Tensions avec le milieu agricole : l'Office français de la biodiversité en grève
latribune.fr
Les agents de l'OFB sont chargés de faire respecter la réglementation en matière de protection de l'environnement, notamment sur l'utilisation des pesticides, l'arrachage de haies ou encore la gestion de l'eau.
Les agents de l'Office français de la biodiversité, la police de la nature, sont en grève sur fond de tension avec le milieu agricole.
Les agents de l'Office français de la biodiversité (OFB) ont entamé ce vendredi 31 janvier une grève inédite. Objectif affiché, protester contre le climat de tension grandissant avec les syndicats agricoles et certaines figures politiques.
Bilan : le mouvement a été très suivi, avec « plus de 62 % » de participation au niveau des services en métropole et Outre-mer, a indiqué ce vendredi la direction de l'organisme public. « C'est un taux historique, jamais atteint depuis la création des différents établissements constitutifs de l'OFB » en 1972, a-t-elle ajouté.
Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs départements. Ainsi à Aix-en Provence, une trentaine d'agents se sont rassemblés vendredi matin, en tenue de travail devant la sous-préfecture, avec des pancartes affichant : « Attaquer le droit et la police de l'environnement nuit gravement à la santé ! »
Outre l'appel à la grève, des manifestations ont été organisées devant plusieurs préfectures, où les agents ont organisé des « dépôts symboliques de l'étui discret » de leurs armes, un dispositif imposé par une circulaire récente du gouvernement.
Droit de retrait
Depuis la mi-janvier, les inspecteurs de l'OFB ont décidé d'exercer leur droit de retrait dans les exploitations agricoles. Ils invoquent des menaces croissantes et un climat hostile. Pour rappel, les agents de l'OFB sont chargés de faire respecter la réglementation en matière de protection de l'environnement, notamment sur l'utilisation des pesticides, l'arrachage de haies ou encore la gestion des ressources en eau.
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Le point de rupture est survenu après la publication dans Le Monde de propos de Christian Convers, secrétaire général de la Coordination rurale, affirmant que « les agriculteurs brûleraient les voitures de l'OFB si elles entraient dans une exploitation ». Ces déclarations ont suscité un tollé au sein de l'organisme public et dans la classe politique.
Un soutien gouvernemental timide
Face à l'escalade des tensions, les ministres de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, et de l'Agriculture, Annie Genevard, ont appelé à l'apaisement. La première a condamné « avec la plus grande fermeté » ces propos, appelant à « mettre un terme à l'escalade verbale ». Annie Genevard a pour sa part souligné que « les relations pacifiées » entre les agents de l'OFB et les agriculteurs devaient être rétablies.
La position du Premier ministre François Bayrou, elle, a suscité un certain malaise au sein de l'OFB. Ce dernier avait qualifié d'« humiliation » les contrôles réalisés par des agents armés dans les exploitations agricoles. Une déclaration perçue comme un désaveu par les agents, qui craignent que leur rôle de police de l'environnement ne soit affaibli par des considérations politiques.
Dans ce contexte, l'intersyndicale de l'OFB formule plusieurs demandes claires : l'annulation du « port d'arme discret » - jugé dangereux et inapplicable -, la protection renforcée des agents et des implantations de l'OFB contre toute agression, la sanctuarisation des effectifs (3 000 agents, dont 1 700 sur le terrain), et enfin, le maintien du budget de l'OFB, alors qu'une baisse significative est envisagée. Selon un rapport interministériel non publié, consulté par l'AFP, « 70 implantations de l'OFB ont été la cible d'exactions en 2024 ». Un chiffre alarmant qui justifie, selon les syndicats, un renforcement de la protection des agents.
Tensions profondes
Le directeur général de l'OFB, Olivier Thibault, a récemment défendu le rôle de ses agents devant les députés : « Nous ne sommes pas des justiciers de l'environnement, nous appliquons simplement les lois ». Il a mis en garde contre toute tentative de suppression de l'armement des agents, estimant que cela représenterait « une faute », compte tenu des risques encourus sur le terrain.
Cette grève, une première dans l'histoire de l'OFB, symbolise le fossé grandissant entre les exigences environnementales et les revendications du monde agricole, qui dénonce un excès de réglementation. Elle pose aussi la question du soutien politique apporté à ces fonctionnaires de l'environnement, pris en tenaille entre leur mission de contrôle et un contexte agricole de plus en plus explosif.