Que valent les recettes de la Banque de France pour redresser la compétitivité ?

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Les réformes structurelles sont la clé du redressement de la compétitivité tricolore
Ce mercredi, la Banque de France et France Stratégie organisent conjointement un colloque intitulé « La compétitivité française : nouveaux enjeux, nouvelles mesures ». En attendant les conclusions des débats des tables-rondes, François Villeroy de Galhau, le nouveau gouverneur de la Banque de France a, dans discours introductif, donné des pistes de réforme. Révolutionnaires ?

Comment redresser la compétitivité française ? La question taraude, obnubile, inquiète le gouvernement, les partenaires sociaux - surtout le patronat - et les économistes. Aucune réponse n'ayant été trouvée - les solutions testées par les derniers gouvernements ont démontré leur inefficacité - la Banque de France et France Stratégie organisent conjointement un énième colloque sur le sujet ce mercredi. Intitulé « La compétitivité française : nouveaux enjeux, nouvelles mesures » qui doit permettre, espérons-le, de dégager des solutions qui marchent, enfin. Sinon, il n'aura servi à rien.

En attendant les conclusions des débats des tables-rondes et les éventuelles solutions miracles qui permettraient à la France d'afficher une progression de son PIB supérieure à 1,5% et une baisse significative du nombre de demandeurs d'emplois, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France a, dans discours introductif, donné des pistes très proches pour redresser la compétitivité tricolore.

La politique monétaire a ses limites

 Après avoir rappelé l'action volontariste de le Banque centrale européenne, et ses limites, - " pour autant, gardons-nous de tout attendre de la politique monétaire", explique-t-il -, l'ancien directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn et ex-directeur général délégué de BNP Paribas suggère plusieurs pistes.

S'il constate les effets des réformes introduites récemment par le gouvernement pour soutenir la compétitivité-coût, comme le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) et les allègements de charges contenues dans le Pacte de responsabilité et de solidarité, il estime que ces " réformes ont un coût et ne sont que partielles ". " En témoigne l'exemple de la difficile réforme des règles de revalorisation du SMIC, qui sont pour partie à l'origine de l'augmentation relative des coûts salariaux unitaires en France et de la faiblesse de l'emploi ".

François Villeroy de Galhau est également favorable à une réforme du système d'éducation et de formation, à commencer par l'apprentissage. " Selon une enquête conduite par l'Eurosystème, sur la période 2010-2013, en pleine crise donc, plus de 70 % des entreprises françaises disent ne pouvoir recruter par manque de travail qualifié : c'est le taux le plus élevé d'Europe, et cette exception française est la plus choquante de toutes alors que, parallèlement, le chômage frappe des millions d'adultes et de jeunes." C'est juste. Le taux de chômage des 18-24 ans s'élève à 23% actuellement.

Dérégulez, dérégulez, il en restera toujours quelque chose...

Proche d'Emmanuel Macron, François Villeroy de Galhau est sans surprise sur la même longueur d'ondes que le ministre de l'Economie. Dans la foulée de la loi Macron, il prône un nouvel allègement de la régulation de certaines professions, de réformer l'ouverture des marchés, des biens et du service comme du travail. L'objectif de cette dérégulation est de " rechercher une meilleure efficacité des secteurs abrités de la concurrence ", qui, parce qu'ils affichent un niveau élevé de valeur ajoutée, captent une partie de la compétitivité des secteurs exposés à la mondialisation.

Quels commentaires peut-on faire de ce discours et des solutions énoncées par le gouverneur de la Banque de France ? De la part d'un homme qui fut un temps au cœur de l'exécutif, en tant que directeur de cabinet de DSK, ces propositions laissent un peu sur leur faim. Le keynésianisme affiché et revendiqué de l'ancien directeur général du FMI semble ne plus faire partie du logiciel de François Villeroy de Galhau. En effet, plaider pour de nouvelles réformes structurelles permettant de réduire un coût du travail qui, dans l'industrie, est déjà inférieur à celui observé en Allemagne, appeler à la dérégulation de certains services peut avoir du sens si ces mesures s'accompagnent simultanément d'une relance de la demande.

Le CICE coûte cher ? C'est un fait. La facture devrait s'élever à une dizaine de milliards d'euros cette année. Cependant, le gouverneur, qui ne propose aucune réforme financière,  oublie de dire qu'il est utilisé par les entreprises pour combler leurs besoins de trésorerie que les banques ne veulent pas financer, préférant se concentrer sur les projets d'investissements qu'elles estiment rentables.

Le gouverneur de la banque centrale n'hésite d'ailleurs pas, chiffres à l'appui, à vanter les effets si positifs des réformes structurelles. Ainsi, l'excédent courant de la zone euro, qui s'élevait à 2,5% de son PIB sur un an en avril 2015, trouverait selon lui son origine en Espagne dont il met en avant  " la réussite de réformes structurelles mises en œuvre durant la crise, avec un retour des excédents commerciaux en 2013, après plus de quarante ans de déficits ". C'est faire peu de cas du niveau toujours incroyablement élevé du taux de chômage. Certes, il recule. Mais il s'élevait en octobre à 21,2% de la population active. C'est également faire fi d'une autre statistique qui permet de relativiser le "miracle" espagnol : un quart des ménages est sous le seuil de pauvreté.

En lisant son discours, on comprend entre les lignes qu'une relance de la demande lui semble inconcevable en France, en raison du nécessaire rééquilibrage des finances publiques. En dépit de la faiblesse des taux d'intérêts, relancer l'investissement public serait donc une erreur. Prendre des mesures en faveur du pouvoir d'achat des ménages le serait tout autant. Certes, l'augmentation de la consommation profiterait en partie aux entreprises étrangères, ce qui aggraverait le déficit commercial. Le made in France a déserté trop de secteurs pour que la consommation des ménages soit un moteur suffisamment puissant pour réduire le chômage. Mais l'augmentation du nombre de pauvres est une réalité en France. Quant à la peur de devenir pauvre, elle progresse au fil des mois.

Le salut vient de l'Allemagne

En revanche, le salut pourrait venir d'Allemagne. En effet, François Villeroy de Galhau se réjouit de la " la mise en œuvre d'un salaire minimum légal en Allemagne et la prise en charge courageuse d'un grand nombre de réfugiés dans ce pays ", qui, selon lui contribueront, " en partie seulement, à atténuer les effets de ce défaut de coordination " des politiques de demande en Europe. Un commentaire qui, pour certains, ressemble à un véritable aveu d'impuissance.

Pourtant, le bulletin de la BCE daté de décembre 2015 est en totale contradiction avec les arguments développés par François Villeroy de Galhau. Le coût du travail n'est cité qu'en 7ème position par les dirigeants d'entreprises interrogés par la banque centrale, parmi les entraves à l'investissement. Les charges administratives et le droit du travail ne sont classés qu'en 8ème et 10ème position. En revanche, les trois premiers obstacles à l'investissement sont " la faiblesse de la demande ", " les faibles perspectives " ainsi que " la surcapacité " qu'expliquent indéniablement la faiblesse de la demande.

Enfin, faut-il rappeler que la capacité de la Banque de France à se réformer a été pointée du doigt par la Cour des Comptes en 2012.  Dans son rapport, la Cour, recommandait notamment à la banque centrale "d'élaborer des plans d'action à horizon 2020, en examinant l'objectif de non-remplacement de deux départs sur trois ; de modérer les augmentations générales de salaires et les avantages non salariaux ; d'accélérer dans ce cadre la baisse des dépenses sociales et culturelles et d' accentuer les gains de productivité des fonctions supports". En 2014, l'Institut de recherches économiques et fiscales (IREF), un think tank européen constatait notamment que les salaires à la Banque de France étaient 24% plus élevés qu'à la Bundesbank.

On espère que les vœux du gouverneur de la Banque de France inviteront davantage à l'optimisme.

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Commentaires
a écrit le 18/12/2015 à 10:37 :
Peut-être faudrait-il penser à faire de bons produits ...
" curieusement, « les entreprises françaises ont beaucoup investi sur leurs manageurs et peu sur leurs experts »,
http://www.lemonde.fr/emploi/article/2015/11/17/les-experts-en-premiere-ligne-dans-les-situations-de-crise-precieux-mais-maltraites_4811781_1698637.html#EB3F59q7oD1IFrm9.99
a écrit le 17/12/2015 à 13:26 :
Tout cela est ridicule. Et pour plusieurs raisons évidentes. D'une part on ne demande pas à ceux qui ont créé une situation problématique de la résoudre. Si cela marchait on le saurait. D'autre part, aucune des parties à la discussion n'a de réel intérêt à ce que les mesures prises le soient à son détriment. Or je en vois là que des représentants d'intérêts corporatistes qui n'ont au demeurant que fort peu de relation avec l'économie réelle ou ce qu'il en reste après des décennies de souffrance sous leur jougs conjugués.
La seule solution est de rendre des marges de maoeuvre aux entrepreneurs, à commencer par la liberté d'entreprendre. Or malgré les apparences et les annonces, toutes les mesures prises (y compris avec les lois dites "Macron") augmentent les contraintes et renchérissent les coûts d'exploitation des PME/ETI. Vous nous parlez tous abondamment de simplification, mais nous assistons au contraire à une explosion des textes. Ce qu'on fait d'un côté, on le défait de l'autre et on en rajoute une couche.
Les politiques mises en place ne servent qu'à sanctuariser certains acteurs et à "organiser" à leur profit seul la destruction créatrice nécessaire à la croissance de demain. Vous citez l'étude de la BCE, mais vous pourriez préciser qu'elle ne concerne que les grandes entreprises de la zone UE. Comme toujours. Ces mêmes acteurs qui dictent l'agenda des réformes mais n'en paye pas le prix. A vouloir toujours ainsi affirmer le primat des grands groupes, vous n'aurez plus qu'une économie de la rente et une gestion par le politique des transferts. Une analyse des faits milite fortement pour cette interprétation, qui on le remarquera facilement, ne peut que satisfaire les parties ici présentes.
a écrit le 17/12/2015 à 9:41 :
Qu'apporte au débat l'avis de ces personnes qui sortent du même moule et donnent les toujours les mêmes recettes libérales? rien de nouveau sous le soleil!
a écrit le 17/12/2015 à 6:35 :
A force de réaliser des tables rondes,ils doivent changer de fonction menuisiers par exemple ! Au vue de leurs piètres compétences
a écrit le 16/12/2015 à 20:38 :
La méthode est connue du monde entier, sauf semble-t-il, de nos fonctionnaires : "Cut down expenses in the fucking bugets", autrement dit réduisez les administratifs, donc, à commencer par les fonctionnaires. En 2014 la France a"fabriqué" 40 000 fonctionnaires de plus, (+0.7%, source Insee), donc "it a long way to....", mais vive les tables ronde, pour les faire tourner sans doute.
a écrit le 16/12/2015 à 20:17 :
Le doigt montre la Lune ? Le sot regarde le doigt ? Je ne sais pas pourquoi la photo du susdit m'a fait pense à c't'affaire là ?
Étonnant non ?
a écrit le 16/12/2015 à 19:30 :
La course à la compétitivité matérialisée par la politique de l'offre entre les membres de l'UE a pu marcher parceque seule l'Allemagne l'a pratiquée les premières années, s'appuyant sur la demande restée forte dans les autres pays. Maintenant que tout le monde s'y met c'est le suicide collectifs des pays de la zone euro. Pour qu'il y ait offre, il faut qu'il y ait demande. Un élément basique documenté depuis les débuts de l'économie mais que n'ont visiblement toujours pas redécouvert nos européistes bornés, malgré forces "tables rondes".
a écrit le 16/12/2015 à 18:56 :
Notre recette de banque est-elle aux poches percées pour les français, j'accueille la nouvelle avec courage où sont les micros et les microns de croissance, fait-on dans l'inflation des mots, des lois, des codes, des normes. On joue a Montespieu plus y a de lois moins y a d'esprit?
a écrit le 16/12/2015 à 18:46 :
Il y a bien une solution, c'est appliquer la note n°6 du conseil d'analyse économique qui consiste à réduire le cout du travail en augmentant le prix de l'énergie, à niveau constant et en favorisant l'application de la COP21.
Réponse de le 16/12/2015 à 20:29 :
Humm, faillite garantie.
a écrit le 16/12/2015 à 18:43 :
Que valent les recettes, voilà une bonne question! Avons-nous un État facilitateur de l'entreprise, un social privé, une recettes 25% prélèvements, un steak d'autre-huche un Pavé de château brillant ou bien brûlant, des aristos mal éclairés à la lanterne? La recette est-elle minérale, sociale, étatisée ou bien c'est un gloubiboulga social? Sale u est-ce bonjour ou bien un bonjour à une marque qu'on aime bien?
a écrit le 16/12/2015 à 18:04 :
A la question posée en titre, on ne peut que répondre : Rien . On sait ce que signifie " réforme structurelle " en langage libéral : compétitivité à base de salaires compressés, d'emplois fragilisés, de coupes dans les budgets sociaux, dans les investissements publics, dans l'enseignement, la recherche, ect ...La macronerie règne en maitre sur la Finance et l’Économie en France, la politique économique des Saigneurs d'aujourd'hui .
a écrit le 16/12/2015 à 17:19 :
Mais que pourraient-elles valoir d'autre que la poursuite de la pensée unique ayant inspiré et inspirant l'acteur connu de ces 20 dernières années immuables ? De surcroît que pourrait faire une banque devenue si peu et petitement de France ? Que trouver à inventer après avoir vécu sans broncher l'extase de bricolages aventureux dans une excitante jungle financière dont le coût de 8 milliards de $ d'une amende survenue est passé comme une lettre à la poste ? Que vaut une recette de mots à notre époque ?
a écrit le 16/12/2015 à 17:15 :
Ce sytème de gouvernement général par collusion et magouilles, sans alternance, produit des dérives financières et une inertie remarquable. La véritable alternance est donc d'une nécessité qui évite les excès, oblige à la réussite par le contrôle avisé qu'elle subit et la créativité qu'elle s'oblige à déployer. La Banque de France est un exécutant. Pourquoi lui demander des solutions !? France Stratégie par contre correspond à l'ancien Commissariat au Plan et devrait conseiller le gouvernement, c'est théoriquement à elle qu'il faudrait poser des questions. Las, ces experts qui tournent en boucle les même réponses n'en savent rien. Trop politiques, trop du sérail, ce petit monde finit par se ressembler et qui se ressemble s'assemble pour notre malheur. Comment demander à un banquier qui a fait toute sa vie des prêts sélectifs avec une doctrine sélective appuyées par de la spéculation sélective de découvrir soudain que le reste de la population existe et de prétendre la faire vivre avec des solutions qu'il a auparavant ardemment combattues ? C'est Montebourg bis qui débarque -l'autre était déjà Ministre du Redressement productif- qui a planté son pays puis est parti faire le clown autour du monde. On ne le réformera jamais même avec les meilleurs professeurs. Il faut donc que l'usurpateur Villeroy de Galhau qui a accepté un poste sans capacité réelle, parte en laissant la place à un homme neuf avec des idées nouvelles. Il ne le fera que s'il y a transition présidentielle profonde. C'est ainsi dans le vieux monde républicain, on s'accroche sans honte.
a écrit le 16/12/2015 à 17:02 :
il est dommage que le gouverneur de la banque de France n est pas releve l augmentation constante et scandaleuse du nombre de fonctionnaires dans notre pays et ce surtout depuis 3 ans .quand un pays consacre 57% de sa richesse a sa depense publique il ne reste pas beaucoup d espoir de relance
a écrit le 16/12/2015 à 16:55 :
Que peut comprendre un fonctionnaire français au monde de l'entreprise ? Rien. Le "système" fait tout pour que le monde de l'entreprise soit évincé de toute scolarité (par dogmatisme, pas peur ou simplement par ignorance). Les fonctionnaires vivent dans un monde à part, coupé des réalités. Même lorsqu'ils ont de bonnes intentions, ils ne peuvent pas prendre de bonnes mesures. Ils ne comprennent RIEN au monde de l'entreprise !
a écrit le 16/12/2015 à 16:48 :
Avons-nous une Banque de Feignants? Intégrer a-t-on dans la Déclaration des droits les articles sur le libéralisme économique comme on le propose dans la presse. Aura-t-on le mot social avant le mot libéral ou bien l'inverse alors qu'on a avec Napoléon 3 un empereur social ou des patrons sociaux, on pourrait imaginer libéral tout court. Le mot social fait-il la guerre au mot libéral? On ferait une guerre des mots? Avons-nous une campagne électorale et de nouvelles tranchées de mots avec des Guynemer et des idées en l'air, des obus qui pourraient faire des retombées du type grillotes sauce libérale dans les droits avec un maréchal popotte pour un régime obèse adminiqtrativement parlant alors qu'on ferait des cocottes alias poulardes leporistes qui auraient peur du monde et que le ciel leur tombe sur la tête, i'tègrera-t-on le terme libéral ou le terme dans des articles constitutionnels afin d'éviter de mourir guéri...
a écrit le 16/12/2015 à 16:34 :
Rien, qu'elle commence donc par elle-même, pour l'instant ces planqués ne sont pas crédibles.
a écrit le 16/12/2015 à 16:34 :
Rien, qu'elle commence donc par elle-même, pour l'instant ces planqués ne sont pas crédibles.

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