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ClimatTransitions Écologiques

COP22 : le secteur privé, concerné et toujours plus mobilisé

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 14 novembre 2016 à 07:23

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Entreprises, banques, investisseurs... le secteur privé n'est accueilli au sein de l'enceinte onusienne que depuis la COP de Lima, en 2014. Convaincus de la nécessité, voire de l'opportunité de lutter contre le changement climatique, les représentants des entreprises publieront à l'issue de la COP22 la « Déclaration de Marrakech ».

Il y a encore six ans (lors de la COP15 à Copenhague, en décembre 2009), les entreprises possédaient déjà le statut d'observateur, au même titre que les ONG par exemple, mais c'est en marge des négociations sur le climat et dans un lieu distinct qu'elles se réunissaient entre elles, lors d'un unique « global business day ». À Marrakech, trois jours de conférences en zone bleue (celle où se déroulent les négociations onusiennes) seront consacrés aux parties prenantes non étatiques (dont les territoires et les villes). Surtout, depuis l'appel lancé par Ban Ki-moon, alors secrétaire général, en septembre 2014, les entreprises ont l'oreille des Nations unies.

C'est à Lima, en 2014, que Christiana Figueres, alors secrétaire exécutive de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, leur a pour la première fois accordé officiellement une place. Le Plan d'action Lima-Paris, encore appelé Agenda des solutions, a vu le jour dans la foulée, avec pour objectif de développer les actions et les engagements des acteurs non étatiques - villes, régions, entreprises, investisseurs, organisations de la société civile - afin de contribuer à la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre et à l'adaptation, avant 2020 et sur le long terme. Cet agenda a débouché sur 70 grandes coalitions qui ont servi de cadre aux nombreuses initiatives lancées lors de la COP21.

La collaboration franco-marocaine qui a marqué l'année écoulée entre les COP21 et COP22 ne s'est d'ailleurs pas limitée aux travaux menés conjointement par la ministre de l'Écologie française, Ségolène Royal, et le ministre marocain des Affaires étrangères et président de la COP22, Salaheddine Mezouar. Elle s'est aussi concrétisée par les actions communes du Medef et de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) ou encore au travers du « Global climate action agenda » élaboré par les deux championnes du climat, la ministre de l'Environnement marocaine Hakima El Haite et Laurence Tubiana, ambassadrice française chargée des négociations sur le changement climatique et négociatrice en chef de l'accord de Paris aux côtés de Laurent Fabius.

Lutter contre le changement climatique, une opportunité

Dans sa grande majorité, le secteur privé a vu sa position sur le climat considérablement évoluer ces dernières années. Lors d'une conférence organisée au Medef le 20 septembre dernier autour de Pierre Gattaz et de Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM, le patron des patrons français faisait du changement climatique « la quatrième mutation, après celles du digital, de la mondialisation, de la génération Y et des réseaux sociaux ». Il y a martelé le constat établi dès 2006 par Nicholas Stern dans son fameux rapport « The Stern Review » : le coût de l'inaction serait très supérieur à celui de l'action. Pour les représentants d'entreprises réunis ce jour-là (AFEP, C3D, CGPME, EpE et Global Compact France), toutes les entreprises seront affectées à plus ou moins long terme par le changement climatique, et toutes se doivent donc de prendre des initiatives pour abaisser leurs émissions de gaz à effet de serre et intégrer ce risque à leur stratégie.

Mais, loin de s'en tenir à ces contraintes, Pierre Gattaz a rappelé que « les entreprises conçoivent et proposent une large part des solutions, et sont un puissant levier d'accélération ». Le changement climatique apparaît désormais clairement comme une opportunité de nouveau business. Dans ce contexte, les entreprises se réjouissent à la perspective d'une COP22 annoncée comme celle « de l'action », après une COP21 qualifiée de « COP des engagements ».

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Illustration de la newsletter Climat & environnement

Les entreprises françaises, déjà bien implantées au Maroc, profiteront de l'occasion pour venir y vanter leurs solutions bas carbone. Avec, en ligne de mire, le marché africain tout entier. Bien qu'on n'attende pas à Marrakech de décision concernant le prix du carbone, c'est sans doute le sujet qui passionne le plus les entreprises. La plupart (jusqu'aux pétroliers) le réclament à cor et à cri, assurant qu'en rentabilisant leurs investissements vers une économie bas carbone, il permettrait d'accélérer la transition. D'ailleurs, 1.250 entreprises appliqueraient déjà un prix interne (voir ci-contre). Plusieurs avancées de ces derniers mois contribuent à multiplier les signaux prix un peu partout dans le monde. De la France à la Chine - qui devrait, en 2017, généraliser à l'échelle nationale son marché en test depuis deux ans dans sept provinces -, en passant par la Finlande, l'Irlande ou la Suède

- qui applique aujourd'hui la taxe carbone la plus élevée au monde, à plus de 100 euros la tonne -, les initiatives de tarification du carbone se multiplient. Le Canada vient de l'annoncer pour 2018. Quant à l'engagement pris récemment par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) de compenser ses émissions afin d'en stabiliser le volume net en 2035 à leur niveau de 2020, elle va, de facto, créer un marché et un cours mondiaux. Ce qui n'ira pas sans soulever quelques questions, observe Claire Tutenuit, déléguée générale du réseau Entreprises pour l'Environnement (EpE). En effet, certains pays ont prévu dans leurs NDC (Nationally Determined Contributions) de recourir à des mécanismes de compensation, comme le Brésil avec le programme REDD (réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts). Dès lors, ce pays choisira-t-il d'utiliser ses crédits carbone dans le cadre de ses propres engagements, ou de les valoriser sur la bourse d'échange créée par l'accord de l'OACI ?

Le prix du carbone, "OUI",... mais pas à n'importe quelles conditions

La thématique « climate and trade », qui sera débattue à Marrakech, a pour objectif de déterminer des pistes de fixation d'un prix du carbone sans impact sur la compétitivité des entreprises. Car le secteur privé reste vigilant quant aux conditions dans lesquelles il sera amené à contribuer à la lutte contre une hausse des températures hors de tout contrôle.

« Sans entreprise compétitive, le défi ne pourra pas être réglé », insistait ainsi Pierre Gattaz au cours de cette même conférence. En sa qualité de président du pôle développement durable de l'organisation patronale, l'ex-PDG de Lafarge, Bruno Lafont, ajoutait : « Il faut absolument éviter que les entreprises et les gouvernements réfléchissent séparément. »

Le sujet des « fuites de carbone », ces distorsions de concurrence menaçant les acteurs d'une filière (telle que le ciment) implantés dans des pays à forte contrainte environnementale, face à ceux de pays plus « laxistes », occupe les débats depuis des années. L'hypothèse de taxes aux frontières, envisagée par certains pour protéger l'Union européenne d'importations « déloyales », mais incompatibles avec les règles actuelles de l'Organisation mondiale du commerce, semble difficilement applicable. « Mais d'autres solutions, moins brutales, existent, affirme Claire Tutenuit.

Nous devons maintenir la pression pour que l'OMC y travaille. » La deuxième édition du High Level Business Summit - la première s'était tenue à Paris en décembre 2015 - réunira présidents de patronats et chefs d'entreprise des cinq continents, afin d'établir les bases d'une position commune du secteur privé sur les enjeux climatiques. L'engagement du monde des affaires se concrétisera par la Déclaration de Marrakech issue des échanges et concertations de l'année écoulée.

Dominique Pialot

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