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ÉconomieInternational

Le point sur les frappes occidentales en Syrie

Photo de Delphine Cuny

latribune.fr

Publié le 14 avril 2018 à 17:15 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:05

ONU syrie conseil sécurité frappes

ONU syrie conseil sécurité frappes

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Les frappes aériennes concertées des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni en Syrie n'auraient fait aucune victime, civile ou militaire. Elles ont suscité de vives réactions dans le monde et la convocation d'un Conseil de sécurité extraordinaire à l'ONU. Récapitulatif de ce que l'on sait en fin de journée.

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé samedi avant l'aube des frappes concertées en Syrie en représailles à l'attaque chimique menée le week-end dernier à Douma, l'ex-enclave rebelle de la Ghouta orientale, imputée au régime de Bachar al-Assad. Récapitulatif de ce que l'on sait et des réactions.

Cibles visées

Selon le général Joe Dunford, chef d'état-major américain, les frappes ont visé samedi vers 3 heures du matin à Paris (4 heures en Syrie) trois cibles liées au programme d'armement chimique syrien.

Le Pentagone a précisé samedi qu'il s'agissait d'un centre de recherche et de développement à Barzé, dans la banlieue de Damas, et de deux cibles dans la province de Homs (centre de la Syrie) : un entrepôt d'armes chimiques et, à proximité, un "bunker" abritant des équipements servant à la fabrication d'armes chimiques, ainsi qu'"un important centre de commandement".

Les frappes elles-mêmes ont duré "une minute ou deux", selon un haut responsable du Pentagone, le général Kenneth McKenzie.

Aucune autre opération n'est prévue à ce stade, selon le général Dunford.

Aucune perte humaine n'est à déplorer, ni du côté américain, ni du côté syrien. Les alliés ont aussi pris soin d'éviter de toucher les forces russes.

Moscou a confirmé qu'aucune frappe n'avait visé les abords de ses bases aériennes et navales situées dans le nord-ouest du pays et que les frappes n'ont fait "aucune victime" civile ou militaire syrienne.

Selon l'agence officielle syrienne Sana, des missiles qui ont visé un site militaire près de Homs "ont été déviés, faisant trois blessés civils". Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), les installations visées étaient des antennes du Centre d'études et de recherches scientifiques de Syrie (CERS) rattaché au ministère de la Défense, "complètement vides" et "évacuées" depuis plus de trois jours.

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Les Etats-Unis ont affirmé avoir "frappé avec succès" toutes les cibles syriennes prévues par Washington et ses deux alliés.

"Compte tenu des informations dont nous disposons, je peux affirmer que la mission est un succès", a dit FlorenceParlylors d'une conférence de presse après un conseil de défense autour du chef de l'Etat, Emmanuel Macron. "Ses objectifs militaires sont atteints et la capacité de la Syrie à concevoir, produire et stocker des armes chimiques a été considérablement amoindrie."

Forces engagées

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé au total 105 missiles.Un chiffré corroboré par le haut commandement de l'armée syrienne qui a parlé de "environ 110 missiles [tirés] sur des cibles à Damas et ailleurs" dans le pays, mais affirmé en avoir intercepté "la plupart."

"Nous sommes sûrs que tous nos missiles ont atteint leur cible", a assuré le général McKenzie, qui a démenti les affirmations de Moscou selon lesquelles 71 des missiles occidentaux auraient été interceptés

Selon le Pentagone, le centre de Barzé a été atteint par 76 missiles, dont 57 Tomahawk et 17 JASSM (Joint air to surface stand-off missiles), un nouveau type de missiles de croisière furtif que les Etats-Unis utilisaient pour la première fois en situation réelle.

Le deuxième site a été visé par 22 missiles tirés par les trois pays: 9 Tomahawk américains, 8 Storm Shadow britanniques, et 3 missiles de croisière navals MdCNet et 2 missiles air-sol Scalp pour la France. Le troisième site a été atteint par 7 missiles Scalp, a précisé Washington.

Le ministre américain de la Défense Jim Mattis a précisé que les forces américaines avaient employé deux fois plus de munitions que pour la frappe américaine d'avril 2017 sur la base militaire d'Al-Chaayrate, près de Homs.

Les Etats-Unis ont engagé le croiseur USS Monterey qui a tiré 30 Tomahawk, et  l'USS Laboon, un destroyer de la classe Arleigh Burke, qui en a lancé 7. Les deux bâtiments de guerre se trouvaient en mer Rouge. Depuis le Golfe, le destroyer USS Higgins a tiré 23 Tomahawks supplémentaires. Dans la méditerranée, un sous-marin, le John Warner, a tiré six Tomahawk. Deux bombardiers supersoniques B-1 ont en outre été utilisés, pour lancer 19 missiles JASSM.

La France a engagé cinq frégates de premier rang et neuf avions de chasse dont cinq Rafale. Elle a annoncé avoir tiré pour la première fois des missiles de croisière navals, 3 sur les 12 missiles qu'elle a lancés parmi la centaine ayant visé la Syrie au total.

Le Royaume-Uni a utilisé quatre avions de chasse Tornado GR4 de la Royal Air Force, équipés de missiles Storm Shadow. Londres a indiqué avoir frappé un complexe militaire - une ancienne base de missiles - à 24 kilomètres à l'ouest de Homs "où le régime est supposé conserver des armes chimiques".

Réactions

Le régime de Bachar al-Assad a dénoncé une "agression barbare et brutale des Occidentaux", visant à "entraver" une mission d'enquête de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Cette mission devait débuter samedi à Douma où des forces de sécurité syriennes sont entrées le même jour.

Le Kremlin a dénoncé les frappes "avec la plus grande fermeté". Il a demandé et obtenu la tenue d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'Onu, convoquée pour 17 heures de Paris. La Russie y a présenté une résolution destinée condamner "l'agression contre la république arabe syrienne par les Etats-Unis et ses alliés en violation du droit international et de la charte de l'Onu".

L'Iran a violemment dénoncé les frappes et averti des "conséquences régionales".

L'Egypte s'est inquiété de l'escalade militaire en Syrie : "la République arabe d'Egypte exprime sa solidarité avec le peuple frère syrien dans ses aspirations à vivre dans la sécurité et la stabilité".

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Les frappes ont en revanche été jugées "appropriées" par la Turquie et "justifiées" par Israël. "L'attaque américaine est un signe important à l'axe du Mal - l'Iran, la Syrie et le Hezbollah", a déclaré un membre du cabinet du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Sans surprise, l'Otan leur a apporté son "soutien" estimant qu'elles allaient réduire la capacité du régime à mener d'autres attaques chimiques.

Le groupe rebelle syrien Jaich al-Islam qui contrôlait Douma a évoqué une "farce" tant qu'Assad restait au pouvoir.

En France, le Front national et La France Insoumise ont dénoncé une opération dangereuse.

"Ces frappes contre la Syrie nous engagent dans une voie aux conséquences imprévisibles et potentiellement dramatiques. La France perd à nouveau une occasion d'apparaître sur la scène internationale comme une puissance indépendante et d'équilibre dans le monde" a fait valoir Marine Le Pen sur Twitter.

Jean-Luc Mélenchon, le meneur de La France Insoumise, a déclaré de son côté :

"C'est une aventure de revanche nord-américaine, une escalade irresponsable."

Il a estimé que le président Macron avait agi "sans preuve, sans mandat de l'Onu et contre elle, sans accord européen et sans vote du Parlement français."

latribune.fr

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