Rebondissement dans l'affaire Nord Stream : un mandat d'arrêt européen lancé contre un Ukrainien
latribune.fr
Le 26 septembre 2022, quatre énormes fuites de gaz précédées d'explosions sous-marines avaient eu lieu à quelques heures d'intervalle sur Nord Stream 1 et 2.
La justice allemande a lancé un mandat d'arrêt à l'encontre d'un Ukrainien soupçonné d'avoir participé au sabotage des gazoducs en mer Baltique, rapportent ce mercredi plusieurs médias allemands. Le suspect aurait pris la fuite.
[Article publié le mercredi 14 août 2024 à 11h06 et mis à jour à 12h15] L'affaire du sabotage en septembre 2022 des gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique est-elle en passe de s'éclaircir ? La justice allemande a lancé un mandat d'arrêt européen contre un Ukrainien soupçonné d'être lié à ce sabotage, affirment ce mercredi plusieurs médias allemands. Des informations confirmées par le parquet polonais.
Dans les faits, le mandat d'arrêt européen a été émis en juin par le parquet fédéral. Il vise un moniteur de plongée ukrainien qui vivait alors en Pologne, non loin de Varsovie, Volodymyr Z, affirment la chaîne de télévision publique ARD et les journaux Süddeutsche Zeitung et Die Zeit. Mais le parquet polona
La justice le soupçonne d'avoir été impliqué, avec deux autres plongeurs ukrainiens, présentés comme Jevhen U. et Svitlana U., dans le sabotage et la pose des explosifs en profondeur sur le gazoduc, ajoutent-ils. Le trio aurait posé les explosifs à bord d'un voilier l'« Andromède », à propos duquel le parquet avait révélé en 2023 avoir ouvert une enquête. Ce voilier est selon les enquêteurs parti de Rostock en Allemagne sur la mer Baltique, puis a fait escale sur une île danoise, en Suède et en Pologne.
Interrogé par l'AFP, le parquet fédéral allemand, en charge d'un des volets de l'enquête sur cet attentat, n'a pas souhaité commenter.
En vertu des règles de l'entraide judiciaire européenne, les autorités polonaises avaient 60 jours pour réagir à la demande allemande et interpeller cette personne. Or, cela n'a pas été fait, toujours selon les médias outre-Rhin, pour des raisons non-explicitées. Le suspect semble désormais avoir pris la fuite, le parquet polonais ayant indiqué qui l'intéressé a pu rentrer en Ukraine début juillet sans être inquiété par les autorités.
De son côté, le suspect, brièvement joint au téléphone par les médias allemands, a réfuté toute implication dans l'attentat. Toujours selon ces derniers, aucun élément à ce stade n'indique que ce plongeur et ses deux complices présumés - contre lesquels un mandat d'arrêt n'a, à ce jour, pas été lancé - aient agi sur ordre des autorités de leur pays, service secret ou armée. Kiev nie toute responsabilité dans ce sabotage.
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Des investigations clôturées en Suède et au Danemark
Pour rappel, le 26 septembre 2022, quatre énormes fuites de gaz précédées d'explosions sous-marines avaient eu lieu à quelques heures d'intervalle sur Nord Stream 1 et 2, conduites reliant la Russie à l'Allemagne et acheminant l'essentiel du gaz russe vers l'Europe.
Les gazoducs n'étaient pas en opération lors des fuites. De fait, Moscou avait déjà cessé de livrer du gaz via Nord Stream 1, sur fond de bras de fer énergétique avec les pays européens qui soutiennent l'Ukraine - l'offensive russe ayant été lancée au mois de février 2022. Quant à Nord Stream 2, il n'est jamais entré en service. Les explosions s'étaient produites à proximité de l'île danoise de Bornholm, mais en dehors des eaux territoriales danoises. Hors service au moment des faits, les deux gazoducs contenaient toutefois d'importantes quantités de méthane.
Le Danemark avait déjà cessé d'enquêter sur l'affaire en début d'année, estimant ne pas « avoir les bases nécessaires » pour des poursuites. En Suède, le parquet a également clôturé ses investigations sans aucune poursuite, jugeant que les faits n'étaient pas de son ressort. Seuls les enquêteurs allemands ont poursuivi leurs recherches visant notamment le plongeur ukrainien.
Des décisions de justice critiquées par la Russie, qui accuse l'Ukraine d'être à l'origine de l'incident. « La situation est proche de l'absurde. D'une part, ils reconnaissent qu'un sabotage délibéré a eu lieu, mais d'autre part, ils n'avancent pas », avait déploré en début d'année auprès de la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Celui-ci avait précédemment qualifié de « remarquable » la décision de la Suède de clore son enquête. « Il sera intéressant de voir avec quelle rigueur les autorités allemandes aborderont cette enquête », avait-il déclaré début février.
Ces dernières années, plusieurs médias d'investigation ont tenté d'élucider les ressorts d'une opération techniquement ultra complexe, en faisant appel à des expéditions de reconstitution, certaines avec des drones sous-marins, des experts, d'anciens agents secrets et des pistes qui mènent de Varsovie à la Crimée en passant par la Moldavie.
Sur la base d'informations obtenues par le renseignement américain, le New York Times avait imputé en mars 2023 le sabotage à un « groupe pro-ukrainien », mais sans implication du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Les données collectées par les services américains du renseignement suggéraient que les auteurs derrière le sabotage des deux gazoducs étaient des « adversaires du président russe Vladimir Poutine », avait écrit le New York Times. Après la publication de l'enquête du quotidien américain, le président ukrainien avait nié à plusieurs reprises que son pays puisse être impliqué. « Je ne ferais jamais cela », avait-il déclaré en juin dernier au quotidien allemand Bild, ajoutant qu'il « aimerait voir des preuves ».
Une autre enquête quotidien danois Information avait affirmé, photographies à l'appui, qu'un navire des forces navales russe, spécialisées dans les opérations sous-marines, naviguait à proximité des lieux des sabotages, peu avant les explosions.
D'autres théories imputent la responsabilité de ce sabotage aux Etats-Unis ou à la Russie. Les deux nations se sont même mutuellement renvoyé la responsabilité. Si les véritables auteurs de ce sabotage demeurent, encore aujourd'hui, inconnus, l'enquête suédoise avait fortement soupçonné l'action d'un Etat, et non pas d'un groupuscule indépendant. Mais le mystère reste entier.