Le « Buy France Act » de Macron pour défendre l’industrie face aux Etats-Unis et à la Chine
Pauline Chateau et Coline Vazquez

Emmanuel Macron a présenté ce jeudi les contours du projet de loi « industrie verte ».
Reuters
Pauline Chateau et Coline Vazquez

Emmanuel Macron a présenté ce jeudi les contours du projet de loi « industrie verte ».
Reuters
[Article publié le jeudi 11 mai 2023 à 16h24 et mis à jour à 18h50] « C'est une bataille économique, politique, territoriale et géopolitique », a asséné Emmanuel Macron, ce jeudi, quant à sa volonté de réindustrialiser le pays. Le chef de l'Etat a ainsi déploré que « la France se soit davantage désindustrialisée que les autres pays en Europe, (...) parfois on l'a laissée faire (...), et puis ça été subi. On a perdu 12 points de parts de l'industrie dans le PIB ». Et d'ajouter que nous avons « un différentiel de dix points par rapport à nos voisins allemands (...) [en termes de PIB par habitant]. Ce n'est pas tenable ».
Emmanuel Macron présentait, ce jeudi après-midi, sa stratégie pour « accélérer » la « réindustrialisation » de la France, après avoir réuni plus tôt dans la journée les acteurs de l'industrie française. Ce cap sera ensuite illustré avec un déplacement vendredi 12 mai, à Dunkerque dans le Nord, où le groupe taïwanais ProLogium veut implanter une quatrième usine de batteries pour véhicules électriques en France, avec une entrée en production à partir de la fin de 2026. Suivront ensuite le sommet « Choose France » lundi, à Versailles, et la présentation mardi du projet de loi « industrie verte ».
« On vit ces dernières années une accélération très forte du monde, d'un immense défi jumeau : le changement climatique et la protection de la biodiversité. Nous avons à faire une transformation de notre tissu industriel et productif », a ainsi détaillé le chef de l'Etat ce jeudi. « Cette accélération justifie d'avoir une stratégie d'industrialisation décarbonée », a-t-il ajouté.
Enfin, « la troisième accélération est géopolitique : le retour des conflits (...), et des conséquences qui touchent directement notre capacité à produire (...) ».
« Nous avons engagé une politique résolue autour de quatre piliers : le premier est une politique macroéconomique de compétitivité », a détaillé Emmanuel Macron. « Le deuxième levier c'est l'investissement. Dès 2018 sur les batteries, l'électronique, l'IA ce sont plusieurs milliards d'euros qui ont été mis pour justement développer des verticaux avec des centres clés, a vanté le chef de l'Etat », rappelant que France 2030 a été bâtie pour poursuivre dans cette voie.
« Le quatrième pilier c'est la stratégie territoriale, une alliance avec tous les territoires », a-t-il conclu, se félicitant d'avoir bâti 2.000 actions pour deux milliards d'euros.
« Pour la quatrième année consécutive, nous sommes le pays le plus attractif en termes d'investissements », a salué Emmanuel Macron, précisant que « 75% de ces investissements ce sont dans des villes moyennes de provinces ».
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Lire aussiAttractivité : la France fait la course en tête en Europe loin devant l'Allemagne et le Royaume-Uni
« Au plan sectoriel sur les semis conducteurs, nous allons doubler la production de semi-conducteurs en particulier à Grenoble », a-t-il ainsi promis. Emmanuel Macron s'est également félicité que sur le plan de l'innovation, « nous avons des résultats très convaincants : 25.000 startups et créations d'entreprises au plus haut ».
« J'aurais une politique de constance sur le plan macro économique. Notre pays a besoin d'augmenter la quantité de travail », a prévenu Emmanuel Macron, ajoutant que le deuxième levier consiste à « continuer à amener les Français vers l'emploi et l'industrie » afin de répondre au 60.000 emplois non-pourvus dans l'industrie. Pour cela, Emmanuel Macron veut « former plus d'ingénieurs », mais aussi « améliorer l'orientation », notamment dès la classe de cinquième.
Lire aussiRéforme du lycée professionnel : Macron annonce un milliard d'euros d'investissement par an
Emmanuel Macron veut également « rapprocher l'université et les milieux économiques » et « investir dans l'enseignement supérieur et dans Parcoursup »
« Lors de sa prise de parole, le chef de l'Etat a également indiqué sa volonté d'accélérer les implantations industrielles », estimant que « les délais réels, c'est 17, 18 mois. Avant, c'était plutôt 2, 3 ans ». Un objectif qu'il veut encore améliorer : « on doit les amener à un 9 mois garantis ». Et de promettre la mise en place d'une « procédure pour garantir ce délai ». « C'est un élément clé de compétitivité », a-t-il assuré.
Par ailleurs, Emmanuel Macron veut « diviser par deux le délai d'obtention des permis ». Plus encore : « pour des projets majeurs d'intérêt national, [il faut] une procédure exceptionnelle pour aller encore plus vite ».
Au sujet de l'épargne des Français, le chef de l'Etat a promis « le développement de produits nouveaux dans l'assurance vie et le PER pour les flécher vers les industries vertes, d'une part ». D'autre part, « de faire pour les industries vertes ce que nous avons fait pour les startups les fonds Tibi : mobiliser les financeurs institutionnels pour soulever plus d'argent et financer en fonds propres les acteurs du secteur ». « Au total, avec France 2030, ce cadre de financement doit nous permettre de rivaliser avec l'IRA américain », a conclu Emmanuel Macron.
Quant au bonus écologique, « nous serons le premier pays européen à le réformer », a affirmé Emmanuel Macron, évoquant une « petite révolution » qui a pour objectif de soutenir les batteries et véhicules produits en Europe. En d'autres termes, la France veut « mieux prendre en compte l'empreinte carbone de la production du véhicule et que le soutien public soit ciblé sur ces objectifs ». « D'ici la fin de l'année, nous allons flécher le bonus automobile vers cela », a-t-il résumé.
Lire aussiVoitures électriques : comment la France va protéger son industrie face à la Chine et aux Etats-Unis
Le chef de l'Etat avait déjà annoncé la couleur dans un long entretien à l'hebdomadaire Challenges mercredi, affirmant que la réindustrialisation, c'est « la mère des batailles ».
De son côté, Bruno Le Maire a décliné mercredi à La Tribune les « deux objectifs très clairs » du texte présenté ce jeudi : « produire de nouveau en France et produire mieux. Produire mieux, parce que nous voulons être la première puissance industrielle décarbonée en Europe ». Le ministre de l'Economie a assuré que le gouvernement avait commencé à « inverser la tendance avec la réforme de la fiscalité du capital en 2017, en créant un cadre fiscal favorable à l'industrie, notamment en baissant les impôts sur les sociétés et les impôts de production ».
À lire également
Un moyen pour le gouvernement d'essayer de faire oublier l'épisode orageux de la réforme des retraites au Parlement et dans la rue. Sans majorité absolue à l'Assemblée nationale, l'exécutif avait, en effet, employé un texte financier (Projet de loi de financement rectificatif de la sécurité sociale) pour accélérer les débats et utilisé l'option constitutionnelle du 49-3 pour faire adopter le texte sans vote. Ce qui a provoqué plusieurs semaines de mobilisation, grèves et manifestations, sans pour autant parvenir à faire abandonner la loi promulguée le 14 avril dernier.
(Avec AFP)
Pauline Chateau et Coline Vazquez
« Une fausse solution pour la réduction de la consommation de plastique » : les élus locaux montent au front contre le projet de consigne des bouteilles
L'Irlande fait basculer le PIB de la zone euro dans le rouge
Aux États-Unis, l’épargne s'effondre à des niveaux historiques
JO 2030 : « Nous allons continuer à bâtir et à investir », promet Éric Ciotti