Heidi Sevestre, au front pour la planète
Fanny Arlandis

Heidi Sevestre, glaciologue et engagée contre le changement climatique
LTD/Yann Rashid
Fanny Arlandis

Heidi Sevestre, glaciologue et engagée contre le changement climatique
LTD/Yann Rashid
Pour parler à Heïdi Sevestre, il faut s'insérer dans l'un des rares créneaux libres d'un emploi du temps partagé qu'elle envoie par e-mail. Ces quatre dernières semaines, cette glaciologue a donné 27 conférences auprès d'entreprises, d'élus, d'étudiants et d'associations à travers la France, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse et l'Italie.
« Partout, tout le temps, il faut montrer que la lutte contre le changement climatique n'est pas un combat perdu d'avance, assène la scientifique de 36 ans, membre du programme de surveillance et d'évaluation de l'Arctique (Amap), un groupe de travail du Conseil de l'Arctique qui fait l'intermédiaire entre le monde académique et les gouvernements. Diffuser les connaissances me semble être le meilleur vecteur de passage à l'action. »
Heïdi Sevestre est devenue, au fil des années, l'une des porte-parole les plus écoutées de la santé catastrophique des glaciers. Une aura que cette scientifique originaire des Alpes doit à un mélange de douceur et de détermination. « On ne peut pas la rencontrer et ne pas être touché par les messages et les causes qu'elle porte, confie Alexandra Lavarelo, la fondatrice de l'agence Bella Ciao, qui planifie les interventions de la scientifique. Son optimisme, sa simplicité, le langage commun qu'elle utilise, loin des graphiques et des statistiques, parle à tous. »
Mais surtout, Heïdi Sevestre s'exprime depuis l'un des postes d'observation les plus menacés de notre planète : le Svalbard, un archipel norvégien de l'océan Arctique situé à un millier de kilomètres du pôle Nord. Elle y a fait une partie de ses études et son doctorat avant de revenir s'y installer il y a quelques années. Or c'est là-bas que les effets du changement climatique s'illustrent le plus violemment. « Une véritable ligne de front ! s'exclame la glaciologue. La région se réchauffe plus vite qu'ailleurs sous les effets des gaz à effet de serre produits par les activités humaines avec + 8 °C en hiver depuis 1980. Le reste du monde, lui, a gagné 1,3 °C en moyenne sur l'année depuis 1850. »
Une raison de plus pour appliquer à ses propres missions le principe de réduction de l'empreinte carbone. Elle mène désormais ses expéditions en pulka, sorte de traîneau à ski, ou en snowkite tiré par une voile, comme lors de sa dernière expédition au Groenland l'été passé. « Mes genoux s'en souviennent encore ! »
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Cela lui semble d'autant plus essentiel que le changement climatique a des répercussions sur ses expéditions scientifiques. Les environnements deviennent plus dangereux, plus instables ; les prévisions météorologiques, impossibles.
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« Plus qu'avant encore, les choix que l'on fait sur le terrain sont des questions de vie ou de mort, confie Heïdi Sevestre. Cela élimine le superflu et rend la prise de décision assez limpide. » Un apprentissage qui lui permet au quotidien de générer une énergie sans limite. « Je consacre chaque jour à cet élan pour un avenir meilleur. Je me dis "allez j'y vais, à mon niveau". J'ai une rage intérieure profonde. Nous sommes à un rendez-vous de l'Histoire, face à une chance unique de participer à la survie de l'humanité ! Allez, venez, on embarque tout le monde. Il y a encore de si belles choses à inventer. »
À lire : Sentinelle du climat, éd. Harper Collins, sorti en poche en 2024.
Fanny Arlandis