« L'Europe peut perdre beaucoup » : un ministre français sonne l'alarme face à Trump
latribune.fr
« S’il devait y avoir des droits de douane en hausse de la part des États-Unis visant nos exportations européennes, il faudra répondre et avoir des mesures de rétorsion », a estimé Laurent Saint-Martin.
Le ministre français au Commerce extérieur Laurent Saint-Martin, a appelé les Européens à s’unir pour face au nouveau président américain qui menace le Vieux Continent de droits de douane.
C'est un moment critique pour les pays de l'Union européenne, selon le ministre français au Commerce extérieur. « L'Europe a rendez-vous avec son histoire en sachant se montrer unie et ferme », a estimé jeudi Laurent Saint-Martin, en marge du salon de l'alimentaire Gulfood à Dubaï, aux Émirats arabes unis. « Si l'Europe est désunie dans un moment où il y a de la part de certains une volonté de mener une guerre commerciale, ce qui n'est pas notre volonté, alors l'Europe peut perdre beaucoup » », a-t-il ajouté.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a annoncé la mise en place de droits de douane réciproques, c'est-à-dire que les États-Unis appliqueront le même niveau de droits de douane sur les produits en provenance d'un pays que le niveau appliqué dans ce pays aux produits américains. Il a également annoncé le retour de droits de douane sur l'acier et l'aluminium, qu'il avait déjà mis en place durant son premier mandat, avant que son successeur, Joe Biden, ne trouve un accord transitoire avec l'UE afin de les mettre en pause.
Si le président Trump a déjà visé le Canada, le Mexique et la Chine, leur imposant des droits de douane supplémentaires, il a régulièrement assuré que les pays européens étaient également dans son viseur, regrettant pêle-mêle l'accessibilité au marché européen, l'application de la TVA qu'il assimile à des droits de douane, ou encore les normes comme étant autant de barrières au commerce pour les entreprises américaines.
Donald Trump a de plus annoncé, jeudi, qu'il imposerait des droits de douane « de l'ordre de 25 % » sur les importations d'automobiles et d'un taux similaire ou plus élevé sur les semi-conducteurs et les produits pharmaceutiques. Une telle mesure porterait un coup aux géants allemands de l'automobile qui exportent beaucoup aux États-Unis. Or, ceux-ci sont déjà affaiblis à l'image de Volkswagen, qui a récemment annoncé la suppression de 35 000 emplois en Allemagne. L'automobile européenne est déjà en difficulté en raison de la baisse de la demande mondiale, la hausse des prix de l'énergie et de la concurrence chinoise. Face à la crise, la Commission a d'ailleurs promis d'accompagner le secteur automobile qui emploie 13 millions de personnes au sein de l'UE et représente environ 7 % de son PIB.
Et les appels à la riposte se multiplient. « S'il devait y avoir des droits de douane en hausse de la part des États-Unis visant nos exportations européennes, il faudra répondre et avoir des mesures de rétorsion », a estimé Laurent Saint-Martin. « Les premiers perdants des guerres commerciales sont ceux qui les initient en général, et en l'occurrence les États-Unis », a-t-il ajouté.
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Avant le ministre français, d'autres représentants des Vingt-sept avaient pris la parole à ce sujet. L'Union européenne ne voit « aucune justification » à l'application par le président américain Donald Trump de droits de douane supplémentaires sur ses produits, mais est prête à réagir « fermement et rapidement » s'ils devaient se matérialiser, avait déclaré mercredi le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, lors d'un événement à Washington.
À Bruxelles, début février, la présidente de la Commission européenne s'était elle-même exprimée en faveur d'une réponse au milliardaire. L'Europe devra « prendre des décisions en dehors de toute émotion ou nostalgie pour un monde révolu, mais plutôt en fonction d'un jugement calculé sur ce qui est dans notre propre intérêt », avait affirmé Ursula von der Leyen. Toujours début février, lors d'une réunion informelle des chefs d'État de gouvernement de l'Union européenne, consacrée à la défense, Emmanuel Macron avait expliqué que « si nous étions attaqués sur les sujets commerciaux, l'Europe, comme une puissance qui se tient, devra se faire respecter et donc réagir. »
Alors que l'Europe montre les crocs, la Corée du Sud tente de calmer le jeu. Le vice-ministre sud-coréen du Commerce, Park Jong-won, a demandé aux États-Unis de ne pas inclure la Corée du Sud parmi les pays touchés par « les droits de douane réciproques et les diverses mesures douanières telles que celles sur l'acier et l'aluminium ». Il a souligné les contributions des investissements massifs des entreprises sud-coréennes à l'économie américaine et a noté que « dans le cadre de l'accord de libre-échange entre Séoul et Washington, les droits de douane sur presque tous les articles entre les deux pays avaient déjà été éliminés ». La demande a été formulée pendant une visite de Park Jong-won à Washington cette semaine, au cours de laquelle il s'est entretenu avec des responsables de la Maison Blanche et du ministère américain au Commerce, a indiqué le ministère sud-coréen.