Dans son rapport annuel, la Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement (Cnuced) met en garde sur le risque de récession mondiale si la hausse des taux se poursuit dans les pays riches à un rythme soutenu. Déjà, celle-ci fragilise encore davantage les économies émergentes. A contrario, la directrice du FMI soutient, elle, que la lutte contre l'inflation est nécessaire car elle touche les ménages les plus faibles, à condition que les gouvernements mènent une politique budgétaire cohérente avec ces resserrements monétaires.La hausse des taux opérée en 2022 par les banques centrales des pays riches est-elle trop rapide ? Oui, répond la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (Cnuced) dans son rapport annuel publié lundi. L'agence onusienne pointe le risque de récession et de stagnation pour les économies développées et la plongée dans la pauvreté pour les économies émergentes. « Croire qu'elles pourront faire baisser les prix en s'appuyant sur des taux d'intérêt plus élevés sans provoquer de récession est un pari imprudent », avertit la Cnuced.
Situation inédite depuis les années 1970, la Réserve fédérale a déjà augmenté ses taux cinq fois cette année. Ils sont passés de près de zéro en début d'année à une fourchette comprise entre 3% et 3,25% qui pourrait être portée entre 4% et 4,5% d'ici fin décembre. Après avoir longtemps considéré que l'inflation était « transitoire », selon les mots de son président Jerome Powell, la Réserve fédérale a mis les bouchées doubles pour juguler une inflation au plus haut depuis 40 ans et qui ne cesse de progresser aux Etats-Unis.
La Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d'Angleterre (BoE) ont également augmenté leurs taux directeurs plus rapidement qu'au cours des dernières décennies.
Un « troisième choc majeur »
Même les économies émergentes suivent le mouvement. Vendredi, la Banque centrale d'Inde a augmenté son principal taux directeur de 50 points de base pour le porter à 5,90%, ce qui constitue une hausse de près de deux points depuis qu'elle a commencé en mai son resserrement monétaire.
Si la troisième économie asiatique avait renoué avec une forte croissance en sortant de la pandémie de Covid-19 avec un taux de 8,7%, elle doit aujourd'hui composer avec les incertitudes qui minent l'économie mondiale. « Les perspectives économiques mondiales restent sombres », déclarait la semaine dernière Shaktikanta Das, le gouverneur de l'institution monétaire indienne, considérant que les brusques hausses des taux actuelles et les commentaires pessimistes des grandes banques centrales constituaient un « troisième choc majeur » pour l'économie mondiale, après la pandémie du Covid-19 et la guerre russe en Ukraine.