Embargo européen sur le pétrole russe : le grand saut dans l’inconnu du marché pétrolier

Depuis minuit, les importations de brut russe dans l'Union européenne sont interdites. Ce lundi, s'applique également l'imposition d'un prix plafond de 60 dollars au baril de pétrole russe vendu à l'international. Ces mesures prises par les économies développées font entrer le marché pétrolier mondial dans une situation inédite dont il est difficile de mesurer les conséquences. Prudente, l'Opep+ a décidé dimanche de s'en tenir au statu quo tout en se disant prête à agir rapidement si c'était nécessaire.
Robert Jules
Depuis ce lundi, la Russie doit trouver un débouché à 1,1 million de barils par jour, pour compenser l'arrêt de ses exportations de brut vers l'Union européene.
Depuis ce lundi, la Russie doit trouver un débouché à 1,1 million de barils par jour, pour compenser l'arrêt de ses exportations de brut vers l'Union européene. (Crédits : Reuters)

Attendre et voir. La prudence a prévalu ce dimanche à l'issue de la réunion de l'Opep+, à quelques heures de l'application de l'embargo des pays de l'Union européenne sur leurs importations de brut russe (certains pays comme la Hongrie en sont exemptés). Celle-ci est redoublée par l'imposition d'un prix plafond au baril de brut russe vendu sur le marché international, décidée par les pays du G7 auxquels s'est joint l'Australie.

Le partenariat formé par l'Opep et une dizaine d'autres pays exportateurs d'or noir, dont la Russie, préfère attendre de savoir comment va réagir et évoluer le marché pétrolier mondial. En effet, c'est une situation inédite, avec la possible imputation de la production de l'un des acteurs majeurs de la planète. En 2021, la Russie exportait 8,23 millions de barils par jour (mb/j), soit 12,3% du volume de pétrole vendu internationalement, selon le BP Statistical Review. Au mois d'octobre, ses exportations étaient tombées à 7,7 mb/j.

La demande atone de la Chine

Finalement, les rumeurs émanant du cartel suggérant une hausse de la production pour compenser la perte des volumes russes ou une baisse pour pallier une chute des prix en raison de la demande atone de la Chine ne se seront pas concrétisées. Les membres de l'organisation s'en tiennent à la décision prise en octobre de réduire à partir de novembre leur quota de 2 mb/j, mais sont prêts « à se rencontrer à tout moment et si nécessaire prendre des mesures immédiates pour faire face à l'évolution du marché et en assurer la stabilité », indique le communiqué.

De leur côté, les économies développées, Etats-Unis en tête, veulent réduire les revenus de Moscou mais aussi éviter de faire flamber les prix du baril, qui ont contribué à faire grimper l'inflation depuis des mois à travers le monde à des niveaux que l'on n'avait pas vu depuis les années 1970. En théorie, cela se tient. Déjà, les exportations de brut russe sont passées de 2,4 mb/j en janvier, à 1,5 mb/j en octobre. Pour le moment, la Russie a compensé ces pertes de parts de marché en Europe en vendant son brut avec une décote à la Chine et l'Inde. Cette dernière, qui n'en achetait que 100.000 b/j en janvier, en importait 10 fois plus en octobre, à 1,1 mb/j. Pour sa part, la Chine est passée de 1,6 mb/j à 1,9 mb/j en octobre. Il est peu probable que ces deux pays puissent absorber à partir de ce lundi l'achat d'un volume de 1,1 mb/j, estimé par l'AIE. D'autant que la reprise de l'économie en Chine, premier importateur mondial de pétrole, n'est pas attendue avant la fin du premier semestre de 2023, en raison de la pandémie du Covid-19 et de sa politique stricte de « zéro Covid » qui limite l'activité. La demande chinoise a déjà baissé de 4% en 2022 par rapport à 2021.

Les raffineurs européens doivent trouver de nouveaux fournisseurs

Néanmoins, si les Russes ont un problème de débouchés, les raffineurs européens, eux, doivent trouver une alternative. S'ils peuvent le faire auprès des pays du Golfe et des pays africains, ils courent le risque non négligeable de racheter du brut russe via des intermédiaires.

La Commission européenne en est consciente. Elle a d'ailleurs préparé des mesures visant à sanctionner les pays qui contournent l'embargo européen. Une menace à peine voilée à la Turquie, soupçonnée d'avoir mis en place une voie détournée pour acheminer du brut russe dans les pays européens. Mais des intermédiaires privés pourraient être tentés de le faire. Freightwaves, une agence d'informations spécialisée dans le transport maritime, cite un rapport du négociant maritime BRS, qui indique qu'« il y a aujourd'hui 1.027 tankers composant une « flotte fantôme » opérant pour le transport de pétrole du Venezuela, de l'Iran et de la Russie ». Plus de la moitié (503) sont des bateaux de fort tonnage, dont certains ont été vendus depuis l'invasion de l'Ukraine à de petites compagnies maritimes, « qui voient une opportunité financière de tirer profit de la situation dans laquelle se trouve la Russie ».

En attendant, ce qui va dicter la réaction des acteurs du marché pétrolier sera à nouveau le prix. C'est évident pour l'Opep+. Les prix du baril ont perdu quelque 8% depuis un mois, mais ils restent toutefois supérieurs de plus de 21% à leurs niveaux d'il y a un an. Vendredi, le baril de WTI évoluait autour des 80 dollars et celui du Brent autour de 85 dollars. Sans le dire formellement, le prix d'équilibre pour le cartel se situe autour de 90 dollars.

Mais le choix des Européens d'accepter un prix plafond de 60 dollars, et non de 30 dollars, comme le demandait notamment la Pologne, ne devrait avoir qu'un impact limité. Le prix de la qualité du brut russe le plus vendu, l'oural, s'élevait vendredi à 69,45 dollars, à peine 1% de moins que son prix d'il y un an. Mais la Russie négocie déjà ce brut à un prix décoté à ses clients extra-européens, entre 48 et 50 dollars, selon Argus Media, un cabinet spécialisé dans les prix des matières premières. L'acceptation  des Européens d'un plafond à 60 dollars a d'ailleurs provoqué la colère du président ukrainien Volodymyr Zelensky, pour qui, un tel prix « est tout à fait confortable pour le budget de l'État terroriste », a-t-il commenté, samedi, selon les services de la présidence.

Quelle réaction de la part de Moscou?

Reste désormais à connaître la réaction de Moscou. Le Kremlin a prévenu qu'il ne livrerait plus de pétrole aux pays qui soutenaient le mécanisme, une position réaffirmée dimanche par le vice-Premier ministre russe en charge de l'Energie, Alexandre Novak.

Cité par les agences de presse russes, celui-ci a même affirmé que la Russie travaillait « sur des mécanismes pour interdire l'utilisation de l'outil de plafonnement, quel que soit le niveau fixé », qui est assimilé d'ailleurs par plusieurs membres de l'Opep+ à une manipulation des prix du baril.

Moscou a également la possibilité de refuser de vendre des produits raffinés, (essence, diesel, gasoil...) aux pays européens, dont l'embargo ne s'appliquera officiellement que le 5 février, ce qui pourrait provoquer une flambée des prix de ces produits déjà sous tension.

Toutes ces incertitudes témoignent que le marché pétrolier est entré dans une zone inconnue.

Robert Jules

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Commentaires 30
à écrit le 06/12/2022 à 6:28
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Plus un être humain est stupide et plus il a de chances d'exercer des responsabilités dans l'union européenne.

à écrit le 05/12/2022 à 21:58
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je suis heureux: les dirigeants actuels de l'europe sont plus mauvais que les plus mauvais dictateurs qu'ont connu certains pays africains. ce n'est plus des décisions: c'est un suicide devant le monde entier. Qu'ils continuent encore quelques mois d...

à écrit le 05/12/2022 à 19:06
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Moins cela marche, plus ils en rajoutent,? Comment expliquer une telle perversion de l'esprit? Voilà ce que dit déjà ce petit agriculteur du Pas de Calais;  "Nos charges d’électricité vont passer de 80 000 € en 2021, à 210 000 € en 2022 pour un c...

à écrit le 05/12/2022 à 15:52
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Après des sanctions sur le gaz dont les européens sont les premières victimes, voici les sanctions sur le pétrole dont les européens seront les premières victimes.. une cohérence dans la stupidité des décisions qui est remarquable. Les plus européens...

à écrit le 05/12/2022 à 14:45
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Préparons nous au pire cité européen. L'effet boomerang des sanctions va se faire encore plus ressentir sur l'Europe qui souffre déjà.

à écrit le 05/12/2022 à 12:32
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Vous remarquerez que notre UERSS n'a jamais osé appliquer de telles sanctions et une telle adversité contre les USA lorsque ces derniers ont agressé l'Irak par deux fois tuant plus d'un million d'enfants et des dizaines de milliers de civils, ni app...

le 06/12/2022 à 8:19
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Excellent rappel historique aux "vigies" anti-russes!

à écrit le 05/12/2022 à 11:34
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Le peuple est en état de catatonie , on lui promet des coupures d'électricité , une inflation encore plus forte que celle vécu aujourd'hui donc un appauvrissement général et maintenant sans doute une pénurie de certains produits pétrolier mais il sou...

à écrit le 05/12/2022 à 11:10
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Les américains jubilent, leur plan machiavélique pour détruire l'UE et l'euro se précise de jour en jour. Il a suffit de pousser Poutine qui n'avait pas besoin de cela dans sa "folie" en faisant croire aux ukrainiens qu'ils rentreraient dans l'OTAN e...

à écrit le 05/12/2022 à 10:47
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Rectification sur le dernier commentaire : "Happy New War" (et non "Happy New Year" qui ne voudrait rien dire dans le contexte)

à écrit le 05/12/2022 à 10:46
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comment ca ' inconnu'???? vous n'avez pas vu ce qu'ils s'est passe avec le gaz ou quoi? tout est connu, sauf des incompetents qui prennent des decisions inepties avant d'accuser ' les profiteurs de guerre', car il faut bien accuser quelqu'un quand on...

à écrit le 05/12/2022 à 10:39
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RI-DI-CU-LE ! ....rien n'empèchera de passer par des pays tiers intermédiaires qui eux n'appliqueront pas ces inepties Chine , Inde et bien d'autres !

à écrit le 05/12/2022 à 9:39
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La France un pays capitaliste et libéral quelle farce ! Officiellement à 57 / 58 % de dépense public sur le PIB , je ne vois absolument rien de capitaliste ou de libéral dans le système français. Le "capitalisme de connivence français" est au capital...

le 05/12/2022 à 10:41
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"libéral" !?! ....orienté plutôt ..... beaucoup de prix étant encadrés , limités ,imposés !!!

à écrit le 05/12/2022 à 9:38
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Vous pensez que le chinois de base se projette dans l’avenir? Internet et la TV étrangère ouvrent une fenêtre sur la vraie vie,ailleurs,pour ceux qui peuvent les regarder.Pour la grande majorité,c’est travaille,obéit et tait-toi.Les limites à cette s...

à écrit le 05/12/2022 à 8:25
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Oui, oui, oui comme vous avez raison ! y'a pas que le fric dans la vie... quand les prolos que vous évoquez l'auront compris , ils se plaindront moins. Ils n'ont qu'à allé voir en Corée du Nord comme vous le dites souvent. Ils comprendront la chance ...

à écrit le 05/12/2022 à 8:18
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Entièrement d'accord avec vous... les employés du secteur textile passent leur temps non pas à travailler mais à se plaindre. Qu'ils aillent en Chine où leur salaire sera de 400€ ou en Corée du Nord où ils travailleront gratis. Comme vous, j'en ai as...

le 06/12/2022 à 8:21
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Salut Maurice, et toi tu bosses? Tu gagnes combien par mois?

à écrit le 05/12/2022 à 8:16
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L'embargo est un acte profondément inamical, mais le prix plafond imposé à des tiers est une agression directe : un acte de guerre. Qui se souvient que Pearl Harboor à été déclenché parce que les USA ont empêché le Japon d'accéder au pétrole ?

à écrit le 05/12/2022 à 8:15
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A votre pertinente intervention, j'ajouterais que si les pauvres ne se goinfraient pas de cochonneries sucrées et grasses, ils seraient moins gros, trouveraient du travail auquel ils pourraient se rendre en marchant au lieu d'être avachis dans leur 4...

le 06/12/2022 à 8:23
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@ Philippe Poitevin:"si les pauvres ne se goinfraient pas de cochonneries sucrées et grasses, ils seraient moins gros, trouveraient du travail ..." C'est de l'humour j'espère! À moins que ce soit du... Macron!

à écrit le 05/12/2022 à 8:15
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Madame, à votre propos il faut ajouter ceux qui souffrent d'apnée du sommeil et qui ne s'en rendent même pas compte... rien de plus terrible que de dormir à côté de quelqu'un de ce genre à qui il faut, plusieurs fois par nuit, faire du bouche à bouch...

à écrit le 05/12/2022 à 8:03
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Le lobby pétrolier peine à compenser le cours descendant du fait de cette crise économique majeur. Même le conflit ukrainien peine à dissimuler cette vérité.

le 05/12/2022 à 10:56
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@Citoyen biaisé. 100% vrai ! Le cours descendant du pétrole est la conséquence de la peine du lobby pétrolier à compenser. Cette vérité même le conflit en Ukraine ne peut le dissimuler.

à écrit le 05/12/2022 à 6:54
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CEla va faire monter en flèche le prix du pétrole ce qui va permettre à la Russie de le vendre encore plus cher. Comme toutes les sanctions contre la Russie cela va se retourner contre l'Europe et en faveur des USA qui organise cette guerre depuis l...

le 05/12/2022 à 9:40
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@ communiste...Risible... hi hi hiiii Comme tout ce qui est communiste.

le 05/12/2022 à 11:19
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"et en faveur des USA qui organise cette guerre depuis le début " C'est d’ailleurs ce que disait il y a six jours l’économiste François LENGLET : "La guerre en Ukraine c'est à cause des États-Unis". Vidéo sur YouTube En 2008, il rejoint le quotidi...

à écrit le 05/12/2022 à 6:52
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CEla va faire monter en flèche le prix du pétrole ce qui va permettre à la Russie de le vendre encore plus cher. Comme toutes les sanctions contre la Russie cela va se retourner contre l'Europe et en faveur des USA qui organise cette guerre depuis l...

le 05/12/2022 à 9:22
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Les USA n'ont rien à gagner en ruinant l'Union Européenne. Leur gaz comme leur pétrole étant de toute manière invendables à prix coûtant, ils seront conduits à les brader sur le marché européen. Avec ce nouvel embargo qui est par définition un ac...

le 05/12/2022 à 12:39
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Rectification sur le dernier commentaire : "Happy New War" (et non "Happy New Year" qui ne voudrait rien dire dans le contexte)

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