Musk et Trump, la fracture : Mar-a-Lago ne répond plus

Elon Musk devient un allié de plus en plus encombrant politiquement pour Donald Trump. L'inverse étant vrai.
Kevin Lamarque

Elon Musk devient un allié de plus en plus encombrant politiquement pour Donald Trump. L'inverse étant vrai.
Kevin Lamarque
[Article publié le mardi 8 avril 2025 à 16h21, mis à jour le mercredi 23 avril à 6h40]
Petit à petit, la question fait le tour de Washington : le torchon brûle-t-il entre Donald Trump et Elon Musk ? Au fil des semaines et de l'actualité « trumpienne » le patron de Tesla et SpaceX devient, doucement mais sûrement, un allié de plus en plus encombrant pour le président américain. L'inverse se confirmant également : doucement mais sûrement, certaines décisions et prises de position de Donald Trump deviennent de plus en plus encombrantes pour Elon Musk. Preuve s'il en est, mardi, le milliardaire a annoncé que « Probablement à partir du mois prochain, de mai, le temps que je vais allouer à Doge va baisser de manière très importante. »
Le 8 avril, le patron de Tesla Elon Musk a estimé, dans deux messages publiés mardi sur X, que le conseiller au commerce de Donald Trump, Peter Navarro, était un « crétin » et « bête comme ses pieds ».
L'homme le plus riche du monde, qui a déjà signalé son désaccord avec la politique de droits de douane dont Peter Navarro est le grand architecte, a écrit ces commentaires sous une vidéo dans laquelle le conseiller au commerce estime qu'Elon Musk « n'est pas un fabricant de voitures » mais seulement un « assembleur ».
Trois jours plus tôt, ce samedi en Italie, le patron de Tesla menait une première charge sur le même sujet. Alors que le monde entier était encore sous le choc des taxes Trump, Elon Musk a lui-même pris le contre-pied du président américain en marquant son opposition aux droits de douane. Lors du Congrès de parti italien anti-migrants La Ligue à Florence, le patron de Tesla a déclaré en vidéo espérer tendre vers « une zone de libre-échange » entre l'Europe et l'Amérique du Nord, avec des « droits de douane nuls ». « J'espère que les États-Unis et l'Europe pourront établir un partenariat très étroit », a également affirmé le magnat américain. Une déclaration bien loin des 20 % de taxe infligés à l'Union européenne à partir de ce 9 avril...
Bien avant son annonce de mardi, début avril, un article de Politico avait assuré que « le président Donald Trump avait annoncé à ses proches, y compris aux membres de son cabinet, qu'Elon Musk se retirerait dans les semaines à venir » de son rôle actuel auprès du gouvernement américain. Selon le média américain, « les deux hommes ont décidé (...) qu'il serait bientôt temps pour Elon Musk de se concentrer sur ses entreprises et de conserver un rôle de soutien ».
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Des informations balayées par la Maison-Blanche. « Ce "scoop" ne vaut rien », a aussitôt répliqué sur X la porte-parole de l'exécutif américain, Karoline Leavitt. « Elon Musk et le président Trump ont tous deux dit publiquement qu'Elon quitterait son rôle d'employé spécial du gouvernement lorsque son incroyable travail à la tête de Doge (ndlr: commission à l'efficacité gouvernementale) serait fini », a-t-elle ajouté.
Reste à savoir quand Donald Trump jugera que le travail de son richissime allié, à l'origine de renvois de fonctionnaires et de coupes budgétaires drastiques, sera « fini ». Le contrat du milliardaire américain avec le gouvernement fédéral a en théorie une durée de 130 jours. En partant de l'investiture du 20 janvier, il s'achèverait donc fin mai.
Un « CDD » confirmé par Donald Trump lui-même. « Je pense qu'(Elon Musk) est formidable mais je pense aussi qu'il a une grande entreprise à gérer et donc à un moment il va y retourner, avait commenté fin mars le président républicain. C'est ce qu'il veut ».
Donald avait par ailleurs estimé, à propos de l'action de Doge, contestée en justice et étrillée par l'opposition démocrate, qu'elle « s'arrêterait » afin que les ministres eux-mêmes prennent le relais. Mais là non plus, aucune indication de date, si ce n'est la certitude d'une fin.
Autre signe de désamour : Donald Trump s'est gardé de commenter l'élection, la semaine passée, d'une juge progressiste dans le Wisconsin. Un scrutin local dans lequel Elon Musk s'était impliqué directement avec toute son énergie, multipliant les interventions médiatiques et allant jusqu'à distribuer des chèques. Un silence présidentiel qui a été interprété, par certains analystes, comme un cuisant désaveu pour son allié.
Au-delà des petites phrases et des non-dits, s'impose également le prix à payer pour Elon Musk de son alliance politique. Sur le premier trimestre 2025, les ventes de Tesla ont ainsi reculé au plan mondial de 13 % en variation annuelle et de... 32 % d'un trimestre sur l'autre.
Ce violent coup de frein provoque une ligne de fracture entre les deux hommes sur plusieurs dossiers. Le 14 mars dernier, Tesla avait ainsi envoyé une lettre à la Maison-Blanche pour signifier ses craintes sur l'évolution de son activité en cas d'imposition de nouvelles taxes. Des craintes confirmées depuis.
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Fin décembre, sur un autre sujet tout aussi majeur pour Donald Trump, Elon Musk avait également marqué sa différence. Le fondateur de SpaceX avait alors exprimé la nécessité de protéger la délivrance des visas H1-B, alors que la nouvelle administration américaine affûtait ses mesures contre l'immigration. Ces visas, largement utilisés dans l'univers de la tech californienne, permettent aux étrangers ayant des expertises précises de pouvoir travailler sur le sol américain.