Hausse des taux : l'ONU alerte sur les risques de récession mondiale, le FMI n'est pas d'accord

Dans son rapport annuel, la Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement (Cnuced) met en garde sur le risque de récession mondiale si la hausse des taux se poursuit dans les pays riches à un rythme soutenu. Déjà, celle-ci fragilise encore davantage les économies émergentes. A contrario, la directrice du FMI soutient, elle, que la lutte contre l'inflation est nécessaire car elle touche les ménages les plus faibles, à condition que les gouvernements mènent une politique budgétaire cohérente avec ces resserrements monétaires.
Robert Jules
Pour Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Cnuced, « il est encore temps d'éviter le risque de récession ».
Pour Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Cnuced, « il est encore temps d'éviter le risque de récession ». (Crédits : Reuters)

La hausse des taux opérée en 2022 par les banques centrales des pays riches est-elle trop rapide ? Oui, répond la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (Cnuced) dans son rapport annuel publié lundi. L'agence onusienne pointe le risque de récession et de stagnation pour les économies développées et la plongée dans la pauvreté pour les économies émergentes. « Croire qu'elles pourront faire baisser les prix en s'appuyant sur des taux d'intérêt plus élevés sans provoquer de récession est un pari imprudent », avertit la Cnuced.

Situation inédite depuis les années 1970, la Réserve fédérale a déjà augmenté ses taux cinq fois cette année. Ils sont passés de près de zéro en début d'année à une fourchette comprise entre 3% et 3,25% qui pourrait être portée entre 4% et 4,5% d'ici fin décembre. Après avoir longtemps considéré que l'inflation était « transitoire », selon les mots de son président Jerome Powell, la Réserve fédérale a mis les bouchées doubles pour juguler une inflation au plus haut depuis 40 ans et qui ne cesse de progresser aux Etats-Unis.

La Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d'Angleterre (BoE) ont également augmenté leurs taux directeurs plus rapidement qu'au cours des dernières décennies.

Un « troisième choc majeur »

Même les économies émergentes suivent le mouvement. Vendredi, la Banque centrale d'Inde a augmenté son principal taux directeur de 50 points de base pour le porter à 5,90%, ce qui constitue une hausse de près de deux points depuis qu'elle a commencé en mai son resserrement monétaire.

Si la troisième économie asiatique avait renoué avec une forte croissance en sortant de la pandémie de Covid-19 avec un taux de 8,7%, elle doit aujourd'hui composer avec les incertitudes qui minent l'économie mondiale. « Les perspectives économiques mondiales restent sombres », déclarait la semaine dernière Shaktikanta Das, le gouverneur de l'institution monétaire indienne,  considérant que les brusques hausses des taux actuelles et les commentaires pessimistes des grandes banques centrales constituaient un « troisième choc majeur » pour l'économie mondiale, après la pandémie du Covid-19 et la guerre russe en Ukraine.

La Cnuced a d'ailleurs révisé à la baisse ses prévisions de croissance économique mondiale en 2022, à 2,5% contre 2,6% en mars. Pour 2023, elle prévoit une croissance de 2,2%. L'agence estime qu'une hausse d'un point de pourcentage du taux directeur de la Fed réduirait la production économique des autres pays riches de 0,5 % et la production économique des pays pauvres de 0,8 % au cours des trois années suivantes.

Forte appréciation du dollar

D'ores et déjà, ces hausses des taux vont réduire les revenus des pays émergents (hors Chine) de 360 ​​milliards de dollars dans les trois prochaines années, a calculé la Cnuced. Elle estime également que ces pays ont déjà dépensé environ 379 milliards de dollars de réserves pour défendre leur monnaie cette année, en raison de la forte appréciation du dollar qui fragilise les pays endettés en billets verts. « Quelque 90 pays en développement ont vu leur monnaie s'affaiblir face au dollar cette année - plus d'un tiers d'entre eux de plus de 10% », estime le rapport.

« Il est encore temps d'éviter le risque de récession », a déclaré la secrétaire générale de la Cnuced, Rebeca Grynspan. « Nous avons les outils pour calmer l'inflation et soutenir tous les groupes vulnérables. Mais la ligne de conduite actuelle est en train de causer des dommages aux plus vulnérables, en particulier les pays en développement, et risque de faire basculer le monde dans une récession mondiale », a-t-elle ajouté.

Lire aussiPour ou contre : fallait-il remonter les taux directeurs face à l'inflation ? (Stéphanie Villers face à Joseph Leddet)

Cette vision n'est pas partagée par Kristalina Georgieva, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qui, dans une interview accordée lundi à l'agence Reuters, estime possible d'éviter une telle récession mondiale, à condition que les gouvernements mettent en place des politiques budgétaires s'articulant avec les resserrements monétaires. Une critique adressée à certains gouvernements dont les politiques visent à soutenir indistinctement la population en limitant la hausse des prix de l'énergie notamment en versant des indemnisations qui vont à l'encontre des décisions prises par les banques centrales. « Les politiques monétaires mettent un coup de frein là où les politiques budgétaires appuient sur l'accélérateur », a déploré Kristalina Georgieva.

« Il est nécessaire que les banques centrales agissent de manière résolue. Pourquoi? Car l'inflation est tenace... C'est mauvais pour la croissance et c'est très mauvais pour les personnes défavorisées. L'inflation est un impôt sur les plus démunis », juge-t-elle.

Un point de vue que partage aussi la Cnuced considérant que les décideurs politiques devraient se concentrer sur des mesures qui ciblent directement les flambées de prix, y compris des plafonds de prix financés par des taxes ponctuelles sur les bénéfices exceptionnels réalisés par les producteurs d'énergie. Mais pour la Cnuced, une augmentation des taux n'aura pas une grande influence pour atténuer les pénuries d'énergie et de nourriture.

La banque d'Australie ralentit sa hausse des taux

L'agence cite comme exemple de solution l'accord conclu en juillet sous l'égide de l'ONU entre la Russie et l'Ukraine. Il avait permis d'exporter via la mer Noire plus de 1 million de tonnes de céréales stockées dans des silos ukrainiens, ce qui avait contribué à faire baisser les prix mondiaux des céréales de 1,4 %.

Signe peut-être d'une certaine prise de conscience dans ce débat sur la lutte contre l'inflation, ce mardi, la Banque centrale d'Australie n'a relevé que de 0,25 point, et non 0,50 point comme attendu, son principal taux directeur qui s'établit désormais à 2,6%, son niveau le plus élevé depuis neuf ans.

Robert Jules

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Commentaires 4
à écrit le 04/10/2022 à 22:18
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La hausse des taux (+2,5% sur le dix ans en Euro) n’est malheureusement rien au regard de la force du dollar (>+12% contre euro, +25% contre yen, et donc doit être très élevée contre d’autres monnaies plus fragiles..). On n’emprunte pas dans une monn...

à écrit le 04/10/2022 à 16:01
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Je pense que Macron, minore volontairement le taux effectif de l'inflation. En allant faire mes courses ce WE au Monoprix à Paris j'ai constaté que les prix par exemple des conserves de Thon de bonne qualité avait doublé en une semaine. Cela veut di...

le 04/10/2022 à 19:19
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@communiste Mange du caviar de Russie ou d'Iran il est actuellement en promo.

à écrit le 04/10/2022 à 14:52
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"l'ONU alerte sur les risques de récession" : Ils sont toujours à côté de la plaque, l'ONU, António Guterres, ce type est une calamité totale. Pourquoi la récession serait elle un risque ? Ce n'est pas un gros mot, que je sache. Il n'y a pas besoin "...

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