Royaume-Uni : l'inflation repart à la hausse, après plusieurs mois de baisse
latribune.fr
Les prix de l'alimentaire ralentissent au Royaume-Uni mais cela ne compense pas la hausse des prix de l'alcool et du tabac selon l'Office national des statistiques.
L'inflation au Royaume-Uni a surpris en décembre, en remontant à 4%, contre 3,9% en novembre, après un recul amorcé en juin. Elle reste néanmoins loin du pic avoisinant les 11%, enregistré en fin d'année 2022. La hausse des prix à la consommation devrait continuer à refluer cette année, grâce à une baisse des prix réglementés de l'énergie et au ralentissement de la croissance des salaires. À moins que le contexte géopolitique vienne contrarier ces prévisions.
La baisse de l'inflation amorcée au printemps outre-Manche s'est arrêté net en décembre. La hausse générale des prix a en effet augmenté, s'affichant à 4% contre 3,9% le mois précédent, selon les données publiées ce mercredi, par l'Office national des statistiques (ONS). L'organisme cite l'alcool et le tabac comme les principaux facteurs ayant contribué à la remontée des prix, partiellement compensés par l'inflation alimentaire qui ralentit comparé à il y a un an.
« Comme nous l'avons vu aux États-Unis, en France et en Allemagne, l'inflation ne tombe pas en une ligne droite, mais notre plan fonctionne et nous devons nous y tenir »,a commenté le ministre des Finances Jeremy Hunt dans un communiqué.
Ce qui pourrait également calmer l'inflation est le ralentissement enregistré de la croissance des salaires selon des économistes. La raison ? Cela « va atténuer les inquiétudes de la Banque d'Angleterre sur une potentielle spirale des salaires et prix, et pourrait mener à une chute plus rapide de l'inflation », remarque Yael Selfin. La hausse des salaires hors bonus a ralenti à 6,6% en Grande-Bretagne entre septembre et novembre, contre 7,3% pour les trois mois terminés en octobre, d'après des chiffres de l'ONS publiés ce mardi. Et entre octobre et décembre, le nombre d'offres d'emplois a reculé de 49.000 à 934.000, pour la 18e fois consécutive, souligne l'organisme.
« Les offres d'emploi devraient reculer plus encore, ce qui pourrait amener la croissance des salaires à se normaliser à un niveau compatible avec la cible d'inflation de la BoE d'ici la fin de l'année », ajoute l'experte.
Hors inflation, la hausse des salaires dite « réelle » s'est néanmoins poursuivie à 1,3% à fin novembre. Ce dont le ministre des Finances, Jeremy Hunt, s'est félicité, estimant que cela mettait « plus d'argent dans les poches » des Britanniques. Ces derniers sont toutefois confrontés depuis des mois à une crise du pouvoir d'achat. Le Royaume-Uni est d'ailleurs le seul pays du G7 à ne pas avoir retrouvé son niveau de vie d'avant Covid-19, d'après la fédération syndicale britannique TUC.
Le contexte géopolitique pourrait toutefois contrarier ces prévisions. « Les perturbations en mer Rouge nuisent à la chaîne d'approvisionnement et pourraient entraîner une remontée des prix des biens, ajoutant à l'incertitude économique », nuance-t-elle. Ces eaux entre l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, par lesquelles transitent 12% du trafic maritime mondial, sont le théâtre d'attaque de navires marchands par des rebelles yéménites, les Houthis, sur fond de guerre entre Israël et le Hamas.
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Une économie entre résilience et morosité
Reste que, malgré cette hausse en décembre, l'inflation britannique est très loin de son pic à quelque 11% de fin 2022. Mais elle demeure encore très au-dessus de la cible de 2% de la Banque d'Angleterre (BoE). L'institution pourrait donc décider de laisser son taux directeur à 5,25% un peu plus longtemps. Ce dernier n'a pas bougé depuis la pause amorcée en septembre, la BoE ayant décidé d'interrompre son cycle de resserrement monétaire destiné à lutter contre l'inflation - 14 hausses consécutives - en raison du contexte économique morose.
L'économie britannique affiche depuis des signes de résilience. Le produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni a rebondi de 0,3% en novembre après une baisse de même ampleur le mois précédent. Ce rebond « signifie probablement que l'économie (britannique) a échappé à une récession en 2023 » et que « la reprise pourrait démarrer un peu plus tôt et être un peu plus forte que ce que nous prévoyons actuellement », a réagi Ruth Gregory, de Capital Economics.
Mais la prudence est de mise. Pour Yael Selfin, « les perspectives économiques restent sombres, avec une récession technique (ndlr : deux trimestres consécutifs de recul du PIB) qui peut encore se produire au second semestre 2023 ». Le PIB, inchangé au deuxième trimestre, s'est en effet très légèrement contracté au troisième trimestre, selon des estimations officielles révisées, publiées fin décembre. Et « même si l'économie parvient à éviter une récession, elle devrait rester en territoire de stagnation », estime Yael Selfin.