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ClimatTransitions Écologiques

Après le climat, la finance se mobilise pour la biodiversité

Juliette Raynal

Publié le 04 décembre 2019 à 06:00 - Mis à jour le 13 décembre 2019 à 11:49

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Au même titre que le réchauffement climatique, l'érosion de la biodiversité représente un risque financier, que les établissements financiers commencent tout juste à appréhender. L'un des grands enjeux consiste à mesurer de manière homogène l'impact des activités des entreprises sur le capital naturel pour pouvoir ensuite définir une trajectoire cible commune. L'année 2020 s'annonce décisive avec la tenue de la "COP 15 Biodiversité" en Chine. Certains assureurs et investisseurs travaillent déjà sur le sujet.

Alors qu'en amont de la COP 25, qui se tient à Madrid du 2 au 13 décembre, les institutions financières ont multiplié les annonces sur leur engagement en matière de lutte contre le réchauffement climatique (plus ou moins bien accueillies par les différentes ONG), un autre combat se dessine : celui de la préservation de la biodiversité. Cette préoccupation, encore à ses prémices dans le monde financier, a fait l'objet d'une table ronde lors de la cinquième édition du Climate Finance Day, organisée le 29 novembre au Palais Brongniart, à Paris.

"Pourquoi parler de biodiversité à une conférence sur la finance et le climat ? Parce que les liens entre climat et biodiversité sont nombreux. En premier lieu, le réchauffement climatique constitue l'une des plus grosses pressions sur la biodiversité", a exposé Claire Tutenuit, déléguée générale de l'association Entreprises pour l'environnement.

Dans une brochure publiée en juin dernier, le ministère de la Transition écologique et solidaire donne sa définition. "La biodiversité, c'est le tissu vivant de notre planète. Cela recouvre l'ensemble des milieux naturels et des formes de vie (plantes, animaux, champignons, bactéries, etc.) ainsi que toutes les relations et interactions qui existent, d'une part, entre les organismes vivants eux-mêmes, d'autre part, entre ces organismes et leurs milieux de vie. Nous autres, humains, appartenons à une espèce - Homo sapiens - qui constitue l'un des fils de ce tissu".

Un risque financier

Mais cette biodiversité est largement menacée. Selon le dernier rapport Planète vivante de l'ONG WWF, 60% des populations des animaux sauvages ont disparu en l'espace de quatre décennies et cette érosion de la biodiversité est aggravée par les perturbations liées au changement climatique. "En France, nous n'avons pas de déforestation, mais certaines espèces d'arbres peuvent mourir sur pied à cause du réchauffement climatique.

Il faut alors les remplacer par des essences plus adaptées aux nouvelles conditions climatiques

"
, témoigne Céline Soubranne, directrice RSE d'Axa.

Or, l'érosion de la biodiversité constitue, au même titre que le réchauffement climatique, un risque financier.

"Selon le même rapport de WWF, les services que nous prodigue la nature sont valorisés 125.000 milliards de dollars.En tant qu'investisseur, la perte de biodiversité peut se traduire,à terme,par une perte de rentabilité de nos actifs. Par ailleurs, en tant qu'assureur, la biodiversité nous intéresse par son pouvoir de résilience. Les barrières de corail ou les mangroves protègent les côtes des ouragans. À l'inverse, la bétonisation des rivières a un effet contre-productif face aux phénomènes d'inondation. Au niveau de la santé, les écosystèmes permettent une alimentation diversifiée et, concernant les médicaments, 50% sont issus de sources naturelles dans les pays développés. Ce pourcentage grimpe à 80% dans les pays en voie de développement", détaille Céline Soubranne.

Les bons indicateurs plus difficiles à trouver

Comme pour la question du climat, l'enjeu consiste donc à intégrer la notion de biodiversité dans les critères d'investissement. "Il nous faut des bons indicateurs pour pouvoir commencer à estimer l'impact des activités sur la biodiversité", explique le professeur Simon Buckle, chargé de la division climat, biodiversité et eau à la direction de l'environnement de l'OCDE. Mais la tâche est plus ardue que pour le climat, en raison notamment de la complexité des écosystèmes et de la variété des indicateurs existants.

"Plusieurs éléments permettent d'évaluer la biodiversité: les écosystèmes, les espèces et les gènes. Et, sur chacun de ces critères, plusieurs aspects peuvent être pris en compte, comme les risques d'extinction ou le niveau d'intégrité d'un écosystème. Plusieurs mesures existent et aujourd'hui nous assistons à une convergence au niveau international", expose Joshua Berger, chef de projet à la CDC Biodiversité, qui développe, à travers le Club B4B+, une méthodologie pour mesurer l'empreinte biodiversité en collaboration avec des dizaines de grands groupes et établissements financiers.

Le défi consiste donc à fixer un cadre et un vocabulaire commun. "Au niveau politique, l'étape n°1 est de déterminer quel est l'équivalent, en matière de biodiversité, de la trajectoire inférieure à 2°C fixée pour le réchauffement climatique. Il y aura probablement un objectif chapeau compréhensible par le grand public. Ensuite, les objectifs business pourront être établis", résume Joshua Berger.

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2020, une année décisive

L'année 2020 devrait être décisive avec un agenda biodiversité particulièrement chargé. D'abord avec la tenue du congrès mondial de la nature organisé par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) du 11 au 19 juin à Marseille. Une étape clé avant la COP 15 Biodiversité qui se tiendra à Pékin au cours du dernier trimestre.

"Comme la COP 21 pour le climat, la prochaine COP 15 de Pékin dédiée à la biodiversité pourrait contribuer à une prise de conscience collective sur ce sujet", souligne Céline Soubranne.

"C'est lors de cette conférence que seront définis les objectifs pour 2030", ajoute Joshua Berger. Selon ce dernier, plusieurs institutions financières pourraient, à cette occasion, préparer des engagements relatifs à la mesure et à la réduction de leurs impacts sur la biodiversité ou encore sur l'ambition de déplacer leurs financements vers des activités ayant des impacts plus faibles.

"Nous avons dix années de retard par rapport au climat,mais nous allons gagner beaucoup de tempspour établir des cibles biodiversité en s'inspirant de ce qui a été réalisé pour le climat",estime l'expert.

Reste que les politiques climatiques et celles en faveur de la biodiversité peuvent parfois s'opposer. Remplacer du carburant par de la biomasse est ainsi positif pour l'empreinte carbone. En revanche, elle favorise une approche monoculture, qui est elle nocive pour la biodiversité.

Déjà plusieurs initiatives

En attendant, une prise de conscience collective, plusieurs initiatives ont déjà vu le jour. La société de gestion Mirova, filiale de Natixis IM (groupe BPCE), s'est ainsi penchée sur le capital naturel il y a maintenant cinq ans, avec le lancement d'un fonds dédié à la lutte contre la dégradation des terres.

"Le capital naturel désignetous les services que nous rend la nature,comme la purification de l'air ou encore la fourniture d'aliments et de fibres, indispensables à notre économie.Le problème, c'est qu'ils ne sont pas valorisés,oubliés et donc surexploités", explique Gautier Queru, directeur du fonds Land Degradation Neutrality (LDN) chez Mirova.

L'entité Mirova Natural Capital, née en 2017 après l'acquisition de la société Ecosphere Capital Limited, vise le milliard de dollars d'actifs sous gestion à l'horizon 2022. Aujourd'hui, ses encours s'établissent à 400 millions de dollars. "Nous investissons principalement dans deux types de projets : les projets terrestres et les projets liés aux océans. Nous finançons des projets et des entreprises qui protègent et restaurent des écosystèmes tout en ayant des activités économiques viables", détaille Gautier Queru.

Coalition d'investisseurs

Plus récemment, en mars dernier, Axa a lancé un "fonds d'impact" de 200 millions d'euros pour financer les projets qui permettent de préserver la biodiversité, comme une culture de cacao certifiée à proximité de la forêt amazonienne au Pérou, qui s'engage à faire un bon usage des sols.

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"Nous faisons également partie d'une coalition d'engagement actionnarial : la Plastic Solutions Investor Alliance. L'ensemble des entreprises membres représentent 100 milliards de dollars d'actifs sous gestion. Dans le cadre de cette alliance, nous demandons aux sociétés de pétrochimie de publier la quantité de petites particules de plastique qui se perdent dans la nature de par leurs activités, et les mesures qu'elles prennent pour juguler ces pertes", explique Céline Soubranne.

Juliette Raynal

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