Coronavirus : il faut "tirer les leçons des échecs de la lutte contre le sida" (ONU)

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Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida.
Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida. (Crédits : Reuters)
Il faut "tirer les leçons de la triste expérience du sida, où des médicaments ont été trouvés, mais où il fallu 10 ans avant que les malades en Afrique puissent en bénéficier", a déclaré auprès de l'AFP la cheffe de l'Onusida, Winnie Byanyima. "Ce sont, poursuit-elle, des millions de vies perdues".

Des millions de personnes sont mortes du sida faute d'avoir accès aux thérapies existantes: il est impératif de "tirer les leçons de cet échec" dans la lutte contre le Covid-19, et de garantir un accès équitable aux futurs traitements, insiste la cheffe de l'Onusida.

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"Il faut faire passer la vie avant les profits", répète Winnie Byanyima dans un entretien à l'AFP.

La directrice exécutive de l'agence de l'ONU, qui a pris ses fonctions il y a moins d'un an, évoque avec angoisse le combat qu'elle a mené il y a 20 ans dans son Ouganda natal pour réunir des fonds afin qu'une de ses amies atteinte du Sida puisse se soigner.

"À cette époque, [les antirétroviraux] coûtaient quelque 800 dollars par mois. Son salaire mensuel était de moins de 100 dollars", raconte Mme Byanyima, se souvenant que son amie réussissait parfois à rassembler l'argent pour un mois de traitement, avant de manquer le mois suivant.

"Elle est morte six mois avant que le prix du traitement passe de 10.000 dollars à 100 dollars l'année", soupire-t-elle.

En ce jour où l'Onusida publie son rapport annuel, Mme Byanyima souligne "les énormes progrès" effectués depuis 40 ans dans la lutte contre le virus, dont les morts ont été réduits de plus de moitié par an, passant de 1,7 million en 2004 à 690.000 l'an dernier.

Mais, déplore-t-elle, le développement des thérapies et la recherche toujours en cours d'un vaccin contre le sida ont été laissés au secteur privé depuis le début.

'Vaccin du peuple'

Il faut "tirer les leçons de la triste expérience du sida, où des médicaments ont été trouvés, mais où il fallu 10 ans avant que les malades en Afrique puissent en bénéficier", insiste la cheffe de l'Onusida. "Ce sont des millions de vies perdues".

Afin d'éviter la réédition de ce scénario dans la lutte contre le nouveau coronavirus, qui a déjà tué plus de 530.000 personnes dans le monde, l'Onusida plaide depuis le début pour un "vaccin du peuple" et pour un accès juste et équitable aux traitements qui seront trouvés.

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"Cette fois-ci, ayons des ressources communes", déclare Mme Byanyima.

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a lancé en avril une initiative pour accélérer la recherche et la production de tests, vaccins et traitements contre le Covid-19, et en garantir l'accès équitable.

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Pour la cheffe de l'Onusida, chaque pays doit pouvoir avoir accès aux traitements à des prix raisonnables, et les distribuer gratuitement aux personnes les plus vulnérables.

'Moi d'abord'

"Il n'est pas possible que les riches arrivent, réservent les traitements et soient vaccinés, pendant que les autres meurent en attendant", scande-t-elle.

Elle s'alarme notamment de la politique de certains pays européens et des États-Unis concernant le remdesivir, premier médicament à avoir montré une relative efficacité dans le traitement du Covid-19.

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Le gouvernement américain a ainsi annoncé la semaine dernière avoir acquis 92% de toute la production de remdesivir par le laboratoire Gilead de juillet à septembre, tandis que le Royaume-Uni et l'Allemagne ont annoncé qu'ils avaient des stocks suffisants.

"Ce n'est pas juste. Le virus touche tout le monde. Nous devons avoir des réponses globales.... Pas une politique de 'moi d'abord'".

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La recherche de vaccins contre le Covid-19, dans laquelle les gouvernements investissent des milliards de dollars, illustre "l'échec" de l'ancien modèle laissant la main libre aux laboratoires privés, se félicite Mme Byanyima.

"Si nous pouvons rassembler le monde derrière un nouveau modèle de développement et de distribution des technologies de santé, cela aura un impact positif pour la lutte contre le sida et d'autres maladies", notamment celles affectant les pays pauvres et délaissées par les compagnies pharmaceutiques, assure-t-elle.

Mais en attendant, la pandémie de coronavirus, qui concentre toute l'attention, menace d'avoir des répercussions sur la lutte contre le sida.

"Nous sommes déjà hors des rails", met en garde Mme Byanyima, soulignant que l'objectif de ramener le nombre de morts du sida à moins de 500.000 personnes cette année ne sera pas atteint, et que 12,5 millions des 38 millions de personnes vivant avec le virus ne reçoivent toujours pas de traitement.

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Commentaires
a écrit le 07/07/2020 à 10:35 :
On critique les labos privés mais que font les états si ce n est se donner le beau rôle du moralisateur à la remorque des ong mais ne mettre aucun budget propre pour la recherche mais profiter de taxer les bénéfices de ces labos qui prennent des risques financiers.

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