Un morne débat à l'ombre d'un troisième tour politique ou... social

Marc Endeweld
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Photo d'illustration
YVES HERMAN

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Ce débat de l'entre-deux-tours n'était vraiment pas enthousiasmant. On attendait un souffle, une vision, une confrontation stratégique. À la place, on eut droit à une flopée de thèmes survolés parfois en quelques minutes, des discussions à n'en plus finir sur des batailles de chiffres. Le duel que les médias attendaient tant entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen est malheureusement apparu bien terne hier soir, et pour ainsi dire, bien loin des enjeux du pays. Les Français ne s'en sont pas trompés, boudant largement cette grande messe républicaine : TF1 et France 2 ont obtenu les plus mauvais scores d'audience historiques depuis la mise en place de tels duels télévisés.
D'un côté comme de l'autre de la table, les téléspectateurs n'ont pu percevoir aucune vision d'ensemble du pays. Certes, il y eut parfois des bons mots, des punchlines à foison, des escarmouches également, mais comme Marine Le Pen a décidé de jouer en contre, et tout en distance (voire en retrait), le débat n'a même pas donné satisfaction sur son aspect match de boxe. Si l'on file la métaphore sportive, Emmanuel Macron a d'ailleurs surpris son monde en optant pour l'attaque, cherchant notamment son adversaire sur son financement politique auprès d'une banque russe. Cette posture aura au moins permis au président sortant de se dégager du piège de son bilan. Car Emmanuel Macron aurait pu se retrouver en difficulté sur ce plan-là. Résultat, si Marine Le Pen est apparue calme, plaçant quelques remarques cinglantes, elle ne réussit jamais à faire le réquisitoire d'Emmanuel Macron, ni à montrer réellement qu'elle pouvait maîtriser l'ensemble des dossiers.
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L'actuel locataire de l'Elysée a finalement dominé son adversaire, même s'il a pu s'enfermer dans des explications technocratiques et laisser transparaître à l'image une forme d'arrogance, de suffisance, voire de dilettantisme, frôlant le mépris (sa gestuelle et sa posture sur son siège furent scrutées par les internautes qui s'en étonnèrent sur Twitter). Dans le même temps, il aura fallu attendre les thématiques de l'immigration, de la sécurité et de la laïcité pour voir s'affronter réellement deux visions diamétralement opposées. À tel point que ce débat participe à sa manière à la « normalisation » de Marine Le Pen. D'une manière subliminale, la candidate d'extrême droite est apparue comme une opposante légitime, mimant la possibilité démocratique d'une alternative politique. Emmanuel Macron a même osé blaguer avec son adversaire et jouer les galants sur leurs âges respectifs.
Marc Endeweld