Le FMI tire la sonnette d’alarme pour juguler l’insécurité alimentaire : près d’un milliard de personnes déjà touchées

L'institution internationale met en garde contre une amplification de la crise alimentaire que subissent déjà 828 millions de personnes à travers le monde, si des actions coordonnées ne sont pas menées en urgence pour soutenir financièrement les pays les plus touchés, qui comptent parmi les plus pauvres.
Robert Jules
Des sacs de céréales en provenance de l'Ukraine sont entreposés au début du mois de septembre dans un hangar à Adama en Ethiopie, dans le cadre du World Food Program (WFP), le Programme alimentaire mondiale (PAM) de l'Onu.
Des sacs de céréales en provenance de l'Ukraine sont entreposés au début du mois de septembre dans un hangar à Adama en Ethiopie, dans le cadre du World Food Program (WFP), le Programme alimentaire mondiale (PAM) de l'Onu. (Crédits : Reuters)

Aujourd'hui, à travers le monde, 828 millions de personnes, soit plus de 10% de la population mondiale, se couchent tous les jours en ayant faim, selon le Programme alimentaire mondial. Et quelque 345 millions de personnes sont en insécurité alimentaire ce qui signifie qu'elles n'ont pas un accès régulier à suffisamment d'aliments sains et nutritifs pour une croissance et un développement normaux et une vie active et saine, selon la définition de la FAO. Et si le phénomène touche tous les pays, 48 d'entre eux comptant parmi les plus pauvres de la planète sont directement concernés.

Lire aussiQuand le désordre mondial des échanges agricoles menace la sécurité alimentaire

Ces chiffres alarmistes figurent dans un rapport publié ce vendredi par le Fonds monétaire international (FMI), intitulé « S'attaquer à la crise alimentaire mondiale ». L'organisation internationale avertit que « sans une action coordonnée d'urgence à l'échelle internationale », le phénomène menace de s'amplifier.

Si plusieurs pays connaissaient déjà une crise alimentaire, rappelle le FMI, celle-ci a pris de l'ampleur depuis l'invasion russe de l'Ukraine qui a entraîné une flambée des prix des denrées alimentaires, notamment des céréales, mais aussi de ceux des fertilisants et de l'énergie.

75% d'huile de tournesol

Avant la guerre, l'Ukraine et la Russie comptaient pour 30% du commerce international des céréales, 20% du maïs et 75% d'huile de tournesol. Avec le conflit, la production agricole en Ukraine devrait se réduire de 25% à 40% cette année, indique le FMI. Ce qui n'est pas sans conséquence directe, puisque « avant cette guerre, l'Ukraine était le premier contributeur de céréales du Programme alimentaire mondial (dépendant de l'Onu pour atteindre l'objectif Faim Zéro) », rappelle le rapport.

Parmi les 48 pays les plus touchés par la crise alimentaire, la plupart étaient directement dépendants des importations de l'Ukraine et de la Russie (voir graphique). Ils comptent parmi les plus pauvres de la planète, car à faibles revenus, sont économiquement fragiles et ne sont pas dotés d'institutions solides car minés par la corruption. Si l'Afrique subsaharienne concentre la plupart d'entre eux, il y a en aussi en Asie et en Amérique latine.

-

pays céréales Ukraine Russie

-

Ces pays ont notamment pâti des restrictions des exportations de denrées alimentaires et de fertilisants de pays producteurs qui ont donné la priorité à la sécurisation de l'approvisionnement local. Or, ces interdictions ont non seulement réduit l'offre internationale de denrées et de fertilisants mais aussi entraîné une hausse des prix (voir graphique). « Les mesures protectionnistes ne font qu'empirer la crise alimentaire, elles ont fait augmenter les prix internationaux du blé de 9%, selon une estimation de la Banque mondiale », souligne le rapport qui préconise de lever toutes les interdictions d'exporter prises par certains pays, comme l'avait déjà fait l'OMC. Il cite notamment l'initiative céréalière de la mer Noire négociée sous l'égide de l'Onu, qui a permis de reprendre les exportations de céréales bloquées en Ukraine et en Russie, en particulier vers des pays africains.

-

prix des céréales

-

Cette flambée des prix pèse sur les budgets publics des pays concernés. Il va leur en coûter 9 milliards de dollars supplémentaires a calculé le FMI pour obtenir les mêmes volumes, ce qui va réduire encore davantage leurs réserves de changes, d'autant que ces achats internationaux sont en majorité libellés en dollar, dont la valeur s'est largement appréciée depuis un an face à toutes les autres devises.

Un besoin de 7 milliards de dollars pour cette année

« Pour cette seule année, nous estimons que les pays les plus exposés ont besoin d'au moins 7 milliards de dollars pour aider les ménages les plus fragiles », indiquent les experts du Fonds. Car même si les prix alimentaires ont commencé à refluer de leurs niveaux records, ils restent élevés tout comme ceux de l'énergie, ce qui accentue la pauvreté, réduit la croissance économique, pouvant entraîner des émeutes de la faim et l'instabilité politique.

Lire aussiInsécurité alimentaire: l'UE s'attend à un afflux massif de réfugiés à ses frontières

Pour éviter que la situation ne devienne explosive, le FMI préconise d'augmenter les moyens financiers de l'aide aux pays les plus pauvres, notamment à travers le Programme alimentaire mondial et l'action des organisations internationales. Ils recommandent aux gouvernements de lutter en priorité contre l'inflation, qui menace directement les ménages les plus fragiles pour se nourrir et se pourvoir en énergie, en recourant à des subventions et des taxes ciblées.

L'institution recommande également d'augmenter la production agricole mondiale et sa distribution, en favorisant un meilleur accès aux fertilisants pour améliorer les rendements, la diversification des cultures, et un renforcement des chaînes d'approvisionnement, notamment en améliorant les infrastructures et la logistique. La Banque mondiale et d'autres institutions internationales peuvent faciliter le financement de tels programmes. C'est « vital pour répondre aux chocs actuels des prix alimentaires », assure le rapport.

Une crise qui débute en 2018

Au-delà de l'urgence face à la situation actuelle, le FMI rappelle que cette crise alimentaire ne date pas de février dernier. En réalité, elle a débuté depuis 2018 (voir graphique), en raison de conflits locaux, comme en Ethiopie, mais aussi des chocs climatiques (inondations, sécheresses) dont la fréquence augmente.

-

population sous-alimentée

-

Le rapport du FMI recommande d'investir dans le développement d'une agriculture plus résiliente face à ces chocs, qui touchent plus particulièrement les pays les plus pauvres, notamment en Afrique sub-saharienne, plus exposés au changement climatique. Si les solutions doivent être adaptées à chaque pays, elles passent par de nouvelles variétés de cultures, l'amélioration de la gestion de l'eau, ou encore à une plus large diffusion de l'information auprès des producteurs. A l'exemple de l'Ethiopie, du Kenya et du Rwanda qui diffusent les prévisions météorologiques aux agriculteurs via les téléphones afin qu'ils puissent gérer au mieux leurs cultures et s'assurer d'une couverture face à la fluctuation des prix.

Le FMI rappelle que des programmes existent déjà dans plusieurs pays dans le cadre du Programme alimentaire mondial (PAM) visant à renforcer la sécurité alimentaire sur le moyen et long terme. Dans ce cas aussi, le Fonds appelle à augmenter la dotation financière du PAM, et recommande aussi de pouvoir alléger la dette publique des pays les plus pauvres.

Le Fonds lui-même est partie prenante. Depuis l'invasion russe de l'Ukraine, il a apporté un soutien économique pour un an au Bénin, au Cap Vert, à la Georgie, au Mozambique, à la Tanzanie et à la Zambie. Parallèlement, il a renforcé son aide aux programmes déjà existants en Jordanie, en Moldavie, au Pakistan et au Sénégal.

Et il n'en reste pas là. Son conseil devrait approuver dans les prochains jours un nouveau financement d'urgence.

Robert Jules

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 5
à écrit le 03/10/2022 à 10:14
Signaler
Peut être aussi se poser la question pourquoi se sont tjrs les pays les plus pauvres qui ont la natalité la plus importante et qui ne peuvent déjà pas se nourrir convenablement actuellement, alors que l’ on s’attend à un doublement de leur population...

à écrit le 01/10/2022 à 9:50
Signaler
C ets tres cynique, mais vu le probleme du rechauffement climatique, c est une bonne nouvelle que la population augmente moins. Ensuite la plupart de ses pays ont refusé de soutenir l ukraine par anti occidentalisme. Qu ils assument ! on peut pas nou...

à écrit le 01/10/2022 à 9:47
Signaler
Tandis qu'il suffirait de 200 milliards pour éradiquer la faim dans le monde, une paille comparée aux grandes fortunes de ce monde qui pourraient régler ce drame en un claquement de doigt, intelligemment bien sûr et pas en parachutant bêtement de la ...

à écrit le 30/09/2022 à 19:53
Signaler
on a bien foutu la merde quoi qu'il en coute, on decouvre que ca va couter!! moi je propose quon taxe les supersalaires de la fonction publique francaise, ou les gens gagnent 10% de plus que dans le prive, pour l'offrir genereusement aux africains et...

à écrit le 30/09/2022 à 18:35
Signaler
On n'oublie pas que c'est le FMI qui a poussé un certain nombre de pays à abandonner tout programme d'autonomie alimentaire

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.