Ouverture de négociations à Rome pour protéger la biodiversité

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(Crédits : Reuters)
Protéger la biodiversité et gérer durablement les ressources naturelles à l'heure où les hommes dévastent la planète: c'est la lourde tâche de la Convention sur la biodiversité biologique (CBD), réunie ce lundi 24 février à Rome pour établir un plan d'action pour les prochaines décennies.

Initialement prévue en Chine, à Kunming, qui accueillera en octobre la 15e réunion de la Convention de l'ONU sur la diversité biologique (COP15), les négociations de février ont été déplacées à la dernière minute en Europe à cause de l'épidémie de coronavirus. Les négociateurs d'environ 135 pays vont examiner jusqu'au 29 février la première ébauche du texte qui doit être adopté à la COP15. La délégation chinoise ne pouvant pas se rendre à Rome, Pékin sera représenté par des diplomates locaux et du Programme des Nations unies pour l'Environnement (Unep).

Elisabeth Maruma Mrema, secrétaire générale de la CBD, a insisté vendredi lors d'une conférence de presse sur "l'importance de faire des progrès" dès cette semaine. "La dégradation de la nature est d'une ampleur sans précédent dans l'histoire de l'humanité", a rappelé Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l'IPBES. Cette plateforme d'experts en biodiversité de l'ONU a dressé en 2019 un bilan glaçant de l'état de la planète: 75% des terres et 66% des mers ont été modifiées par les activités humaines. Un million d'espèces animales et végétales sont en danger de disparition. Cette dégradation des écosystèmes menace le genre humain, qui en dépend pour l'air, l'eau potable, la nourriture...

2020, avec la tenue de la COP15, du congrès mondial de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) à Marseille et de la COP26 pour le climat à Glasgow, offre une fenêtre de tir pour refonder le cadre de protection de la biodiversité, espèrent les spécialistes.

"Pas d'échec"

Mi-janvier, la CBD a dévoilé la première version de sa feuille de route préserver puis restaurer les écosystèmes d'ici 2050. Une partie du texte de 12 pages est consacrée aux objectifs à atteindre d'ici le milieu du siècle, avec un point d'étape à 2030. D'autres parties portent les mesures à mettre en oeuvre pour atteindre ces objectifs et le suivi de leur application, dans un souci de transparence et d'efficacité.

La réunion à Rome se concentrera sur la première partie, notamment la réduction des menaces pesant sur la biodiversité, a expliqué le Canadien Basile van Havre, qui copréside les négociations avec l'Ougandais Francis Ogwal. Parmi ces objectifs : avoir des aires protégées couvrant "au moins [30%] des zones terrestres et marines avec au moins [10%] sous stricte protection", (les chiffres entre crochets étant à débattre), réduire d'ici à 2030 "d'au moins [50%] la pollution" par les fertilisants, utilisés notamment en agriculture, les biocides (désinfectants, insecticides...), le plastique et autre, ou encore contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique via des solutions basées sur la nature.

"C'est une bonne première étape", a jugé Louisa Carron, de Greenpeace. Pour Aleksandar Rankovic, expert à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), il s'agit d'"une base de travail très exigeante pour tous". Lin Li, qui suit le sujet chez WWF International, a un sentiment plus "mitigé". Cette première version du texte "ne s'attaque pas aux causes de la perte de biodiversité", en particulier les systèmes alimentaires et nos modes de consommation, déplore-t-elle.

Là où la CBD veut ralentir la perte de biodiversité d'ici 2030 et inverser la tendance ensuite, WWF voudrait prendre plus vite le chemin de la restauration des habitats naturels. Il faut être "concis, complet et réaliste", a fait valoir de son côté Francis Ogwal. Tous ont en tête l'échec des précédents objectifs, dits d'Aichi, adoptés en 2010, notamment faute de suivi. Cet échec montre qu'"avoir simplement une 'vision' ne garantit pas sa mise en oeuvre", relève Shuo Li de Greenpeace, pour qui les objectifs définis devront être déclinés ensuite au niveau national. "Nous ne nous attendons pas à un échec" à Kunming, a martelé Elisabeth Maruma Mrema, assurant que les erreurs du passé avaient été apprises.

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Commentaires
a écrit le 24/02/2020 à 14:45 :
Un commentaire bref doit être répéter pour être compris et publier: "La biodiversité ne se protège pas, elle se détruit ou se construit!"
a écrit le 24/02/2020 à 11:12 :
Vu que la Chine fait un gros effort concernant la pollution et que le monde dépend de l'ultra pollution générée par l'usine du monde il est dommage que cela ne se passe pas comme prévu dans ce pays mais bon tant que cette question avance c'est leprincipal et pour faire avancer cette question on ne peut que faire reculer la cupidité des propriétaires de capitaux et d'outils de production du monde.

Vivement le travail mondial de planteur d'arbres et de générateurs de biodiversité que les paradis fiscaux devraient financer, à qui on devrait imposer aux paradis fiscaux de financer.

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