Pétrole : les prix du baril tombent à leur plus bas niveau depuis plus de 11 mois

Nombre d'incertitudes pèsent sur le marché pétrolier : en Chine, la population manifeste son ras-le-bol de la politique « zéro-Covid » qui n'arrive pas à juguler la contagion, interrogations sur la réunion de l'Opep+ le 4 décembre, entrée en vigueur le 5 décembre de l'embargo européen sur les importations pétrolières russes, et impossibilité de trouver un accord sur le prix plafonné de ces importations. Les prix du Brent et du WTI sont revenus à leurs prix d'avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Robert Jules
La production de pétrole du Venezuela, notamment de sa compagnie publique PDVSA, est passée en 10 ans de 2,7 millions de barils par jour à 710.000 barils par jour en octobre dernier. Le retour de la major étasunienne Chevron dans le pays devrait permettre à la république bolivarienne d'augmenter ses extractions.
La production de pétrole du Venezuela, notamment de sa compagnie publique PDVSA, est passée en 10 ans de 2,7 millions de barils par jour à 710.000 barils par jour en octobre dernier. Le retour de la major étasunienne Chevron dans le pays devrait permettre à la république bolivarienne d'augmenter ses extractions. (Crédits : Reuters)

Au plus bas depuis janvier 2022, le prix du baril de Brent évoluait légèrement autour des 80,6 dollars ce lundi à la mi-journée, se dépréciant de quelque 3,6%. Sur un mois, il a reculé d'environ de 13,2% mais reste supérieur de 10,6% à son prix d'il y a un an.

Quant au WTI, la référence aux Etats-Unis, le prix du baril est au plus bas depuis la fin décembre, perdant plus de 3,6%, à 73,55 dollars (voir graphique). Sur un mois, la dépréciation s'élève à 13,89%, mais le prix reste 5,3% supérieur à celui d'il y a un an.

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« L'indice de référence du pétrole américain est en baisse pour la troisième semaine consécutive, alors que la Chine continue de se débattre avec l'augmentation des cas de Covid, alimentant les craintes que les autorités n'adoptent des restrictions de mouvement plus larges qui pourraient nuire à la demande d'énergie dans le premier importateur mondial de brut », note John Plassard, économiste chez Mirabaud.

Depuis dimanche, des centaines de personnes manifestent dans plusieurs villes chinoises pour dénoncer les restrictions sanitaires draconiennes et réclamer davantage de libertés politiques, une rare démonstration d'hostilité envers le régime du président Xi Jinping, a constaté l'AFP. « Les manifestations contre la politique "zéro Covid" sont à double tranchant. Si elles s'étendent davantage, ce sera un facteur négatif (pour les marchés, NDLR), mais si la politique change cela deviendra un facteur positif », souligne Shoji Hirakawa du Tokai Tokyo Research Institute, cité par l'agence Bloomberg.

La Chine, acteur majeur du marché pétrolier

La demande pétrolière chinoise est un facteur majeur d'influence du marché de l'or noir. En 2021, le pays a importé 12,72 mb/j, soit 19% des importations mondiales, ce qui fait de lui le premier importateur mondial, selon le BP Statistical Review. Il a consommé 15,4 mb/j, soit 16,4% de la consommation mondiale. En 2022, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) évalue d'ores et déjà la baisse de sa consommation à 400.000 b/j.

En attendant de savoir si le gouvernement chinois envisage d'assouplir sa politique « zéro Covid », les marchés vont se concentrer dans les prochains jours sur plusieurs événements. Il y a d'abord la réunion de l'Opep+ le 4 décembre.

La semaine dernière, le Wall Street Journal avait fait état d'une hausse de 500.000 b/j, une information aussitôt rigoureusement démentie par l'Arabie saoudite. Néanmoins,, au sein de l'Opep, les Émirats arabes unis ainsi que l'Irak veulent augmenter leurs capacités de production pour pouvoir vendre plus, notamment en raison du pic de la demande pétrolière mondiale qui se profile dans les prochaines années, avec l'accélération du développement des énergies renouvelables. Or, un tel débat est délicat dans le contexte de la guerre en Ukraine et des sanctions imposées à la Russie. Une discussion sur une révision des quotas attribué à chaque pays est de nature à diviser même si ce débat est annoncé depuis des mois, justifié par l'impossibilité de nombreux membres à produire suffisamment. Résultat, il y a une déconnexion entre le quota théorique affiché et la production réelle. Ainsi, en octobre, cette différence s'élevait à 3,33 mb/j.

A la recherche du prix plafonné du baril de brut russe importé

Le lendemain de la réunion de l'Opep+ entrera en vigueur l'embargo européen sur les importations pétrolières russes ainsi que l'imposition d'un prix plafonné pour celles-ci hors Europe, Royaume-uni et Etats-Unis, dans le cadre de l'application de l'accord du G7. Or cette dernière mesure pourrait être plus délicate à mettre en place, après l'échec des pays européens à  se mettre d'accord sur le niveau de ce prix plafond, qui selon les pays varient de 30 à 70 dollars. La Pologne, soutenue par la Lituanie et l'Estonie, proposait 30 dollars le baril, justifié par les coûts de production en Russie, qui tournent autour de 20 dollars le baril. La fourchette proposée par le G7 permettrait à Moscou de continuer à engranger d'importants revenus. D'autre pays en revanche défendaient cette fourchette. Chypre, la Grèce et Malte, qui ont une importante flotte de tankers, redoutent d'importantes parts de marché de transport maritime, les futurs chargements se tournant vers des cargos battant pavillon libyen ou panaméen.

Samedi, le président ukrainien s'est invité dans le débat. « La limite envisagée aujourd'hui - environ 60 dollars - me semble artificielle », a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse. Volodimir Zelensky ne cesse de pousser les alliés à imposer des sanctions plus sévères, de tous types, contre la Russie. « Nous aimerions que les sanctions soient très efficaces dans cette lutte, de sorte que la limite se situe au niveau de 30 à 40 dollars, afin que la Russie les ressente », a-t-il argumenté.

Les Etats-Unis assouplissent les sanctions sur le Venezuela

Les Etats-Unis, qui ne veulent pas d'une nouvelle envolée des prix du brut et des produits raffinés qui alimente une inflation qui commence à ralentir, comptent sur un plafonnement compris entre 60 et 70 dollars pour que le brut russe continue à alimenter le marché mondial. Ils s'activent par ailleurs en assouplissant les sanctions à l'égard du Venezuela, après leur échec à convaincre l'Arabie Saoudite d'augmenter son offre, et le blocage sur le dossier du nucléaire iranien. Ainsi, après la reprise des négociations entre le gouvernement de Nicolas Maduro et l'opposition menée par Juan Gaido, la major américaine Chevron a été autorisée à reprendre son exploitation dans le pays sud-américain, dans le cadre de sa joint-venture avec la compagnie publique PDVSA, mais, précise le document du Trésor, ce pétrole ne pourra être exporté exclusivement qu'aux Etats-Unis. Avant l'imposition de sanctions à la république bolivarienne, Chevron y pompait 200.000 b/j. Ce retour de la major devrait permettre au pays d'augmenter sa production qui n'est pas soumise à quota dans le cadre du partenariat Opep+. Il y en a grand besoin. En 2012, le Venezuela produisait 2,7 mb/j. octobre dernier, il n'en pompait à peine plus d'un quart (710.000 b/j), et la capacité actuelle de PDVSA, plombée par le manque d'investissement et la mise à niveau technique, n'est plus que de 800.000 b/j, selon l'AIE, alors que le sol venezuelien recèle des plus importantes réserves mondiales d'or noir.

(avec agences)

Robert Jules

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Commentaires 10
à écrit le 28/11/2022 à 21:36
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valbel Si c etait vrai qu il y a deux mois de decalage ça se verrais aussi sur les augmentation Celles ci sont plutot immediate bizarrement

à écrit le 28/11/2022 à 20:44
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La TICPE au plus haut historique...

à écrit le 28/11/2022 à 18:08
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En 1980 je payais le super sans plomb 95 pour ma guimbarde d'étudiant 3,05F/L soit 1.45€ d'aujourd'hui donc la situation actuelle n'est pas catastrophique comme certains le font croire. En réalité en France nous vivons au dessus de nos moyens et peu...

à écrit le 28/11/2022 à 15:52
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Nous sommes dans la zone euro, votre article affiche des prix en dollars, le contexte n'est donc pas pertinent pour nous. Si vous voulez écrire un article sérieux, faites nous des tableaux comparatifs en euros pour prendre en compte la variation du t...

le 28/11/2022 à 16:05
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Il se trouve que le marché mondial du pétrole est en dollars…. Vous pouvez faire la conversion vous même surtout qu’en ce moment 1 dollar = 1 euro.

le 28/11/2022 à 17:31
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@ozarmes, vous trollez? L'an dernier, l'euro valait 1.15 dollars, aujourd'hui il en vaut 1.04, ce qui fait une variation de 10% non évoquée dans l'article. Jusqu'à preuve du contraire, ce journal est sensé s'adresser à des français. Donc même si le c...

le 29/11/2022 à 13:08
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@truc "Notre statut de colonie américaine n'a pas encore été officialisé, notre monnaie est toujours l'euro". Et cela ne date pas d'aujourd'hui : L’AMGOT, késako ? Il s’agit de l’acronyme de Allied Military Government of the Occupated Territ...

à écrit le 28/11/2022 à 15:07
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Mais les prix à la pompe eux non.

le 28/11/2022 à 17:01
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@ citoyen blasé. Il y a en moyenne 2 mois d'écart entre la baisse du prix du brut et le prix à la ⛽ pompe. Si on veut decarboner les transports il faut un pétrole cher. Si le pétrole depuis les années 60 avait augmenté faiblement mais régulièremen...

le 28/11/2022 à 19:13
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"Si on veut decarboner les transports il faut un pétrole cher." Ouais voilà t'es pas vraiment objectif sur le sujet hein... :-)

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