Pétrole : « En n'augmentant pas sa production, l’Arabie saoudite rassure sur la stabilité des cours » (Olivier Gantois, UFIP)
Propos recueillis par Mathieu Viviani
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A moyen terme, Olivier Gantois rappelle que cette décision n'empêchera pas l'Arabie saoudite d'augmenter sa production si besoin.
Fahad Shadeed
ENTRETIEN - Ce mardi, l'Arabie saoudite a demandé à sa compagnie nationale, Aramco, de maintenir sa capacité de production de pétrole à 12 millions de barils par jour, renonçant à un projet d'augmentation annoncé en 2021. Pour Olivier Gantois, porte-parole des pétroliers en France (UFIP Energies et Mobilités), cette décision n'aura pas d'impact destructeur sur les cours de l'or noir.
LA TRIBUNE - Pour quelle raison l'Arabie saoudite a-t-elle décidé de ne pas augmenter la production de sa compagnie pétrolière à 13 millions de barils par jour, comme envisagé en 2021 ?
OLIVIER GANTOIS - Pour répondre à cette question, il faut rappeler que l'Arabie saoudite est l'un des rares pays pétroliers dont la capacité de production est supérieure à sa production réelle. Derrière cette décision, il y a deux causes : l'Arabie saoudite ne souhaite pas investir dans une capacité qui, finalement, ne sera pas utilisée. Il y a, par ailleurs, un doute sur un besoin de production supplémentaire pour satisfaire la demande de pétrole au niveau mondial.
Pour rappel, cette année, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a prévu une augmentation de la demande globale de 102 à 103 millions de barils par jour (mbj). Malgré cela, subsiste une crainte de l'ensemble des marchés financiers, mais aussi de l'Opep (dont fait partie l'Arabie saoudite), sur la croissance économique chinoise en berne. Ce qui pourrait faire que la demande n'atteigne pas ces 103 mbj, fin 2024.
Et ce, malgré une vraie stabilité sur les cours de pétrole, ce qui est plutôt rassurant en fait. Ceux-ci n'augmentent pas d'ailleurs, oscillant entre 75 et 85 dollars le baril depuis 14 mois. Les événements géopolitiques, comme la guerre en Ukraine qui se prolonge, ou le conflit au Proche-Orient entre Israël et le Hamas, n'ont pas fait augmenter les prix. Pourquoi ? Parce que les marchés ont surtout peur que la demande baisse.
Un autre facteur qui a joué dans cette décision est la prise en compte, par l'Arabie saoudite, de l'évolution des enjeux de transition énergétique. L'AIE situe en 2028 le moment où la demande va commencer à régresser, après avoir atteint 108 millions de barils par jour. L'Arabie saoudite a donc compris qu'à l'avenir une partie de ses barils devra rester sous terre. Par conséquent, elle s'ajuste. Et d'ailleurs, je pense que la COP28 a, globalement, montré que les grands pays producteurs de pétrole étaient dans une démarche d'adaptation.
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