LA TRIBUNE : Vous n'avez jamais été élu local, ni même passé par l'ENA, et pourtant vous avez été nommé, en Conseil des ministres le 18 octobre, délégué interministériel à l'accompagnement des territoires en transition énergétique ? Concrètement, dix ans après la création de ce poste, quelle est votre feuille de route ?
YVES SCHENFEIGEL : Mon parcours est bien volontiers éclectique et atypique. Je n'ai pas fait l'ENA, comme vous le rappelez, mais j'y ai été stagiaire. Ma carrière a en effet démarré à la Direction générale de l'Armement au ministère des Armées comme officier, gestionnaire dans plusieurs centres d'essais d'armement terrestre. Ce n'est qu'en 2000 que je deviens administrateur civil. Suite à quoi j'entre au ministère de l'Agriculture où je travaille sur la question des pesticides. Avant de prendre la direction de cabinet du préfet de Vendée, puis de revenir au ministère de l'Agriculture comme sous-directeur chargé des lycées agricoles. Je pars ensuite pour le ministère de l'Ecologie où je deviens sous-directeur des autoroutes concédées après la privatisation. Quatre ans s'écoulent et je décide de prendre des postes en administration territoriale : d'abord à la direction départementale des territoires de Seine-et-Marne, puis à celle de Haute-Garonne. Pendant ces six dernières années, le petit-fils de Bretons et de Polonais que je suis a ainsi travaillé sur,
pêle-mêle, la planification territoriale, la rénovation urbaine, les questions d'eau et d'agriculture, avec des partenaires variés, des élus à Airbus et la SNCF. J'aime à dire que mon parcours m'a rendu polyglotte : je parle « administration centrale » et « dernier kilomètre de l'action publique », la langue des chefs d'entreprise, le dialogue avec les syndicats, le langage bruxellois de par mon passage à l'Agriculture et je sais parler « élu local ». Ça me permet de comprendre l'ensemble de ces interlocuteurs, de négocier, de fédérer, de créer les consensus.