Face aux « aléas politiques », le pouvoir macroniste utilise le 49.3 sans trembler

Marc Endeweld
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Photo d'illustration
Marine nationale

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Coup sur coup, la Première ministre Elisabeth Borne se retrouve donc obligée d'utiliser le 49.3 : à la fois pour faire passer son budget et pour que la loi de finance de la Sécurité sociale soit adoptée. Immédiatement, les oppositions ont dénoncé un « déni de démocratie ». Cela fait en effet plus de trente ans qu'un budget n'avait pas été adopté grâce au recours à un 49.3. Pour marquer le coup, la Nupes comme le RN ont décidé de déposer des motions de censure. Du côté de la majorité, on banalise pourtant la situation. Et on convoque la légitimité démocratique du président Macron pour mieux minimiser l'effacement du Parlement. Emmanuel Macron n'a pas encore 45 ans, mais il pourrait reprendre la boutade du Général de Gaulle qui déclara en 1958 lors de son accession au pouvoir : « Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans je commence une carrière de dictateur ? »
C'est qu'Emmanuel Macron, dès son premier quinquennat, a toujours eu une grande facilité à se glisser dans le costume bonapartiste de la Vème République. Quand il n'était encore que banquier d'affaires chez Rothschild, il avait pourtant écrit un article dans la revue Esprit dans lequel il critiquait assez vertement l'hyper-présidentialisme à la française. Et pourtant, dans le même texte (intitulé bizarrement et façon « en même temps », « les labyrinthes de la politique. Que peut-on attendre pour 2012 et après ? »), Emmanuel Macron n'hésitait pas à justifier une véritable parenthèse démocratique sur certaines questions « structurelles », et notamment les questions budgétaires : « Car le traitement des problèmes longs implique parfois une forme de "réduction" des pouvoirs politiques, c'est à dire l'instauration de mécanismes supra-politiques qui garantissent à travers le temps une application constante, une protection contre les aléas politiques ».
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Depuis son accession au pouvoir, Emmanuel Macron a toujours su tirer son épingle du jeu quand des événements survenaient, de la crise du Covid-19 à la guerre en Ukraine. Face à ces « aléas », le plus jeune président de la Vème République a toujours su manier le ton martial. Au point d'assister à une militarisation de la fonction ? C'est ce que tente de montrer l'économiste Claude Serfati dans un essai au titre provocateur L'État radicalisé, la France à l'ère de la mondialisation armée (La Fabrique, septembre 2022, 15 euros). Écrit peu de temps avant la guerre en Ukraine, l'auteur remarque notamment que le président Macron sait manier à merveille tous les pouvoirs de la Vème République.
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