Emmanuel Macron propose « une autonomie à la Corse dans la République »
Jean Marc Raffaelli
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

La Corse sera inscrite dans la Constitution, sous réserve du vote du Parlement réuni en Congrès,
YARA NARDI
Jean Marc Raffaelli
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

La Corse sera inscrite dans la Constitution, sous réserve du vote du Parlement réuni en Congrès,
YARA NARDI
« Pas de lignes rouges mais l'idéal de la République. » Voilà, en une phrase laconique, la lettre et l'esprit du discours prononcé par Emmanuel Macron à la tribune de l'Assemblée de Corse qui affichait complet, à l'exception assumée de l'élue unique représentant le mouvement indépendantiste.
Pourtant, quelques lignes rouges ont circonscrit l'allocution présidentielle où le mot autonomie n'a jamais été prononcé du bout des lèvres et c'est déjà en soi une avancée significative pour les nationalistes au pouvoir. Il apparaît, comme prévu, que la Corse sera inscrite dans la Constitution, sous réserve du vote du Parlement réuni en Congrès, mais sans titre particulier mâtiné de solennité du genre « De la Corse » comme l'a suggéré Gilles Simeoni. Pas de référence non plus à la notion de « Peuple Corse » qui avait provoqué, en 1991, une poussée d'urticaire aux sages du Conseil constitutionnel. Le Président de la République lui préfère, dixit, « Une communauté insulaire, historique, linguistique et culturelle », mordant imperceptiblement sur la ligne rouge. Pas question non plus de « Statut de résident » dont le principe est d'imposer à chaque nouveau arrivant dans l'île une durée de séjour d'au moins cinq ans avant d'envisager une acquisition foncière ou immobilière. Pas plus qu'il n'est envisagé de « Coofficialité de la langue corse », c'est-à-dire sa parité avec la langue française dans tous les actes administratifs du quotidien. Mais là encore, un pas en avant a été consenti avec l'annonce de la création d'un service public de la langue corse pour intensifier son enseignement dans toutes les écoles et ainsi tendre vers le bilinguisme. Pas de langue... de bois, donc.
À lire également
Toutes ces demandes, consubstantielles de la lutte d'émancipation de la Corse menée par la violence puis sur le terrain démocratique depuis plus d'un demi-siècle, étaient inscrites noir sur le blanc dans le rapport intitulé « Autonomia » adopté le 5 juillet dernier par l'Assemblée de Corse à une solide majorité. En définitive, c'est un peu comme si Emmanuel Macron avait lu ce rapport en diagonale. Pour autant, il n'a pas sauté un des chapitres parmi les plus importants si on met de côté les revendications qui relèvent du symbole : celui consacré au pouvoir législatif. Il ne l'a pas dit comme ça. Le chef de l'État a parlé de « capacité normative » mais honnêtement, sans se perdre dans des circonvolutions sémantiques, cela revient à peu près au même. « La Corse pourra définir ses propres normes, elle aura un droit d'adaptation et d'habilitation ». Cela signifie concrètement que les élus pourront prendre des mesures d'ordre législatif dans le périmètre des compétences qui lui ont été progressivement conférées, et la Corse en a davantage que la moyenne des Régions de France, transports, logement, aménagement du territoire, tourisme, énergie, éducation et sport, etc. Y compris, laisse-t-il entendre, échafauder des dispositions fiscales pour dissuader les spéculateurs.
Jean Marc Raffaelli