dans les fouilles, et qu'on confisque l'argent des CE qu'ils dirigent, en votant une loi de perequation solidaire et sociale, en moins de 4 ans...

le 23/03/2021 à 20:42
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Vous voulez dire que les vendus seraient plus paye par les patronats? Attention c'est risque, les grèves risquent de ne plus être decides par les patrons...

à écrit le 23/03/2021 à 13:59
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L'état s'est endetté de plus de 400 milliards d'euros sans la moindre utilité réelle. Ca fait maintenant un an que des incompétents "gèrent" cette crise du coronavirus et on en est au même point qu'il y a un an, quand l'Asie est déjà dans l'après cov...

le 23/03/2021 à 20:45
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Macron a distribue a ceux qui vont financer ça prochaine campagne et pour camoufle donne très peu a ceux qui en avaient vraiment besoin quand ils y avaient par miracle droit... il va pas lancer une enquête pour punir ceux qui ce sont enrichis, il ser...

à écrit le 23/03/2021 à 11:27
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Les communistes sont les grands spécialistes des annulations de dettes, depuis les emprunts russes. Voilà qui leur permet de retrouver un peu d'écoute et de visibilité. A défaut d'avoir un réel projet alternatif et des gens crédibles pour le porter..

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