Pandémie : la pression s'intensifie sur les salaires, la reprise menacée

La pandémie a tiré les salaires vers le bas au cours du premier semestre 2020 selon le dernier rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT). Les salaires versés par les employeurs ont déjà stagné, voire reculer au cours de cette période dans deux tiers des pays étudiés par l'institution internationale.
Grégoire Normand

4 mn

Dans un avenir proche, les conséquences de la crise du Covid-19 sur l'économie et sur l'emploi devraient entraîner une énorme pression à la baisse sur les salaires, dit l'OIT, préconisant des politiques salariales appropriées et équilibrées, élaborées dans le cadre d'un dialogue social à la fois approfondi et inclusif pour contenir les effets de la crise et soutenir la reprise économique.
"Dans un avenir proche, les conséquences de la crise du Covid-19 sur l'économie et sur l'emploi devraient entraîner une énorme pression à la baisse sur les salaires", dit l'OIT, préconisant "des politiques salariales appropriées et équilibrées, élaborées dans le cadre d'un dialogue social à la fois approfondi et inclusif" pour "contenir les effets de la crise et soutenir la reprise économique". (Crédits : Benoit Tessier)

Les travailleurs risquent de payer les conséquences de la crise au prix fort. Dans son  dernier rapport, l'Organisation internationale du travail (OIT) dresse un panorama alarmant de la situation des travailleurs dans le monde. Au premier semestre 2020, les salaires ont reculé ou ralenti dans les deux tiers des pays étudiés. Dans le dernier tiers des pays, les salaires moyens ont augmenté mais de manière "artificielle". La grande majorité des suppressions de postes concerne avant tout les salariés en bas de l'échelle. Ce qui a pu contribuer à faire grimper les chiffres de la moyenne.

Même si les annonces relatives au vaccin laissent entrevoir une sortie de crise sanitaire dans les prochains mois, la recrudescence du virus à l'automne risque de faire des ravages sur le marché du travail déjà affaibli par un printemps cataclysmique. Si la demande ne repart pas rapidement et que les carnets de commandes des entreprises se remplissent difficilement, l'économie mondiale risque de rentrer dans une spirale récessive dangereuse dans les mois à venir.

Des effets différenciés selon le type d'emploi

Les répercussions de la pandémie peuvent diverger en fonction de la composition des emplois occupés dans chaque pays. C'est ce que les économistes appellent "les effets de composition", précisent les auteurs de l'épais rapport de plus de 200 pages. Au Brésil, au Canada, aux États-Unis, en France ou en Italie, le salaire moyen a connu une progression en apparence "en raison des suppressions d'emplois qui ont frappé essentiellement celles et ceux qui se situent au bas de l'échelle salariale". "Quand la plupart de ceux qui ont perdu leur emploi sont des travailleurs à bas salaires, cela entraîne automatiquement une hausse du salaires moyen pour les travailleurs en poste" et peut biaiser in fine l'analyse.

À l'opposé, la pression sur les salaires était bien plus forte en Corée du Sud, au Japon ou au Royaume-Uni ou en Espagne. Une partie de cette baisse peut s'expliquer par la mise en œuvre de dispositifs tels que le chômage partiel qui a permis de limiter les pertes d'emplois mais a particulièrement touché les travailleurs à bas salaire qui n'ont pas pu se rendre sur leur lieu de travail, contrairement aux cadres par exemple. Dans quelques pays, la prise en charge par l'État ou les organismes de protection sociale sont loin de compenser les pertes de revenus accumulés depuis le début de la crise pour ceux qui ont dû subir le chômage partiel.

Des inégalités salariales exacerbées

La crise a amplifié les inégalités salariales. En effet, la baisse du volume d'heures travaillées pendant les périodes de confinement affecte particulièrement les travailleurs peu qualifiés. Dans quelques pays européens étudiés par l'institution basée à Genève, la moitié des travailleurs les moins bien rémunérés auraient perdu environ 17,3% de leur salaire sans les subventions salariales, ce qui est bien supérieur à la baisse d'environ 6,5% enregistrée par l'ensemble des travailleurs. Ainsi, la part de la masse salariale, qui prend en compte les différentes cotisations, a diminué pour les catégories de salariés situés en bas de l'échelle, passant de 27% à 23% alors que celle destinée à la moitié supérieure sur l'échelle de distribution a augmenté, passant de 73% à 76%.

Le chômage partiel a joué un rôle d'amortisseur mais ne compense pas tout

Contrairement à la grande crise de 2008, beaucoup de pays en Europe ont développé l'activité partielle au cours de cette crise. Les gouvernements sur le Vieux Continent ont ainsi évité des destructions d'emplois en masse, au moins durant les premières semaines de la crise. Aux États-Unis, les entreprises n'ont pas hésité à licencier par million faisant grimper le taux de chômage à des sommets inédits depuis la Seconde guerre mondiale. Ainsi, les auteurs du rapport de l'OIT estiment que sur un échantillon de 10 pays européens où les données étaient disponibles, les subventions salariales et aides publiques ont permis de compenser 40% des pertes en termes de masse salariale totale y compris celles provoquées par la chute du nombre d'heures travaillées. Ce qui signifie que les travailleurs ont pu continuer à acquérir des droits (chômage, formation, retraite) même s'ils ont été réduits.

Tous ces dispositifs ont également permis de "modérer" les répercussions de la crise sur les inégalités de revenus. En effet, les principaux bénéficiaires sont en moyenne ceux qui ont le plus souffert de la crise. Malgré ce constat, beaucoup de travailleurs déjà vulnérables avant la crise sont déjà plongés dans de nombreuses difficultés pour retrouver un emploi dans des secteurs qui ont l'habitude d'employer des saisonniers, des intérimaires ou des contrats courts.

Grégoire Normand

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Commentaires 10
à écrit le 09/12/2020 à 11:20
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80% des étudiants veulent faire carrière dans la fonction publique. Pas besoin d'explication : sécurité de l'emploi, trés bien payé pour des semaines à 30h avec un seul objectif annuel : Cool.

à écrit le 08/12/2020 à 14:55
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le gouvernement comme ses prédécesseurs ne revalorise pas le smic pour mettre bon nombre de français de la société civile au même niveau que la Roumanie, Bulgarie, Espagne, Portugal, Hongrie, Pologne, Maroc mais vivre avec 1200€ brut en France ce n'e...

le 09/12/2020 à 9:39
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il faut pas exagerer, on vit mal avec 1200 € meme brut mais c est pas de la survie ! On est pas en afrique (ou meme en bulgarie !). Le probleme en france est la politique delirante du logement cher menee depuis chirac (ca favorise les boomer et appau...

à écrit le 08/12/2020 à 14:46
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Les français ne comprennent pas qu'un marché du travail, ça se protège. Et ils en vivent les conséquences. Vous êtes à l'aube d'une transformation qui devrait tirer les salaires vers le haut mais il se passe exactement l'inverse. Au Canada, le vieill...

à écrit le 08/12/2020 à 14:22
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Il n'y avait pas besoin de la pandémie de covid pour tirer les salaires vers le bas et sous-payer les gueux de toutes les nations : l'esclavage est un des piliers du capitalisme, a fortiori du néolibéralisme

à écrit le 08/12/2020 à 11:52
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Augmentation des salaires déjà bien supérieur depuis 30 ans au privé dans la fonction publique (Police, personnels soignants, enseignants, etc) tout cela sans contre partie semaine à 32h, maintien des privilèges, absentéisme de complaisance, etc. Mac...

le 08/12/2020 à 12:06
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Et tu en as pris combien toi de salariés ouzbeks à 150 euros par mois ? Tu penses qu'on peut les commander via cdiscount ? On a un rabais à partir de combien ? Si tu demandais que le privé s'aligne sur le public, là tu serais crédible. C'est ...

le 08/12/2020 à 18:27
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Bonjour, C'est une blague augmentations des salaires dans le public supérieur au privé.je vois la plupart de mes amis qui bossent dans le privé augmentation chaque année entre 50 et 150 euros par mois, primes, participation, mutuelle payé. moi fo...

à écrit le 08/12/2020 à 9:13
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euh, oui, quand ca ne va pas les salaires ont tendance a baisser, quand ca va a monter......y a pas mal d'endroits ou l'ajustement se fait par les prix en france, c'est different, ca se fait par les quantites ( cf microeconomie 1ere annee)

à écrit le 08/12/2020 à 7:54
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Plus ça va, et plus on méprise le travail, dans notre pays. On met sur le même pied d'égalité, travailleurs et oisifs

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